502,503,504,505,506,507,508,509,510,511,512,513,514,515,516,517,518,519,520,521,522,524,525,526,527,528,529,530,531,532,533,534,535,537,538,539,540,541,542,543,544,545,546,547,548,549,550,551,552,553,554,555,557,558,559,561,564,565,566,567,568,569,570,571,572,574,575,576,583,584,587,588,590,591,597,598,599,600,601,602,603,610,611,612,613,614,615,616,618,622,623,624,625,627,628,629,630,631,632,633,634,635,637,638,639,640,641,642,643,644,645,646,647,648,650,651,652,1001,1002,1003,1005,1006,1007,1009,1010,1011,1012,1014,1015,1016,1017,1019,1020,1021,1022,1023,1024,1025,1026,1028,1029,1030,1031,1032,1033,1034,1035,1036,1037,1038,1039,1040,1041,1042,1043,1045,1046,1048,1049,1050,1051,1052,1053,1054,1055,1056,1057,1058,1059,1060,1061,1062,1063,1064,1065,1066,1067,1068,1069,1070,1071,1072,1073,1075,1076,1077,1078,1079,1083,1084,1085,1086,1087,1088,1089,1090,1091,1092,1093,1094,1095,1096,1097,1098,1099,1100,1101,1102,1103,1104,1105,1106,1107,1108,1109,1110,1111,1112,1113,1114,1115,1116,1117,1118,1119,1121,1122,1123,1124,1125,1127,1129,1132,1133,1135,1136,1137,1138,1139,1141,1142,1143,1146,1148,1151,1154,1156,1157,1158,1159,1162,1163,1164,1165,1166,1167,1168,1169,1170,1171,1172,1173,1175,1176,1178,1179,1181,1182,1183,1184,1185,1186,1187,1188,1189,1190,1191,1192,1193,1194,1195,1199,1202,1203,1204,1205,1206,1207,1208,1209,1210,1211,1212,1214,1215,1216,1217,1218,1219,1221,1222,1223,1224,1225,1226,1227,1228,1229,1230,1231,1232,1233,1235,1237,1238,1239,1240,1243,1244,1245,1246,1247,1248,1249,1250,1251,1253,1254,1255,1256,1257,1259,1260,1261,1262,1263,1264,1266,1267,1270,1273,1274,1275,1276,1277,1278,1279,1281,1283,1284,1285,1286,1287,1288,1290,1291,1292,1293,1294,1295,1296,1300,1303,1304,1306,1308,1311,1312,1313,1314,1315,1316,1317,1318,1322,1323,1324,1325,1326,1328,1329,1330,1341,1342,1344,1345,1347,1356,1357,1358,1367,1373,1374,1376,1379,1380,1381,1382,1383,1384,1385,1386,1387,1388,1391,1392,1397,1398,1404,1412,1418,1419,1421,1422,1423,1435,1440,1442,1443,1458,1459,1463,1464,1465,1466,1467,1468,1469,1470,1481
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Le monastère de Marmoutier : de l'hôtellerie à la maison du Grand Prieur (10e-19e siècle)

INTRODUCTION

Introduction

Élisabeth Lorans et Émeline Marot

Cette publication est dédiée à l’analyse archéologique de l’ancienne hôtellerie monastique, aux bâtiments qui l’ont précédée, et qui eux aussi ont pu remplir une fonction d’accueil, comme à ses transformations successives qui en firent la maison du Grand Prieur (Fig. 0-2) puis, après la fermeture du monastère, un bâtiment de ferme. Toutes ces constructions établies dans la zone nord-ouest de l’enclos, à quelques mètres du coteau, sont étudiées dans leur environnement proche, qui a inclus, un temps, un cimetière.

L'étude de l'hôtellerie médiévale entamée en 2005 (Fig. 0-8, 0-13 et 0-9) met à profit de nombreuses sources de natures diverses, essentiellement des sources matérielles. Elle a été réalisée en combinant des analyses architecturales (Fig. 0-38) et des fouilles archéologiques dans les deux zones correspondant au bâtiment originel : la partie conservée en élévation (zone 3) et les deux tiers du bâtiment détruits au 19e siècle (zone 4). Ont également été utilisées des sources iconographiques, qu’il s’agisse de plans, de vues cavalières (Fig. 0-179) ou de dessins de détail, produites entre le 17e et le 20e siècle, et des sources textuelles qui s’étalent du haut Moyen Âge à l’époque contemporaine. L’étude du mobilier livré par la fouille contribue à déterminer les fonctions des espaces conservés ou restitués.

L'objectif de ces recherches était de s'assurer de la datation originelle de l'édifice, construit à la fin du 12e siècle d'après les sources textuelles, et de mieux appréhender les transformations ultérieures. Notre ambition est de présenter à la fois les bâtiments et, autant que possible, ceux qui les ont occupés ou utilisés, dans la longue durée, comme ceux qui ont été inhumés à proximité immédiate.

Le jour même de son ordination sacerdotale célébrée dans la chapelle de l’archevêché de Tours, le 7 octobre 1827, dom Prosper Guéranger, futur rénovateur de l’ordre bénédictin, se rendit en pèlerinage à Marmoutier :

« Après avoir passé la Loire, je pris à droite le long du fleuve, et j’arrivai enfin à un vaste portail qui avait survécu aux murailles qui l’accompagnaient autrefois. Je [le] franchis, et je me trouvai bientôt sur l’emplacement où fut jadis Marmoutier. Il n’y avait que des décombres partout ; mais on distinguait encore la situation d’un grand cloître dont les murs avaient été rasés presque jusqu’au sol. L’enceinte des lieux réguliers se reconnaissait aussi par les débris des murs non entièrement arrachés. Il y avait de la vigne et des cultures de jardinage dans ces encadrements. La place de la grande église abbatiale était pareillement désolée ; je me rappelle d’un assez grand bâtiment d’importance secondaire qui était demeuré debout. La vue de ces ruines m’impressionna vivement ; je parcourais avec émotion cette enceinte désolée, enjambant les pans de mur et visitant tout avec un respect religieux. J’étais seul à ce moment, et je me dirigeai vers des grottes taillées dans le roc qui s’étaient trouvées autrefois dans l’enclos de l’abbaye. Je sus peu après que le souvenir de saint Martin consacrait l’une des deux, et que l’autre avait été habitée par saint Brice. »
(Mémoires autobiographiques : 73-74)

Au-delà de l’émotion ressentie par le jeune prêtre, ce texte traduit l’état d’abandon de l’ancien monastère, quelques décennies après la vente des bâtiments comme biens nationaux et la démolition quasi totale qui s’ensuivit : le portail de la Crosse et des lambeaux d’enceinte, le tracé du cloître arasé et une dépendance, peut-être l’ancienne hôtellerie partiellement conservée jusqu’à aujourd’hui, enfin les deux grottes superposées associées aux noms de Brice et de Martin sont les principaux éléments identifiés par le visiteur qui cite plus loin une tour arasée qui ne peut être que la tour des cloches.

La confrontation des vestiges actuels aux vues cavalières de l’époque moderne, en particulier à la vue extraite du Monasticon Gallicanum, dessinée du sud probablement entre 1672 et 16891La datation de cette vue cavalière a été établie par Pierre-Marie Sallé, qui travaille sur la formation du Monasticon Gallicanum dans le cadre du programme Emergence(s) : « le Paris bénédictin du XVIIe siècle, carrefour de l’Europe savante », sous la direction de Jérémy Delmulle (lnstitut de Recherche et d’Histoire des Textes). Qu’il soit vivement remercié d’avoir partagé ses connaissances avant la publication à paraître. (Fig. 0-176), et à la vue de la collection Gaignières, dessinée en 1699 depuis l’est (Fig. 0-178), confirme l’immensité des destructions post-révolutionnaires dont l’essentiel était accompli en 1811, quand fut dressé le premier plan cadastral de la commune de Sainte-Radegonde (Fig. 0-173), intégrée à celle de Tours depuis 1964.

Ces vues rendent bien compte de la situation topographique très particulière du monastère de Marmoutier, établi d’abord entre coteau et Loire, sur un axe de circulation à longue distance (Fig. 0-1), avant d’être étendu au plateau de Rougemont (Fig. 0-2), à l’intérieur d’un vaste enclos encore largement préservé, bien qu’il ait été traversé par l’autoroute A10 dans les années 1970. L’acquisition de Marmoutier par la Congrégation du Sacré Cœur de Jésus, en 1843, a évité un démantèlement complet de l’ancien monastère qui est partagé aujourd’hui entre trois propriétaires seulement : deux établissements d’enseignement privé et, entre les deux, la Ville de Tours qui a acquis en 1981 le coteau et le terrain situé à ses pieds où se trouve la totalité des bâtiments médiévaux et modernes encore conservés en élévation, exception faite de l’enceinte.

Les vues cavalières du 17e siècle comme les plans du 18e siècle révèlent une organisation du monastère qui répond à un schéma général adapté aux contraintes topographiques locales, ici particulièrement fortes en raison de la proximité du coteau et de la Loire. Le processus de formation du monastère et ses transformations du Moyen Âge central à la fin de l’époque moderne ayant déjà été analysés en détail (Lorans 2014), seul un bref récapitulatif sera présenté ici :

  • au centre du dispositif, l’église abbatiale (Fig. 0-2, n° 23), adossée au coteau, et le cloître médiéval (n°17), doublé à l’époque moderne (n° 11) ;
  • près de l’entrée occidentale (n° 26), qui constitue l’entrée principale depuis le haut Moyen Âge, l’hôtellerie médiévale (n° 25), plus tard maison du grand prieur, fermait un espace délimité au nord par le coteau et formant comme une cour en avant de l’église abbatiale, dans l’axe de l’entrée ;
  • sur la terrasse occidentale inférieure, la chapelle Notre-Dame qui devint Notre-Dame des Sept-Dormants (n° 27) à partir du 12e siècle où elle fut reconstruite, un édifice à l’origine semi-troglodytique et à fonction funéraire ; à ses côtés, la tour des Cloches (n° 28), clocher de l’abbatiale romane édifié dans la seconde moitié du 11e siècle à une quarantaine de mètres en avant de la façade de l’église;
  • à l’est du cloître, l’église Saint-Benoît (n° 18), attestée pour la première fois à la fin du 11e siècle, était la principale église funéraire du monastère, près de laquelle se dressait l’infirmerie médiévale, incluant probablement son propre cloître, si l'on en juge d'après la vue de Siette de 1619 ; à la fin du 17e siècle, l’infirmerie apparaît au sud du réfectoire ;
  • au sud-ouest, un secteur aménagé dans les années 1220 par l’abbé Hugues des Roches qui fit construire deux portails (n° 1 et 6) formant comme un sas d’entrée entre lesquels s’étiraient les écuries (n° 3) complétées par une grange (n° 7) ;
  • sur le plateau de Rougemont, au nord, à l’écart de la communauté, le logis de l’abbé (n° 32) doté de sa propre chapelle représenté entouré de vignes et relié à la partie basse du monastère par un escalier monumental (n° 31) établi par les mauristes au 17e siècle en même temps que les grandes terrasses (n° 29) à l'est de l'église abbatiale.

Cette publication est dédiée à l’analyse archéologique de l’ancienne hôtellerie monastique (n° 25), édifiée à la fin du 12e siècle, aux bâtiments qui l’ont précédée, et qui eux aussi ont pu remplir une fonction d’accueil, comme à ses transformations successives qui en firent la maison du Grand Prieur puis, après la fermeture du monastère, un bâtiment de ferme. Toutes ces constructions établies dans la zone nord-ouest de l’enclos, à quelques mètres du coteau, sont étudiées dans leur environnement proche, qui a inclus, un temps, un cimetière. L’étude du mobilier livré par la fouille contribue à déterminer les fonctions des espaces conservés ou restitués. Notre ambition est de présenter à la fois les bâtiments et, autant que possible, ceux qui les ont occupés ou utilisés, dans la longue durée, comme ceux qui ont été inhumés à proximité immédiate.

Cette étude met à profit de nombreuses sources de natures diverses : essentiellement des sources matérielles, dont les méthodes de collecte par la fouille ou l’analyse de bâti seront présentées plus loin, mais aussi des sources iconographiques, qu’il s’agisse de plans, de vues cavalières ou de dessins de détail, produites entre le 17e et le 20e siècle (Fig. 0-189), et des sources textuelles qui s’étalent du haut Moyen Âge à l’époque contemporaine. Le lecteur découvrira leur apport au fur et à mesure de l’analyse.

0.1. Le programme de recherche du Laboratoire Archéologie et Territoires : extension, objectifs et méthodologie

Les interventions archéologiques menées depuis 2005 ont été concentrées sur le secteur du coteau et de ses abords (Fig. 0-2, 0-3) : les églises abbatiales successives et les sépultures associées (zone 1) ; l’ancienne hôtellerie (zones 3 et 4) ; la tour des cloches (zone 5) et les terrasses occidentales (zone 6) ; au sud des églises, l’emplacement des anciens cloîtres et des jardins qui firent l’objet de prospections géophysiques, de carottages géologiques et de sondages archéologiques (zones 2 et 7) ; enfin l’enceinte elle-même (zone 8) qui entourait dix-sept hectares, onze dans la vallée et six sur le plateau de Rougemont où se dressait le logis abbatial à partir du 14e siècle.

Le bâtiment de l'hôtellerie médiévale a été partiellement détruit au début du 19e siècle. Avant le début de l'étude, l'édifice subsistant se présentait sous la forme d'un bâtiment de 19 m de long comportant deux étages (la zone 3) et se prolongeant vers l'ouest par un mur joignant l'enceinte et le portail de Sainte-Radegonde (Fig. 0-4, 0-5). Des appentis et des clapiers en béton étaient accolés au bâtiment sur plusieurs côtés (Fig. 0-188), tandis que l'intérieur comportait encore des traces des dernières activités (outils agricoles, foin). À l'est, l'espace correspondant à l'emprise du reste du bâtiment médiéval arasé (zone 4) était couvert d'une prairie et d'arbres fruitiers.

0.1.1. Les études antérieures à 2005

Les premières études sur le bâtiment ont été réalisées par Charles Lelong (1917-2003), qui entreprit des fouilles à Marmoutier de 1974 à 1983, alors qu'il était maître-assistant en Histoire de l'art du Moyen Âge à l'Université de Tours. Bien que ses investigations archéologiques n’aient porté que sur l’emprise de la grande abbatiale gothique, il proposa dans son ouvrage sur l'histoire de Marmoutier une synthèse des connaissances sur l'ancienne hôtellerie médiévale, devenue maison du Grand Prieur à l’époque moderne (Lelong 1989 : 79-81 et pl. X et XI). Des descriptions architecturales succinctes de l'hôtellerie et de l'aile ajoutée au 18e siècle sont étayées par des sources planimétriques et textuelles. Le seul relevé récent est celui de l'architecte Robert Baldet, qui ne présente qu'une partie de l'édifice.

Une nouvelle synthèse des connaissances a été proposée par Nasrullah Coowar dans un mémoire de maîtrise de l’Université de Tours portant sur toute la topographie du monastère, une étude fondée sur des recherches documentaires, sans travail de terrain (Coowar 1999 : 33-35).

En revanche, le mémoire de maîtrise de Marie Delauné, soutenu en 2001 à l’Université de Tours, avait pour objectif de réaliser une première étude d'archéologie du bâti sur la partie conservée en élévation et de proposer un phasage (Delauné 2001). L'étude reposait sur des observations des maçonneries et sur l'analyse des différentes sources, mais aucun relevé architectural n'avait pu être réalisé à cette occasion : le phasage est présenté sous la forme de photographies annotées et à l'aide des relevés de Philippe Boisseau exécutés pour l’étude préalable de l’architecte en chef des Monuments Historiques Arnaud de Saint-Jouan (1992).

0.1.2. Les travaux de terrain sur l’hôtellerie depuis 2005

L’emplacement de l’hôtellerie, non touché par les fouilles menées par Charles Lelong dans les années 1970 et 1980, constituait une véritable réserve archéologique, et offrait la possibilité d’une étude complète de l’édifice sur la longue durée, par la fouille et l’étude de l’architecture. Les hôtelleries monastiques étaient alors peu étudiées, surtout en milieu bénédictin, et l’importance de l’abbaye de Marmoutier au Moyen Âge en faisait un sujet de recherche prometteur.

L'étude de l'hôtellerie médiévale entamée en 2005 a été réalisée en combinant des analyses architecturales et des fouilles archéologiques dans les deux zones correspondant au bâtiment originel (Fig. 0-6). L'objectif de ces recherches menées en parallèle était de s'assurer de la datation originelle de l'édifice, construit à la fin du 12e siècle d'après les sources textuelles, et de mieux appréhender les transformations ultérieures.

L'étude a commencé en 2005 par une campagne de relevés architecturaux dans la partie du bâtiment encore en élévation (zone 3, Fig. 0-7) puis la fouille archéologique a été amorcée en 2006 avec l'ouverture de quatre secteurs de fouille (Fig. 0-8, 0-9). Jusqu'à la fin de l'étude dans cette zone en 2017, les fouilles, dont la surface a été progressivement augmentée, ont été complétées par des études architecturales de l'hôtellerie et des bâtiments environnants.

0.1.2.1. L'étude des bâtiments en élévation (zone 3)

Ce bâtiment mesure 19 m de long pour 14 m de large et 15 m de haut (Fig. 0-26, 0-32). Il comporte deux murs de refend au rez-de-chaussée (M.502 , M.503 ), tandis que les deux étages ne présentent que de fines cloisons de séparation. Le mur nord (M.506 ) est prolongé par une maçonnerie joignant l'angle de l'enceinte et le portail occidental du monastère (Fig. 0-29).

La première étape de travail sur l'hôtellerie en 2005 a consisté en une étude architecturale préliminaire, réalisée sous la forme d'un stage de formation d'étudiants à l'archéologie du bâti, encadré par Bastien Lefebvre, alors doctorant au sein du LAT. Dans ce cadre, un premier nettoyage et un piquetage des murs a été réalisé à l'intérieur pour retirer papier peint et plâtres récents qui masquaient les maçonneries au premier étage. Au rez-de-chaussée, les enduits de béton et de mortier ont été laissés en place pendant cette première campagne de relevés, tandis que les murs du deuxième étage étaient largement apparents, quoique peu accessibles pour la partie orientale du bâtiment. Une mise en sécurité a donc été nécessaire pour poursuivre le travail de relevé et d'étude architecturale à cet endroit. Les campagnes de fouille ultérieures comprenaient systématiquement la réalisation par les stagiaires de relevés architecturaux des parties encore non traitées.

Une deuxième campagne de piquetage a concerné en 2008 la face orientale du mur de refend M.502 , qui était recouvert de béton récent. En 2014, deux autres murs ont été piquetés, permettant le dégagement d'une colonne à chapiteau et des voûtes associées (M.506 , M.503 ).

Les relevés architecturaux réalisés à la main par les étudiants ont été complétés par des relevés réalisés par l'équipe de recherche de Marmoutier soit à la main, soit avec d'autres techniques (Fig. 0-190, 0-191, 0-192). À partir de 2013, un traitement complémentaire par photogrammétrie et lasergrammétrie (scanner 3D) a ainsi permis de relever les maçonneries extérieures du bâtiment, notamment les parties hautes inaccessibles, ainsi que les constructions associées : aile moderne s'étendant à l'ouest, portail de Sainte-Radegonde et partie ouest du coteau (Émeline Marot, Daniel Morleghem et Nicolas Nony).

L'analyse architecturale réalisée par Bastien Lefebvre en 2005-2007 a été présentée sous la forme d'une synthèse dans le rapport de fouille de 2007. Le travail d'archéologie du bâti a été poursuivi par Émeline Marot en associant l'étude du bâtiment de la zone 3 aux résultats de onze années de fouille en zone 4.

0.1.2.2. La fouille du bâtiment (zones 3 et 4)

La fouille archéologique a été menée principalement en zone 4, correspondant à l'emprise du bâtiment arasé au début du 19e siècle. Toutefois, trois secteurs de fouille ont été définis en zone 3 pour des recherches ponctuelles destinées à répondre à des questionnements spécifiques. Au total, seize secteurs ont été fouillés de 2006 à 2017, correspondant à 647 m² en tout (intérieur et extérieur) et renseignant 55 % de la surface intérieure au niveau 1 (Fig. 0-8, 0-10, 0-11, 0-12).

La fouille de la zone 4 a été entamée en 2006 avec l'ouverture de quatre secteurs formant une fenêtre nord-sud positionnée à l'emplacement du changement d'axe du bâtiment, la compréhension de cette particularité du plan étant un des objectifs principaux de la fouille. Les secteurs 1 et 4 correspondent aux espaces extérieurs du bâtiment, les secteurs 2 et 3 à l'intérieur (Fig. 0-13).

Les agrandissements de la zone 4 en 2007 et 2008 étaient liés essentiellement à la création de paliers de sécurité. En zone 3, le secteur 1 correspond à la fouille en 2007 des couches recouvrant les voûtes du rez-de-chaussée, dégagées en retirant une partie du parquet de l'étage, à l'angle sud-ouest du bâtiment.

En 2009, un agrandissement vers l'est a été décidé afin de mettre au jour l'extrémité du bâtiment et de vérifier le degré d'exactitude du plan du 18e siècle (ADIL H236). Les secteurs 5 à 8 créés à ce moment-là concernent uniquement l'intérieur du bâtiment (Fig. 0-14, 0-15). Une berme a été conservée dans un premier temps contre le mur oriental M.1014  pour relever les remblais les plus récents, avant leur fouille complète et le dégagement du parement intérieur du pignon en 2010.

En 2012, la zone de fouille a été agrandie vers l'ouest cette fois, afin de mieux comprendre les transformations intérieures du bâtiment (secteurs 10 et 11) et de fouiller la tourelle de latrines qui se trouvait en bordure du secteur 1 (secteur 9, Fig. 0-16). Avec cet agrandissement, la quasi-totalité de la partie arasée du bâtiment a été mise au jour, seule une bande de cinq mètres a été préservée entre la zone de fouille et le bâtiment encore en élévation. Le secteur 12, situé au nord du bâtiment, a été décapé, mais n'a été fouillé qu'en 2016, afin de comprendre la chronologie de la porte nord.

Le secteur 13 a été créé en 2014 à l'angle nord-est du bâtiment, c'est-à-dire à la jonction avec le porche de l'église, dont la fondation du pilier a ainsi pu être observée (Fig. 0-17).

Les secteurs 2 et 3 de la zone 3 ont été ouverts en 2014 afin de mieux appréhender et dater la construction et les transformations du passage occidental du bâtiment, et notamment pour établir l'altitude des sols médiévaux. La fouille du secteur 2, au nord, avait également pour objectif de vérifier la présence du deuxième portail médiéval, représenté sur la vue de Gaignières, dont la localisation n'était pas certaine.

La dernière année de fouille de la zone 4 concerne uniquement des niveaux du haut Moyen Âge, qui ne sont pas analysés dans ce travail. Tous les rapports dans lesquels la fouille de l’hôtellerie est traitée, de 2006 à 2016, sont cités en bibliographie (sous le titre de Marmoutier suivi de la date). Ils sont tous accessibles en ligne (HAL-SHS).

0.1.3. Le système d’enregistrement et les normes utilisées

Le système d’enregistrement utilisé à Marmoutier est celui que développe le LAT depuis de nombreuses années. Il découle des procédures mises en place outre-Manche dans les années soixante et formalisées par Edward Harris dans les années soixante-dix puis par d’autres archéologues français.

0.1.3.1. La numérotation des éléments archéologiques

L’enregistrement des éléments archéologiques répond sur le site de Marmoutier à des normes communes aux différentes zones de fouille : des séries de numéros sont appliquées aux murs, faits ou Entités Architecturales et aux Unités Stratigraphiques et Unités de Construction pour éviter les doublons entre les zones (Fig. 0-18).

Les unités stratigraphiques (US) comme les unités de construction (UC) se rapportant aux maçonneries sont numérotées par zone en continu. Les sépultures en revanche sont numérotées en continu à l'échelle de tout le site de Marmoutier.

Les faits sont numérotés par zone en continu avec les entités architecturales (EA), définies comme des éléments fonctionnels structurants de l'édifice (portes, fenêtres, escaliers, niches, voûtes, etc.) et identifiés par un code de trois lettres suivi du numéro d'EA (Fig. 0-19, 0-26, 0-29, 0-30).

Les murs sont numérotés lors de leur découverte avec des séries de numéros attribuées à chaque zone ; chaque élément identifié peut correspondre à des reprises de datation différentes, tant qu'il n'y a pas de changement d'orientation ou d'incompatibilité fonctionnelle entre les différentes parties.

Ces différents éléments archéologiques répondent à une hiérarchie théorique correspondant à des regroupements spatio-fonctionnels (Galinié et al. 2005 : 7-8, Fig. 5). Les US/UC constituent l'objet le plus petit, qui peuvent être regroupés ou non dans des Faits / EA / sépultures, constituant le deuxième échelon de la hiérarchie, et/ou dans des murs, qui sont donc composés d'UC et d'EA.

0.1.3.2. L'établissement du diagramme et de la chronologie

Pour réaliser le diagramme stratigraphique, les relations de chacun des objets archéologiques sont représentées graphiquement, en restituant les regroupements spatio-fonctionnels. Ces éléments sont ensuite intégrés à des regroupements temporels ou chrono-fonctionnels que constituent les Agrégations, correspondant à des ensembles d'US et de Faits résultant d'un même événement (chantier de construction, création d'un sol, destruction d'une cloison, etc.).

Les niveaux supérieurs, strictement emboîtés (Ensembles, Phases et Périodes) constituent des regroupements spatio-temporels et permettent de définir les étapes de l'occupation sur le long terme (Fig. 0-20 ; Galinié et al. 2005).

En ce qui concerne l'hôtellerie, quatre périodes ont été définies du 10e au 21e siècle, prenant en compte l'occupation de cet espace depuis les premiers bâtiments des 10e-11e siècles jusqu'aux dernières transformations à la période contemporaine (Fig. 0-21). L'occupation du haut Moyen Âge n'est pas prise en compte dans cette publication, mais sera présentée comme point de départ de l'occupation de cet espace. En effet, il est apparu plus pertinent d’étudier ensemble les niveaux du haut Moyen Âge des zones 1 et 4 afin de les comparer et de mieux comprendre l’organisation du monastère à cette période où la zone 1 concentre presque tous les vestiges maçonnés, la zone 4 apparaissant avant tout comme une zone de rejet de déchets artisanaux. La construction du bâtiment 6 (cf. infra) marque donc une nette rupture dans l’histoire de la zone 4 et justifie ce choix de publication.

Enfin, chaque période regroupe une ou plusieurs phases d'occupation constituant les principales étapes de construction et de transformation des bâtiments (Fig. 0-22, 0-23).

0.1.3.3. La datation du mobilier

L'étude du mobilier, notamment la vaisselle en terre cuite, a fourni des datations plus ou moins précises, qui sont indiquées au siècle (ex. 12), demi-siècle (ex. 12ab) ou quart de siècle près (ex. 12a). Les groupes techniques mentionnés, à la fois pour la céramique et la verrerie, se rapportent à des études et des bases de données publiées ou accessibles en ligne : sur le site internet du programme de recherche ICERAMM pour la céramique (https://iceramm.univ-tours.fr/) et dans diverses publications pour le verre (Motteau 1985, Aunay et al. 2020).

Une grande partie des groupes techniques repérés à Marmoutier correspondent à des découvertes faites sur d'autres sites de Tours et répondent donc à des codes en to- : to9f, to7h, to2k par exemple pour la céramique, TO 180 pour la vaisselle en verre (cf. 10).

0.1.4. Les outils et méthodes d'analyse

0.1.4.1. Les outils de gestion de données

Les recherches sur l'hôtellerie s'intègrent dans l'étude de l'ensemble du monastère de Marmoutier, avec l'utilisation d'une base de données et d'un système d'information géographique à l'échelle du site.

La base de données Arsol (Archives du Sol) a été développée par le Laboratoire Archéologie et Territoires pour répondre aux besoins de la gestion des données archéologiques de différents sites de Tours notamment, dans un souci d'homogénéisation et d'interopérabilité des données (Galinié et al. 2005 ; Husi et Rodier 2011). La base permet la gestion de l'enregistrement archéologique (US, Faits, sépultures, murs), des regroupements fonctionnels et temporels (agrégations, ensembles, phases, périodes), du petit mobilier archéologique, de la céramique et de la documentation (relevés, photos).

Le système d'information géographique utilisé pour Marmoutier comporte des données relatives à l'environnement général actuel et ancien du site (cadastres, courbes de niveau, hydrographie, prospections), à la topographie historique du monastère (positionnement et phasage général des bâtiments) et à la fouille archéologique menée sur différentes zones. Des fichiers existent ainsi pour les murs, faits, sépultures, et unités stratigraphiques ainsi que pour localiser les relevés (Fig. 0-193).

0.1.4.2. La restitution en 3D de l'hôtellerie

Depuis 2016, l'analyse des bâtiments de l'ancienne hôtellerie repose en partie sur une proposition de modélisation en trois dimensions, réalisée en collaboration avec Nicolas Nony, spécialiste de la modélisation en 3D. L'objectif de cette modélisation était de restituer quatre états distincts du bâtiment, en s’appuyant sur les principales phases chrono-fonctionnelles définies par l’enregistrement archéologique. Il s'agit de la fin du 12e siècle, au moment de la construction de la grande hôtellerie (phase 3, Fig. 2-59, 2-60, 2-61, 2-62, 2-63, 2-64), d'un état postérieur d’un siècle environ, avec des modifications des ouvertures et du décor (phase 4, Fig. 3-24, 3-35), d'une phase correspondant à une reprise importante des niveaux et de la fonction de l’édifice au 15e siècle (phase 5, Fig. 4-29, 4-30), et enfin du début du 18e siècle avec l’ajout d’une aile et la construction du portail de Sainte-Radegonde (phase 8, Fig. 7-35, 7-36). Les restitutions montrent le bâtiment seul, sans son environnement immédiat, qui est très complexe à toutes les périodes. L'enceinte à l'ouest ou le porche de l'église à partir du 14e siècle ne sont ainsi pas représentés.

Ces restitutions s’appuient sur le système d’information géographique du site, ainsi que sur les relevés architecturaux des maçonneries conservées en zone 4 ou en zone 3. La documentation archéologique (enregistrement et relevés) permet de proposer le phasage des maçonneries, indispensable à la restitution en 3D des différents états de l’édifice.

Pour chaque état, la modélisation en 3D montre les caractéristiques architecturales attestées, mais des choix ont été effectués sur certains aspects plus hypothétiques ou incertains, soit en faisant une proposition, soit en ne représentant pas l’élément sujet à caution. Le détail de ces choix est développé dans les chapitres correspondant à chaque phase.

Ces différents états proposés en 3D constituent une aide à l’analyse pour la vérification d’hypothèses de restitution, notamment en ce qui concerne les niveaux de sols intérieurs et extérieurs, mais sont également un support d’illustrations, permettant de visualiser les formes architecturales ou les décors, sous la forme de volumes simples (Fig. 0-24) ou avec l’application de textures et de traitements plus réalistes.

0.2. L’occupation de la zone 4 pendant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge

Une précision préliminaire s'impose sur la localisation du secteur d'étude par rapport à la limite occidentale du monastère qui n'est pas précisément connue pour cette période. Néanmoins, sur la base d'un acte de 8462[…] quod quoddam oratorium infra idem monasterium situm, atque a beato Martino fundatum, quod est in honore beatae simper virginis, relevare atque ex rebus ejusdem abbatiae honorare satageremus. […] ut praedictum locellum prope portam monasterii, id est cryptam ubi praedicta Dei Genitrix in Domini honore colitur et venerator, et discipuli beati Martini in somno pacis quiescunt, ob ejus amorem et Dei reverentiam quantu locumque adjutorio per scripturam hanc relevare atque erigere conaremur…
(Annales O.S.B. : 695)


Traduction de Claire Lamy que nous remercions vivement :
… que nous nous donnions la peine de relever un certain oratoire situé au sein de ce même monastère, [oratoire] fondé par saint Martin, en l’honneur de la bienheureuse et toujours Vierge, et de le gratifier à partir des biens de cette même abbaye. […] afin que nous entreprenions de reconstruire et redresser le susdit petit sanctuaire à proximité de la porte du monastère, c’est-à-dire la crypte où ladite mère de Dieu est honorée et vénérée en l’honneur de Dieu…

La traduction de la mention infra idem monasterium soulève une difficulté puisque littéralement elle indique une position inférieure (au bas, en dessous du monatère), qui n’est pas compatible avec la topographie attestée depuis le haut Moyen Âge. Nous optons donc pour un sens équivalant à intra, au sein de. Si la fondation de la chapelle par saint Martin n’est pas à retenir, l’insertion du coteau dans l’enclos monastique dès le début de la vie cénobitique est hautement probable étant donné qu’une partie des frères, selon le témoignage de Sulpice Sévère, habitait des grottes qu’ils avaient eux-mêmes creusées dans la roche. Sur la chapelle, dont subsistent des vestiges attribuables au haut Moyen Âge, et son environnement, voir Lorans 2014 : 314-318 ; Lorans 2018.
, le premier à évoquer la porte du monastère, nous pouvons la situer à proximité de la chapelle Notre-Dame (plus tard Notre-Dame des Sept-Dormants ; Fig. 0-1, n°17) représentée sur les vues modernes sur la terrasse occidentale inférieure, à peu près face à la zone 4. Autrement dit, la porte principale est localisable dans la partie nord-ouest du monastère, probablement en lien avec la voie qui devait longer le coteau, une situation qui perdura jusqu’au 18e siècle. Il est donc probable, mais pas avéré, que les zones 3 et 4 ont fait partie de la clôture monastique dès le haut Moyen Âge.

Les fouilles conduites par Charles Lelong, dans l’emprise de la zone 1 (Fig. 0-3), ont révélé que l’occupation antique de ce secteur a commencé vers la fin du 1er siècle ap. J.-C., alors que pour la zone 4 les premiers niveaux anthropiques remontent seulement au 5e siècle. Résumons les principales phases d'occupation de la zone 4 avant la construction du bâtiment 6, premier bâtiment interprété comme un lieu d'accueil (Lorans et Simon 2018).

Six phases ont été identifiées entre les 5e-6e siècles et le 10e siècle (Fig. 0-25). Les trois premières phases ont pu voir la présence d'un ou deux lieux de culte, attestés d'une part par la découverte de fragments de colonne et d'antéfixe, d'autre part par la mise au jour d'une maçonnerie légèrement curviligne évoquant une abside (Fig. 0-25a-b).

Après la démolition de cet édifice, des activités artisanales prirent le relais, associées à des constructions légères : mur de pierres sèches, foyers, zones de mortier (sols ?), déchets de tuffeau ou encore couches rubéfiées. On a affaire à une zone d’activités, qui a dû inclure le travail de différents métaux, si l’on se fonde sur la présence de scories de fer, de coulées de plomb ou de rognures de cuivre (Fig. 0-25c). La séquence stratigraphique suivante prend la forme de « terres noires » dont l’épaisseur varie de 0,30 à 1 m (Fig. 0-25d). L’analyse micromorphologique de ces dépôts, toujours très délicats à interpréter, renvoie encore à des activités artisanales, mais aussi à l’épandage de déchets et au piétinement. De nombreuses fosses de dimensions variables ont été creusées à travers ce dépôt, à des moments différents. Les activités liées à ces creusements, dont un a livré des scories qui s’étaient agglomérées, voire vitrifiées, le long des parois d’un four, ont dû contribuer à la formation même de ces terres noires qui résultent de processus de transformation complexes. Cette longue séquence stratigraphique s’achève par la mise en place d’un cailloutis qui a pu recouvrir une vaste aire ouverte, une zone de passage pour les charrettes comme l’attestent des traces d’ornières (Fig. 0-25e). Cette réalisation attribuable aux 9e-10e siècles manifeste le changement fonctionnel de cette zone, longtemps dévolue à des activités artisanales, au profit d’une vaste cour créée à l’entrée principale du monastère.

0.3. Plan de la publication

Cette publication comporte une première partie de huit chapitres, présentant les neuf phases d'occupation dans l'ordre chronologique, du 10e au 19e siècle. Les quatre chapitres suivants sont thématiques, regroupant les informations relatives à différents aspects du site : la construction (chapitre 9), la vie quotidienne (vaisselle, mobilier, objets, travail, alimentation, état sanitaire) (chapitre 10), l'artisanat (chapitre 11) et enfin la zone funéraire et les données anthropologiques (chapitre 12).

CHAPITRE 1. PÉRIODE 1 : LES PREMIERS BÂTIMENTS D'ACCUEIL ?

Chapitre 1. Période 1 : Les premiers bâtiments d'accueil ?

Émeline Marot et Gaël Simon

Ce premier chapitre regroupe les deux premières phases, correspondant à la construction de plusieurs bâtiments successifs (bâtiments 6 puis 5) à l’ouest de l’église abbatiale, à l’emplacement de la future grande hôtellerie de la fin du 12e siècle.

Le bâtiment 6 est représenté par un ensemble de maçonneries (Fig. 1-1) immédiatement postérieures au niveau de cailloutis de la cour scellant l'occupation du haut Moyen Âge. Ces maçonneries s'étendent sur presque toute la surface fouillée et leur état de conservation variable (Fig. 1-6 et 1-7) est dû aux nombreuses constructions et creusements ultérieurs. Ces murs délimitent un bâtiment à l’est et un autre espace à l’ouest, peut-être un passage. Ils sont associés à une zone funéraire située au nord, comportant onze sépultures et trois réductions.

Après la première phase d’occupation, le bâtiment 5 est édifié, en remployant une partie des maçonneries antérieures (Fig. 1-63). Ce bâtiment est mieux conservé que les précédents, ce qui permet de préciser sa chronologie et ses fonctions. Le bâtiment 5, orienté est-ouest, est constitué de trois murs conservés sur 2 m de haut environ, construits en blocs de moyen appareil de calcaire. L'épaisseur des murs, ainsi que la présence de contreforts, semblent indiquer une construction solide, susceptible d'avoir comporté un étage. Les éléments d'une baie géminée (Fig. 1-29), découverts dans des remblais, pourraient aller en ce sens, mais notons que la couverture était réalisée en tuiles (Fig. 1-42), formant une toiture lourde, pouvant justifier l'épaisseur des murs. L’édifice a connu plusieurs réaménagements, dont un décaissement intérieur, suivi de l’installation d’un plancher surélevé et de trois murs de soutènement. Le bâtiment était associé à une occupation extérieure intense, avec une cour régulièrement ragréée, une mare au sud, et des traces d’artisanat à l’ouest. Au nord, l'espace funéraire existant lors de la première phase connaît des transformations successives, qui supposent un lien avec la construction du bâtiment 5, immédiatement au sud-est de la partie fouillée du cimetière. La majorité des quinze sépultures (Fig. 0-137) de cette phase présente en effet une orientation cohérente avec le nouveau bâtiment.

La continuité de l’occupation à l’emplacement des bâtiments 5 et 6 et leurs caractéristiques architecturales, particulièrement soignées dans le cas du bâtiment 5 (Fig. 1-20), soulèvent la question d’une fonction d’accueil avant la fin du 12e siècle.

Les bâtiments 6 puis 5 sont implantés à proximité de l'entrée principale du monastère (Fig. 0-196, phases 1 et 2), située sur le flanc ouest de l’enclos, probablement au pied du coteau. Ils peuvent avoir rempli la fonction d'accueil, attestée par des textes au 11e siècle, avant l'édification de la grande hôtellerie par Hervé de Villepreux à partir de 1180 (bâtiment 2, phase 3). L'évolution des besoins d’accueil dans le monastère ainsi que des améliorations architecturales ont pu justifier les reconstructions successives des bâtiments et le regroupement en un seul endroit de la fonction d'accueil dans le monastère.

Le cimetière, quant à lui, a été utilisé au cours des 11e-12e siècles par une population laïque, incluant des individus ayant pu nécessiter une prise en charge particulière. Ces observations doivent être pondérées par le fait que la surface fouillée du cimetière est très limitée.

Qu'il s'agisse de sépultures de famuli, de personnes accueillies au monastère ou de sépultures associées à l'église, la présence de ces inhumations près de l'hôtellerie et à proximité du portail de l'église est justifiée dans un espace accessible aux laïcs et à différentes catégories de personnes.

Ce premier chapitre regroupe les deux premières phases, dont témoignent essentiellement les maçonneries de plusieurs édifices successifs. Les couches d'occupation associées ont été largement perturbées par l'utilisation de cet espace au cours des siècles suivants.

1.1 Un ensemble de bâtiments aux 10e-11e siècles ? (bâtiment 6, Phase 1)

Le bâtiment 6 correspondant à la première phase est représenté par un ensemble de maçonneries découvertes en zone 4, immédiatement postérieures au niveau de cailloutis de la cour scellant l'occupation du haut Moyen Âge (cf. 0.2). Ces maçonneries s'étendent sur presque toute la surface fouillée et sont associées à un ensemble de sépultures situées au nord.

1.1.1 Les constructions formant le bâtiment 6 (Ens.4013, 4059, 4086)

1.1.1.1 Les maçonneries

Les maçonneries associées à cette phase sont trois murs orientés nord-sud (M.1017 , 1027 , 1034 ) et un mur perpendiculaire (M.1028 ). À ces éléments pourraient s'ajouter la partie basse des fondations des murs 1001  et 1002  orientés est-ouest et s'étendant à l'est des murs précédents, dont il est difficile de déterminer la datation précise (Fig. 1-1).

Les éléments épargnés par les destructions ultérieures, essentiellement les fondations, présentent des techniques de construction légèrement différentes (Fig. 1-2).

Le mur nord-sud M.1027 , localisé à l'est, est conservé sur une longueur de 9,85 m pour environ 1,20 de large et son niveau d'arasement est situé de 49,8 à 50,40 m NGF, environ un mètre plus bas que les autres murs associés à cette phase, à cause de décaissements réalisés lors de la phase 2 (Fig. 1-3, 0-86). Sa fondation réalisée en tranchée aveugle présente l'aspect lissé d'une tranchée droite comblée de moellons de calcaire et de mortier et a pu être observée sur 60 cm de profondeur environ, mais nous ignorons le niveau de creusement initial de la tranchée.

Plus à l'ouest, les murs M.1017  et M.1028  sont perpendiculaires et présentent une technique de construction similaire entre eux, ce qui permet de les associer, alors que leur contact a été coupé par la reprise du mur M.1001  lors de la phase 3 (tranchée de récupération du mur M.1028  : F.1254  ; Fig. 0-85, 1-4, 1-5, 1-6). Leur fondation a été réalisée en tranchée aveugle de 1,30 m de large environ dans laquelle des moellons de calcaire de taille variable et quelques blocs équarris ont été disposés en assises grossières. Les blocs ont une taille plus importante en parement ainsi qu'au fond de la tranchée, où de gros moellons de 60 cm de côté forment un radier de fondation, bien visible dans le cas du mur M.1028 . La fondation a un aspect irrégulier puisque le mortier épais et comportant de nombreux galets et petits fragments de tuffeau a été réparti de façon hétérogène, laissant apparaître les moellons constituant la maçonnerie. M.1028  comportait en outre des couches de terre s'intercalant entre deux assises de blocs liés au mortier.

Ces fondations atteignaient au moins deux mètres de profondeur : la partie basse a été observée pour M.1028  au sud, attestée par la présence de gros moellons vers 49,20 m NGF, sans atteindre le fond, tandis que la limite entre fondation et élévation a été approchée pour M.1017  au nord, au-dessus de 51,25 m NGF. Le terrain comporte un pendage vers le sud-est observé dès le haut Moyen Âge, cette technique de fondation semble donc adaptée à un terrain irrégulier afin d'éviter les affaissements localisés.

Seul le mur M.1017  a pu être observé en élévation, mais indirectement puisque c'est sous la forme d'un tronçon du parement oriental, effondré vers l'est et laissé en place lors de la phase 3 (UC 41928, Fig. 1-7, 1-8, 1-9). Il s'agit d'une maçonnerie construite en blocs de tuffeau jaune équarris à tête dressée. Certains sont grossièrement cubiques ou rectangulaires, d'autres ont été taillés avec une queue démaigrie, leur donnant une forme triangulaire à l'arrière, se calant dans le blocage du mur. Leurs dimensions sont variables : quelques gros blocs sont visibles, mais l'essentiel de la maçonnerie est constitué de blocs de taille réduite, formant des assises de 8 à 19 cm de haut, la majorité mesurant 11 à 14 cm de haut. Le blocage est constitué de petits moellons de tuffeau et de quelques silex liés au mortier de chaux contenant un sable grossier et des galets. La présence d'un enduit rosé sur la face orientale (intérieure) et les blocs d'une baie géminée découverts dans les remblais ont été interprétés comme des reprises du mur (cf. 1.2.2.2, phase 2).

Enfin, le mur M.1034 , observé à l'angle nord-ouest de la zone de fouille sur une assise seulement au-dessus d'une fondation de moellons de calcaire et de mortier, a une orientation légèrement différente de M.1017  et s'achève par un massif maçonné à une distance de 2,30 m du mur 1028 , comme pour ménager un passage (Fig. 1-10, 1-11). Il a été écrêté vers 50,80 m NGF, légèrement plus bas que le niveau d'arasement de M.1028 .

La datation de ces constructions repose sur la chronologie relative, aucun charbon n'étant présent dans le mortier pour des datations au carbone 14. Tous sont situés stratigraphiquement entre des niveaux de cours, datés des 9e-10e siècles par la céramique (groupes techniques to8k ; to11f ; to16b ; to11L ; to2k ; to8m), et la construction du bâtiment 5, dont les techniques de constructions peuvent être attribuées à la fin du 11e siècle ou au début du 12e siècle. La technique de construction des murs 1017 , 1027 , 1028  et 1034 , formant le bâtiment 6, ne peut à elle seule aider à la datation (tranchée de construction aveugle, comblée de mortier et de moellons). Elle peut être comparée à celle des murs de l'église 3 de Marmoutier datée du 9e siècle (Fig. 1-12 ; Simon 2020 : 53-54), mais une datation aussi haute ne semble pas pouvoir être retenue pour la construction du bâtiment 6 en zone 4. Sa fourchette chronologique la plus probable reste donc imprécise (10e-11e s.).

1.1.1.2 La restitution des bâtiments

Cet ensemble de murs est difficile à interpréter, puisqu'aucun niveau d'occupation intérieur correspondant n'a été conservé, du fait d'arasements successifs lors des phases suivantes. Ainsi, la distinction entre intérieur et extérieur d'un bâtiment, qui pourrait aider à comprendre la disposition des constructions, n'est pas aisée (Fig. 1-1).

Un seul secteur au sud a livré une occupation pouvant correspondre à la phase 1, mais il n'existait aucun contact direct avec les maçonneries décrites. Il s'agit de couches de tuffeau concassé, interprétées comme des remblais de chantier, auxquelles ont succédé des couches de limon impliquant un dépôt lent, probablement le comblement d'une dépression ou une mare, observées en limite de fouille ; il s'agit donc d'un espace extérieur (Ens.4093). Ces niveaux de chantier correspondent-ils à la construction du bâtiment 6 et peut-on en déduire que l'espace au sud de M.1028  était extérieur (Fig. 1-1) ? La céramique associée à cet ensemble, peu abondante, semble plutôt indiquer les 9e-10e siècles (groupes techniques to1f), et, même si cela peut s'expliquer par la pente du terrain, ces dépôts sont situés à un niveau inférieur à l'arasement des maçonneries (50,70 m NGF). Il est donc hasardeux de s'appuyer uniquement sur ces informations pour en déduire une organisation ou une datation du bâtiment 6. Si sa date de construction demeure incertaine, il est toutefois assuré qu'il est resté en utilisation jusqu'à la construction du bâtiment 5, probablement au début du 12e siècle.

La position des maçonneries permet de restituer un bâtiment délimité à l’est par le mur M.1027  et à l’ouest par le mur M.1017 , qui ne se prolongeait ni au nord ni au sud. Le bâtiment mesurait 12,40 sur 11,60 m, si on associe une partie des fondations des murs 1001  et 1002 . La partie basse, construite en tranchée aveugle comblée de mortier, semble en effet différente de la maçonnerie qui la surmonte où des moellons et blocs taillés sont bien visibles, eux aussi aménagés dans une tranchée aveugle. De plus, nous ne pouvons exclure un prolongement vers l'est des fondations de ces deux murs, peu visibles, au-delà de M.1027 , ce qui augmenterait la surface du bâtiment 6. Les élévations ne sont pas conservées, mais l’épaisseur des murs est compatible avec la présence d’un étage. Le mur M.1028 , situé au sud-ouest, constituerait un prolongement ou une autre aile du bâtiment, au-delà d’un espace non caractérisé central (extérieur?), tandis que M.1034 , observé en limite de fouille, semble ménager un passage près de M.1028 .

Cet ensemble de murs est situé à 65 m environ de la façade de l'église : il pourrait s'agir d'une entrée du monastère ou de bâtiments à fonction d'accueil (cf. 1.3).

Un autre élément peut apporter des précisions sur cette phase, la zone funéraire située au nord des bâtiments.

1.1.2 La zone funéraire associée (phase 1 du cimetière) Ens.4022, Agr.812

Au nord de la zone de fouille a été découvert un espace funéraire, qui est traité dans son intégralité au chapitre 12, mais dont chaque phase est présentée en relation avec les bâtiments successifs.

Les premières inhumations semblent pouvoir être associées aux maçonneries de la phase 1 (Fig. 1-13, 1-14, 1-15). La zone d'observation est réduite, 17m2 environ, mais onze sépultures y ont été définies comme la première phase du cimetière, associées à trois réductions de sépultures (F.1376 , 1463 , 1464 , Fig. 1-16) et plusieurs fosses de fonction indéterminée (F.1404 , 1435 , 1470 ).

Les sépultures sont réparties en plusieurs groupes (Fig. 12-33), alternant avec des couches de terre grise ou brune contenant des charbons de bois. La nature de ces sédiments, relativement homogènes, que l'on peut qualifier de terres noires, a entraîné des difficultés lors de la fouille pour le repérage des fosses de sépultures, comblées avec un sédiment identique aux couches en place. Une partie de ces sédiments a été fouillée par passes mécaniques et la chronologie relative entre encaissant et encaissé n'est donc pas assurée. Ces terres noires comme les sépultures sont toutefois postérieures à un niveau de cailloutis correspondant à une aire ouverte et daté du 9e siècle (cf. 0.2, Agr.780).

Le fait F.1463  contenait les restes d'au moins un individu (Fig. 1-17), le fait F.1376  ne contenait qu'un unique crâne et enfin F.1464 , partiellement observé, contenait les restes d'un seul individu regroupés dans une fosse en pleine terre (Fig. 1-18).

Les sépultures S.85  et S.109  ainsi que des couches d'occupation contenaient également des ossements redéposés.

1.1.2.1 Caractéristiques des sépultures

Tous les corps semblent s'être décomposés en espace vide, mais nous ne disposons pas d'assez d'éléments pour préciser s'il s'agissait de cercueils, de coffrages de bois ou d'une simple planche placée comme couverture (Fig. 12-2, 1-15). Peu de clous ont été découverts dans les sépultures de cette phase (S.85 , S.113 ) et une seule sépulture contenait des traces de bois (S.113 ). Un des squelettes présentait des traces de compression, peut-être le signe de la présence d'un linceul (S.85 ), mais ce n'est pas exclu pour les autres sépultures.

Les recoupements sont nombreux pour cette phase, ce qui implique l'absence de marquage en surface, ou leur suppression rapide après l'inhumation (Fig. 12-1).

Les tombes découvertes en place correspondent à celles de trois hommes et d'une femme, tous adultes, et de sept autres individus de sexe indéterminé (Fig. 12-4). Cette répartition exclut un cimetière de religieux, mais ne correspond pas pour autant à un recrutement de cimetière paroissial, étant donné la surreprésentation des hommes et l'absence d'individus immatures.

L'étude anthropologique a également révélé deux individus atteints de pathologies remarquables pour cette phase : une fracture du tarse pour la sépulture S.121  et une ossification du ligament stylo-hyoïdien (S.85 , Fig. 12-5). Les inhumations des phases suivantes ont également révélé la présence de pathologies, ce qui fournit des indications précieuses sur la population inhumée à cet endroit (cf. 1.2.6.2, phase 2). Toutefois, si l'on considère le nombre de sépultures pour cette première phase et la faible surface observée, il est difficile d'affirmer s'il s'agit d'un phénomène significatif pour le cimetière à cette période (cf. 12.5.3).

1.1.2.2 Analyse et datation de la première phase du cimetière

La datation de cette première phase du cimetière repose à la fois sur la céramique, sur six datations d'ossements au carbone 14 et sur l'orientation des tombes.

La chronologie relative indique tout d'abord que les murs et les sépultures partagent des relations stratigraphiques, même s'ils ne sont pas en contact direct : ils sont postérieurs au niveau de sol formé par un cailloutis et daté du 9e siècle dans les autres secteurs de fouille, et antérieurs à la construction du bâtiment 5, attribuée à la fin du 11e siècle ou au début du 12e siècle.

Les tessons de céramique découverts dans les couches de l'agrégation Agr.812 ne dépassent pas le 10e siècle (datations 6d-8a, 7e-8e, 8e-9e ou 9e-10e siècles ; groupes techniques to1p ; to15i ; to15q ; to15t ; to8p ; to1n), en cohérence avec la vaisselle en verre, attribuée aux 8e-10e ou 9e-10e siècles. Il s'agit en grande partie de mobilier redéposé provenant des niveaux de terres noires que le cimetière a entaillés.

Les datations radiocarbone réalisées indiquent, elles, des fourchettes plus variées, couvrant les 10e, 11e et la première moitié du 12e siècle pour quatre d'entre elles, tandis que deux autres ne semblent pas antérieures au début du 11e siècle (Fig. 12-9). Ces données imposeraient donc de rajeunir cette phase du cimetière au moins dans la partie observée, en considérant que le mobilier a été entièrement redéposé. En revanche, le cimetière dans son ensemble est probablement plus ancien, puisque plusieurs réductions ont été observées pour le début de la phase 1 et au moins une couche antérieure à la couche de cailloutis contenait des ossements humains (Agr. 829).

Les orientations des sépultures ont été définies pour les trois phases du cimetière, en prenant en compte les fosses d'inhumation dans la mesure du possible et en écartant les sépultures les moins bien conservées (cf. 12).

Les sépultures associées à cette phase présentent une orientation dominante, notée C, comprise entre 92° et 101° par rapport au nord, représentée par les trois sépultures S.85 , S.96  et S.123 . Deux autres sépultures ont des orientations différentes : 84-91° pour S.109  (orientation B) et moins de 83° pour S.113  (orientation A ; Fig. 12-7). Les six autres ont été écartées car insuffisamment conservées.

L'orientation C est comparable à celle des murs du bâtiment 6 s'étendant plus au sud (M.1017 , M.1028 , Fig. 12-6). De plus, aucune sépulture n'a été identifiée dans l'emprise connue de ce bâtiment dont l'angle est constitué par le mur M.1017 . Cet édifice est donc probablement antérieur au cimetière, dont il a constitué une limite nette au sud, ainsi qu'un repère pour le creusement des fosses.

Pour ce qui est de l'emprise de ce cimetière sur les autres côtés, aucune sépulture n'a été identifiée à l'ouest dans le sondage situé à quelques mètres du mur 1017  : la limite du cimetière est-elle atteinte de ce côté ou s'agit-il d'un effet trompeur dû à la taille réduite du sondage ? En l'absence d'informations pour les côtés est et nord, il est difficile de restituer l'extension du cimetière, mais il est possible de proposer des hypothèses. Le cimetière et le bâtiment 6 semblent en partie contemporains et liés spatialement. Il est possible que cette partie de la zone d'inhumation soit associée spécifiquement à l'édifice, dont la fonction reste incertaine pour la phase 1, mais il est également possible que ce cimetière dans son ensemble soit lié à l'église, dont la façade est située à quelques dizaines de mètres plus à l'est, autour de laquelle des sépultures sont attestées depuis le 9e siècle (cf. 12).

1.2 Le bâtiment 5 (Phase 2)

Après la première phase d’occupation, correspondant à un ensemble de constructions en pierre à la fonction incertaine (cf. 1.3), un autre bâtiment est édifié, en remployant une partie des maçonneries antérieures (Fig. 1-19). Ce bâtiment 5 est mieux conservé que les précédents, ce qui permet de préciser sa chronologie et ses fonctions.

1.2.1 Les maçonneries (Ens.4021)

La construction du bâtiment 5 a nécessité des destructions préalables : le mur M.1027  est ainsi arasé à 50,40 m NGF environ, de même que les possibles maçonneries à l'est du mur M.1017 , qui a, lui, été préservé, comme le mur M.1028 . Ils ont tous deux été détruits au même moment lors de la phase 3 et M.1028  devait donc être encore en élévation pendant l'utilisation du bâtiment 5, même si sa fonction reste inconnue.

Le bâtiment 5, orienté est-ouest, est constitué de trois murs conservés sur 2 m de haut environ : les murs gouttereaux nord et sud (M.1001  et M.1002 , Fig. 0-48, 0-50) et le pignon oriental (M.1014 , Fig. 0-53). Le quatrième côté est formé par le mur M.1017 , appartenant à la phase précédente et présentant une orientation légèrement différente. La jonction entre ces deux états de maçonnerie n’est pas connue, du fait de la destruction du mur 1017  à la phase suivante. Le bâtiment mesurait 12 m de large pour 17,40 m de long environ, correspondant à 9,70 m de large pour 15 m de long dans l’œuvre (Fig. 1-20, 1-21, 1-22).

Les fondations, observées sur une épaisseur de 40 à 60 cm, ont été construites en tranchée aveugle (F.1384 , 1385 , 1386 ), d’après l’apparence du mortier du tronçon épargné dans le mur M.1001  par les décaissements ultérieurs qui ont conduit à l’arrachement de blocs en surface. L’alignement et l’orientation des fondations et des élévations ne sont pas homogènes : les fondations dépassent peu dans les murs 1001 et 1014 (5 à 25 cm), tandis qu’elles forment un ressaut de 20 à 40 cm dans le mur 1002 . Ces fondations reposent sur un autre niveau de maçonneries construites en tranchée aveugle, légèrement en retrait, qui peuvent être attribuées à la première phase (cf. 1.1.1.2).

La construction du bâtiment 5 montre une pente vers le sud, attestée par la limite entre fondation et élévation située à 50,85 m NGF au nord (M.1002 ) et 50,60 au sud (M.1001 ), les fondations du mur pignon M.1014  s'arrêtant à 50,75 m NGF.

Les élévations, conservées sur 1,40 à 2 m de haut et larges de 1 m, sont construites en blocs de moyen appareil de tuffeau jaune de forme carrée ou rectangulaire (Fig. 0-93), présentant des traces de layage oblique régulier (Fig. 1-23), et formant des assises de 16 à 26 cm de haut, avec très ponctuellement des hauteurs de 13 ou 40 cm. Le liant est un mortier de chaux contenant du sable grossier et des petits galets, formant des joints beurrés ou plats, rarement conservés. Si les élévations intérieures sont bien visibles, les parements extérieurs n'ont pu être observés que très ponctuellement, du fait de la répartition des zones de fouille. Ainsi, seul le mur nord a été observé : l'assise supérieure sur une longueur de 6 m et la jonction du mur gouttereau avec le contrefort nord-ouest, correspondant à des tronçons de 60 et 80 cm de large sur 1,2 m de haut.

La majorité des blocs présente des traces d’usure en surface et sur les arêtes : les remaniements ultérieurs expliquent en partie ces altérations (rubéfaction, bûchages, frottements en surface, ruissellement d’eau ?), mais l’apparence de certains blocs indique qu’il s’agit de remplois.

Trois trous de boulin sont encore visibles, l’un bouché (UC 41754), deux autres réutilisés par la suite (UC 41276, 41718) ; ils mesurent 20 cm de haut pour 15 cm de large (Fig. 1-24, 2-10).

Trois contreforts peuvent être attribués à cette phase de construction : le contrefort d’angle nord-ouest, perpendiculaire au mur M.1002  (CTF 1163 ) le contrefort d’angle sud-est (CTF 1421 ) et un contrefort du pignon oriental, curieusement désaxé par rapport à l’édifice (CTF 1382 , Fig. 1-19). À l’angle nord-est, il ne semble pas y avoir existé de contrefort, mais un muret orienté est-ouest et s’étendant vers l’est, correspondant probablement à un mur de terrasse compensant la pente naturelle du terrain (M.1032 ). Les perturbations ultérieures et les limites de la fouille empêchent de vérifier l'existence d'autres contreforts.

L'épaisseur des murs, ainsi que la présence de contreforts, semblent indiquer une construction solide, susceptible d'avoir comporté un étage, bien qu'aucun support intérieur n'ait été observé pour ce premier état du bâtiment 5. La découverte dans des remblais de démolition des éléments d'une fenêtre géminée va dans ce sens (cf. 1.2.2.2), mais la présence probable d’une couverture en tuiles, formant une toiture lourde, pouvait à elle seule justifier la forte épaisseur des murs (cf. 1.2.3.2).

1.2.2 Les ouvertures

1.2.2.1 Les portes

Deux portes sont attestées dans le bâtiment 5 : la porte POR 1250 , au nord-est, dans le pignon oriental M.1014 , et la porte POR 1255  au sud-est, dans le mur sud M.1001  (Fig. 1-19).

La première mesure 2,95 m de large et comporte un ébrasement intérieur marqué d'après la forme des blocs formant le piédroit. Elle a été bouchée lors de la phase 4, ce qui a entraîné la destruction partielle des piédroits afin d'ancrer les blocs du bouchage dans la maçonnerie antérieure (Fig. 0-53, 1-25). De même, le parement oriental du mur a été repris, d'après les observations limitées réalisées dans le secteur 13, à l'angle du bâtiment, ce qui a effacé l'emplacement de la porte de ce côté. Le seuil semble avoir été situé une assise au-dessus du niveau des fondations (50,90 m NGF), mais a été repris par la suite, avec l'ajout de marches (cf. 1.2.4.2, Ens.4056).

La seconde porte est beaucoup plus réduite, 1,20 m de large environ, et seule une partie d'un des piédroits est conservée (POR 1255 , Fig. 0-48, 1-26). Elle est située comme la première près d'un angle de l'édifice. L'ajout de marches puis le bouchage de la porte gênent la compréhension de l'état originel, mais il est possible de restituer un seuil à 50,9 m NGF environ.

Leur mode de couvrement n'est pas connu, mais il faut probablement restituer des arcs clavés.

Ces deux ouvertures sont les seules attestées dans les murs 1001 , 1002  et 1014 . La proximité des deux ouvertures et la présence du muret M.1032  à l'angle nord-est semblent indiquer que des circulations complexes s'effectuaient vers l'est et le sud-est, c'est-à-dire vers l'intérieur du monastère, vers l'église, le cloître ou des espaces de service.

1.2.2.2 Une fenêtre à baies géminées et un enduit rosé

Dans les niveaux de démolition recouvrant l'effondrement du mur M.1017  lors de la phase 3 ont été découverts plusieurs blocs appartenant à une même baie géminée : des blocs d'une embrasure, une colonnette, un tailloir, un bloc de couvrement et un fragment de moulure en damier (Agr.688, Ens.4079, Fig. 1-27, 1-28). Le contexte de découverte ne permet pas de certifier que les blocs proviennent du mur 1017 , et s'il s'agit d'une reprise de ce mur ou de la construction du bâtiment 5 (phase 2), mais l'étude de ces éléments nous apporte toutefois quelques informations.

La demi-colonnette, brisée en cinq morceaux mais complète, mesure 17,5 cm de diamètre pour 1,02 m de haut, base et chapiteau compris (Fig. 1-29, 1-30, 1-31). La base moulurée alterne des tores avec des moulures en talon, au-dessus d'un socle rectangulaire. Le chapiteau, quant à lui, comporte un astragale torique et une corbeille ornée d'entrelacs et de feuilles nervurées situées sur les arêtes (Fig. 1-32). Le tailloir, de 10 cm de haut et mouluré de cavets sur trois faces, est de plan rectangulaire, correspondant aux dimensions du sommet du chapiteau : 23 cm sur 16 cm. Un autre bloc de 11 cm de haut a été découvert : il est simplement chanfreiné et forme un angle que l'on peut associer à l'imposte d'un piédroit.

La colonnette, en réalité un meneau-colonnette, comporte une excroissance rectangulaire à l'arrière avec une gâche, un trou carré permettant la fixation d'huisseries ou de volets intérieurs, dont on retrouve également l'amorce sur le tailloir mouluré.

Ces éléments imposent de restituer une fenêtre à baies géminées, ce que confirme la présence d'un bloc découpé d'un arc en plein cintre associé à une feuillure et dont la partie supérieure est incurvée (Fig. 1-35). Ce bloc de couvrement devait donc reposer au centre sur la colonnette et son tailloir et sur le côté sur l'imposte du piédroit.

Nous pouvons ainsi restituer deux petites baies de 26 cm de large et 1,32 m de haut, séparées par une colonnette à chapiteau et englobées dans une baie plus large, comportant probablement une archivolte moulurée, dont témoigne un bloc comportant un motif en damier. Il est de petites dimensions (frise de 10 cm de haut, soit les dimensions des tailloir et imposte) et ne semble pas présenter de courbure, mais il peut appartenir à un cordon d'archivolte ou au décor éventuel des piédroits de la baie. Il peut en outre faire partie d'un couronnement des murs, comme ce qui semble avoir été dessiné au 19e siècle sous la forme d'une corniche à modillons (Fig. 0-185). La fiabilité de ce document n'est pas assurée, mais si l'auteur a bien observé une corniche, elle peut correspondre à la construction originelle du bâtiment 5 comme à une reprise du bâtiment 2 qui subsistait partiellement au 19e siècle.

Plusieurs blocs correspondant à l’embrasure de la baie ont également été identifiés par leur forme caractéristique et l'enduit qui recouvre l'intérieur (Fig. 1-33). Ils sont de dimensions variables, témoignant de hauteurs d'assises de 11 à 23 cm, formant une embrasure d'au moins 20 cm de profondeur et à l'ébrasement peu accentué. Un autre bloc rectangulaire comporte de l'enduit sur deux de ses faces et la trace de l'encastrement d'une ferrure sur l'une de ses arêtes, associée à une trace d'usure du bloc. Il s'agit probablement de la fixation d'un système de fermeture de la baie, mais la position exacte du bloc reste difficile à déterminer. Le bloc comporte par ailleurs un graffito incisé dans l'enduit, semblant former une croix.

Six pentures en fer, découvertes dans les mêmes couches de démolition, peuvent certainement être associées à la même ouverture : elles mesurent 15 cm de long pour 2 cm de large et se terminent à une extrémité par deux volutes et par un piton de l'autre (US 41911, 41169, Fig. 1-34). Elles maintenaient probablement les gonds de deux petits volets permettant la fermeture des baies géminées.

De nombreux blocs de moyen appareil de dimensions variables ont également été découverts dans les remblais, tous comportant une face couverte d'un enduit de chaux à la surface de couleur rosée, des blocs identiques à ceux du parement du tronçon effondré du mur 1017 . Ces enduits sont parfois recouverts de traces de peinture rouge et noire, correspondant au tracé de faux-appareil (double ligne noire) ou de motifs plus complexes (tracés obliques noirs, courbes en rouge). D'autres ne comportent que des lignes incisées dans l'enduit ou grattées à la surface.

L'existence de cette fenêtre et des peintures pourrait signifier que l'édifice comportait un étage, ce type d'ouverture étant associé aux espaces résidentiels, généralement aux niveaux supérieurs. Aucun équipement domestique n'a en effet été observé au niveau 1, comme une cheminée, qui aurait indiqué une fonction résidentielle de ce niveau, mais de tels éléments de confort sont encore très rares à cette période.

La datation de cette ouverture est difficile à définir avec précision, mais des éléments de comparaison existent, comme les fenêtres à baies géminées de l'étage des "grands greniers" de l'abbaye de la Trinité de Vendôme. Si la colonnette centrale est appuyée contre un trumeau à Vendôme et que les piédroits ne comportent pas d'impostes, les blocs de couvrement ont une forme identique, avec un décor plus abondant. Ces baies correspondent à la deuxième phase d'un bâtiment identifié comme l'hôtellerie de l'abbaye de la Trinité (Fig. 1-36, Simon 2015, vol. 1 : 323-325 et 356-357), construit en moyen appareil de calcaire, et qui daterait de la fin du 11e siècle ou du début du 12e siècle. Le chapiteau de Marmoutier, quant à lui, peut être comparé avec des chapiteaux à décors d'entrelacs provenant de la Touraine ou du Poitou, que l'on associe au début du 12e siècle (église de la Celle-Saint-Avant, Notre-Dame-la-Grande de Poitiers). Claude Andrault-Schmitt propose pour ce chapiteau une datation du deuxième quart du 12e siècle (information donnée en novembre 2017).

Au moment de l'édification des murs 1001 , 1002  et 1014 , une partie du bâtiment 6 aurait été conservée sous la forme d'un tronçon du mur 1017 , dont au moins la partie basse, construite en moellons équarris, a été conservée en élévation jusqu'à la fin du 12e siècle. La baie aurait été ajoutée dans ce mur, probablement en insérant les blocs de moyen appareil dans la maçonnerie antérieure, sans reconstruire toute la partie haute de l'élévation. La proportion de moellons équarris dans les niveaux de démolition du mur 1017  par rapport aux blocs de moyen appareil indique en effet que ce mur originel a pu être conservé en grande partie, l'enduit rosé pouvant servir à harmoniser ce pignon avec les autres murs du bâtiment 5, construits en moyen appareil régulier. Aucun enduit n'a été repéré sur ces derniers, mais les reprises et les transformations nombreuses ont pu en effacer les traces.

Un bloc de 13 cm de haut, provenant des remblais de démolition et appartenant probablement au premier état du bâtiment 6 d'après son module, comporte une face rubéfiée, recouverte par la suite d'enduit, impliquant que la pose du revêtement intervient bien dans un second temps, certainement lors de l'aménagement du bâtiment 5 (US 41166.3).

L'organisation intérieure de l'édifice est difficile à cerner. Nous savons qu'il existait deux portes d'accès, les murs étaient enduits et peints au rez-de-chaussée comme autour de la fenêtre à baies géminées (à l'étage ?), mais les couvrements nous sont inconnus, sauf à prendre en compte un bloc d'ogive découvert dans les mêmes remblais de démolition de la baie (41166.7, LAP 350). Il s'agit d'une ogive à moulure torique à filet saillant, un unicum qui est insuffisant pour proposer la restitution de voûtes dans l'édifice, en l'absence de supports dans les murs.

1.2.3 La toiture et la charpente

Les parties hautes de l'édifice n'ont pas été conservées, mais certaines découvertes dans les couches de démolition correspondantes (début de la phase 3) permettent de proposer des hypothèses pour la toiture et par conséquent pour la charpente associée.

1.2.3.1 La toiture

Certaines couches appartenant aux remblais massifs liés à la destruction partielle du bâtiment lors de la phase 3 contenaient de nombreux fragments de tuiles creuses glaçurées à crochets appartenant visiblement à la couverture du bâtiment 5, si l'on considère l'homogénéité et la quantité de terres cuites découvertes (Fig. 1-37). Ce dépôt est certainement le résultat d'un tri destiné à récupérer des tuiles encore entières (puisqu'aucune n'a été découverte), les autres, brisées et donc inutilisables, ayant été épandues sur les remblais destinés à effacer les irrégularités du terrain de part et d'autre du mur 1017  après sa démolition (Ens.4079 et 4080, Fig. 2-4).

Les tuiles étaient principalement concentrées dans une couche de remblais (US 41522) pour laquelle le prélèvement a été fait intégralement (Fig. 1-38). D'autres fragments ont été découverts dans les remblais appartenant à la même phase de chantier (Agr.687, 730 et 732; Fig. 1-38A) ; ils ont été prélevés en réalisant un échantillonnage favorisant les fragments les plus complets ainsi que ceux avec des crochets. Près de 3 500 fragments ont été découverts dans ces remblais qui peuvent être considérés comme le dépôt principal, avec un taux de fragmentation très variable. Ils représentent environ 350 kg de tuiles, associées à des fragments de mortier qui ont servi à leur fixation.

Ces tuiles ont également été découvertes en quantités variables dans toute la stratification de l'hôtellerie, jusqu'aux niveaux les plus récents de sa démolition au 19e siècle, ce qui démontre la quantité importante de tuiles jetées ou déposées à l'intérieur et à proximité du bâtiment (Fig. 1-38B).

Les couches de fonctionnement des latrines de l'hôtellerie ont fourni quelques exemplaires de tuiles de grandes dimensions (Agr.904, US 40751, 43183), mais les autres fragments découverts dans les niveaux postérieurs au 13e siècle étaient peu nombreux par couche et étaient de petites dimensions, ce qui indique une présence résiduelle de ce matériau, mais aucun dépôt comparable à celui de la phase 3.

Au total, 3 870 fragments de tuiles présentant un poids de 390 kg ont été recueillis au cours de la fouille de l'hôtellerie (Fig. 1-38C). Malgré l'absence de tuiles intactes, la présence de quelques exemples archéologiquement complets et de grands fragments a permis de réaliser des mesures et de proposer une restitution des tuiles et de la toiture de l'édifice détruit.

1.2.3.2 Les caractéristiques des tuiles

Les tuiles découvertes sont de deux types principaux : le type A, correspondant aux tuiles courantes, qui étaient placées sur les liteaux de la toiture et les tuiles couvrantes du type B, placées au-dessus (Fig. 1-39, 1-40A, 1-40B, 1-45B).

Les tuiles sont faites d'une argile de couleur orangée avec peu d'inclusions. Toute la production paraît homogène, aussi bien du point de vue de la pâte que des modules et de l'application de la glaçure. La face concave est rugueuse, à cause du sable placé sur le moule, tandis que la face convexe est lissée et couverte d'une glaçure dans le cas des tuiles de type B.

Les tuiles couvrantes (type A), épaisses de 1 à 1,8 cm environ, sont de forme trapézoïdale de 18 cm de large en bas de la tuile pour 19 à 21 cm environ en haut et 30 cm de longueur estimés (le plus grand fragment mesuré est de 28 cm). Elles ont une courbure légère, la hauteur de l'arc étant de 5 cm environ, et comportent un crochet trapézoïdal de petites dimensions (3 à 4 cm) ajouté au bord supérieur d'une des extrémités, et recourbé vers l'intérieur. Ces crochets sont destinés à retenir les tuiles sur les supports de la toiture (Fig. 1-41). Ces tuiles ne comportent pas de glaçure, si ce n'est des éclaboussures accidentelles sur la face convexe, lissée, ou sur les crochets.

Les tuiles couvrantes (type B) sont trapézoïdales, épaisses de 1 à 1,7 cm, et mesurent environ 30 cm de long pour 11 cm de large au plus étroit (en haut) et 15 cm au plus large en bas (Fig. 1-42). Leur courbure est plus importante, la hauteur de l'arc étant de 5 à 6 cm. Les crochets de 5 à 7 cm sont situés environ aux deux tiers supérieurs de la tuile, et sont recourbés vers l'extérieur, de façon à retenir les tuiles supérieures. Les fragments de tuiles couvrantes conservés montrent des traces de glaçure de couleur ocre marron à verte, répartie de façon homogène, malgré des variations de couleur, dans les deux tiers inférieurs de la face supérieure des tuiles, jusqu'à l'ergot. Il s'agit donc bien de l'application volontaire d'un traitement de surface sur le pureau des tuiles, peut-être afin de le rendre étanche ou plutôt pour des raisons esthétiques grâce aux effets de couleur de la glaçure.

Le recouvrement des tuiles pouvait être de 10 cm pour les tuiles A d'après les traces très nettes laissées dans le mortier d'un des fragments et de 5-6 cm environ pour les tuiles B, correspondant à la position du crochet.

À ces deux types de tuiles s'ajoutent des fragments de crochets ou de boudins glaçurés de dimensions plus importantes, dont le plus grand mesure 12 cm, mais dont la longueur totale est difficile à estimer (Fig. 1-43). Ces éléments ont été découverts systématiquement isolés, certainement du fait de leur plus grande fragilité, et aucune tuile ne portait de trace d'arrachement compatible. Ces fragments pourraient appartenir à un décor d'arcatures couronnant des tuiles faîtières.

Le nombre de crochets ou d'amorces de crochets a été comptabilisé afin de proposer une estimation du nombre minimum d'individus (Figures 1-38A, 1-38B, 1-38C). Seuls cinq crochets ont été retrouvés brisés et isolés, y compris les deux de type C, ce qui représente une part infime du total. La somme des crochets et des amorces présentée dans les tableaux indique donc un nombre minimum de 340 tuiles environ.

Les tuiles les mieux conservées (mais toujours incomplètes) pèsent 900 grammes environ, ce qui permet de restituer un poids supérieur à un kilogramme pour les tuiles B, dont la longueur maximale est connue, mais il est difficile d'être plus précis pour les tuiles A, qui pouvaient être plus longues.

Les tuiles de la couche de remblais 41522 ont été prélevées en totalité, et représentent environ les deux tiers des fragments récoltés, ce qui fournit une estimation de la proportion de chaque type de tuile (Fig. 1-40C, 1-40D). Une très grande majorité des fragments est représentée par les tuiles de type A, ce qui semble incohérent avec les proportions attendues pour ces formes de tuiles complémentaires, tuiles couvrantes et courantes étant nécessaires en quantités similaires. Cette surreprésentation des tuiles A parmi les déchets découverts en fouille peut avoir plusieurs explications. Cette différence pourrait être liée à la présence de glaçure sur les tuiles B, qui auraient été plus volontiers récupérées car plus chères, à une plus grande fragilité des tuiles A (du fait de leur usure ou de leur forme), ou à la difficulté de séparer les tuiles du mortier ayant servi à leur fixation.

Des formes de tuiles similaires ont été identifiées et décrites pour la région voisine des Pays-de-la-Loire. Les plus anciennes sont datées de la seconde moitié du 12e siècle en Anjou et dans la Sarthe (église Saint-Jean-Baptiste de Huillé ; église Saint-Aubin de Bazouges-sur-le-Loir, monastère de Chassay-Grammont ; Hunot et Guérin 2007 ; Delaval 2011), mais de nombreux autres exemples sont attribués aux 13e et 14e siècles dans la Sarthe, la Mayenne ou la Vendée (Delaval 2011 ; Nauleau 2016). Pour les régions plus lointaines, des tuiles creuses à crochet ont été découvertes notamment dans l'est de la France à partir des 12e et 13e siècles (Jeannin et Bonvalot 2009 ; Blaising 2012).

Les deux types principaux définis en Pays-de-la-Loire et à Marmoutier sont similaires pour ce qui est de la position des crochets et le profil général des tuiles, mais quelques différences existent toutefois. Les tuiles découvertes en Pays-de-la-Loire sont globalement de dimensions supérieures et ne semblent pas avoir comporté de glaçure volontairement appliquée. L'utilisation du mortier est attestée notamment pour les églises de Huillé et Bazouges-sur-le-Loir, où les tuiles étaient fixées à bain de mortier pour couvrir l'extrados de voûtes, mais les découvertes de Marmoutier semblent indiquer une technique différente.

D'autres exemples de tuiles creuses de formes variées sont attestés en Pays de la Loire pour des édifices religieux le plus souvent et pour des périodes plus tardives (Delaval 2011). En revanche, les tuiles plates sont très peu attestées sur le site de Marmoutier, une forme que l'on retrouve pourtant en abondance dans les régions voisines à partir de la fin du 12e siècle, mais plus largement aux 14e et 15e siècles (Sarthe : Hunot et Guérin 2007 : 235 ; Bourgogne : Aumard et al. 2009, Normandie : Deshayes 2015b : 147-151 ; Aumard et Épaud 2019). Quelques fragments seulement ont été identifiés dans des niveaux de la fin du Moyen Âge et de la période moderne, notamment une tuile à crochet associé à un trou non traversant (41841, Ens.4045) ou une tuile plate avec une seule perforation à crochet formé par pincement du bord supérieur, et mesurant plus de 17 cm sur 25 cm, l'exemplaire n'étant pas archéologiquement complet (US 40117, Ens.4071).

1.2.3.3 La mise en œuvre des tuiles

De nombreuses tuiles conservent des traces de mortier, témoignant des différents moyens de fixation de la toiture. Des blocs de mortier isolés ont été découverts dans les couches de remblais, portant des empreintes de tuiles A et B, tout comme le mortier adhérant encore dans le creux de certaines tuiles de type A, sur une épaisseur pouvant aller jusqu'à 8 cm (Fig. 1-44). Des fragments de ratés de cuisson ont parfois été utilisés comme calage dans la masse du mortier (d'autres, plus complets, semblent avoir été utilisés malgré leurs défauts de courbure). Les faces convexes ne comportaient en revanche pas de traces de mortier. Les tuiles courantes A devaient donc être fixées sur les liteaux de la toiture, face concave au-dessus, puis des boudins de mortier étaient déposés à la jonction entre les tuiles, sur lesquels étaient pressées les tuiles couvrantes B. La quantité de mortier utilisée est très variable : certaines tuiles A ne conservent qu'une pellicule de chaux, mais d'autres ont été remplies de mortier, ce qui pose question pour l'évacuation de l'eau (Fig. 1-45A). Les empreintes permettent de déterminer qu'un recouvrement important était fait entre les tuiles A et B, à environ la moitié de la longueur des tuiles couvrantes ce qui est le résultat du décalage dû au recouvrement, de 10 cm pour les tuiles A et de 5 cm pour les tuiles B (Fig. 1-45B).

Au moment de la destruction de la toiture et de la récupération des tuiles, le mortier est plus systématiquement resté collé aux tuiles A. De nombreux fragments portent donc des traces de mortier, mais rien ne permet d'affirmer que toutes les tuiles de la toiture étaient fixées de cette manière, certaines tuiles étant dépourvues de mortier. Il est en effet possible qu'une seule partie des tuiles soit fixée au mortier et que les éléments mis au jour dans les remblais, associant tuiles et mortier, ne soient pas représentatifs de toute la toiture. Il peut s'agir de tuiles situées sous la faîtière, qui pouvaient nécessiter une fixation plus solide, ou bien de tuiles de rives, où le mortier assurait le maintien de l'ensemble sur les bords du toit, qui forment les endroits les plus fragiles de l'assemblage.

Toutefois, d'autres traces sur les tuiles B témoignent de l'utilisation systématique de mortier pour la fixation des tuiles couvrantes. D'une part, de nombreux fragments portent des traces de mortier sur les bords et sur la face inférieure, ce qui correspondrait aux amas déposés dans les tuiles courantes, impliquant une utilisation plus fréquente du mortier. D'autre part, les tuiles B portent des traces de mortier formant une bande au niveau du crochet (Fig. 1-42), indiquant qu'elles ont été scellées à leurs points de contact, pour assurer leur maintien et peut-être leur étanchéité autour du crochet, qui n'était que partiellement glaçuré. L'apparence de la toiture, une fois les tuiles couvrantes mises en place, devait être entièrement marron-vert, du fait de la glaçure qui recouvrait tous les pureaux (Fig. 1-45B).

Ces éléments semblent indiquer une utilisation importante de mortier pour la fixation des tuiles entre elles, et non pour leur maintien sur la charpente. L'hypothèse d'une pose à bain de mortier semble à écarter puisque la face convexe des tuiles courantes ne présente pas de traces de mortier et que de nombreux fragments conservent leur crochet intact. La récupération des tuiles fixées à bain de mortier aurait peut-être laissé des traces sur les tuiles et brisé de nombreux crochets prisonniers du mortier.

Il est difficile d'estimer le poids de la toiture au mètre carré, puisqu'aucune tuile complète n'a été découverte, tout comme de vérifier si le mortier était utilisé systématiquement et en quelles quantités. L'utilisation de la tuile, associée même partiellement à du mortier, implique en tout état de cause un poids important.

Pour ce qui est de la restitution de la pente du toit, la présence de crochets permet semble-t-il le maintien des tuiles sur une pente allant de 40 à 50° (Nauleau 2016 : 285). Une estimation du nombre de tuiles peut être proposée au mètre carré, en se fondant sur les dimensions des tuiles (avec deux hypothèses pour la longueur des tuiles A, 30 et 35 cm), et pour l'ensemble de la toiture du bâtiment, qui mesurait environ 17,7 m de long pour 12 m de large. En tenant compte du recouvrement des tuiles, il est possible de définir une densité de 41 à 46 tuiles par mètre carré en fonction des deux hypothèses de longueur pour les tuiles A. Rapporté à l'ensemble du bâtiment, cela correspond à environ 11 200 à 12 600 tuiles pour une pente de toit à 40° et 13 400 à 15 000 tuiles pour une pente de 50°.

Les tuiles découvertes, avec un NMI estimé à moins de 350 à partir du nombre de crochets, ne représentent donc qu'une fraction du nombre total de tuiles nécessaires pour couvrir l'édifice. La présence abondante de mortier pourrait également indiquer qu'il s'agit d'un lot provenant d'une partie spécifique de la toiture nécessitant une fixation importante, comme les rives. Il est donc difficile d'extrapoler les détails de la mise en œuvre de toute la toiture à partir des tuiles recueillies, mais leurs caractéristiques permettent toutefois d'attester le choix du monastère d'utiliser un matériau coûteux, et rare d'après les connaissances actuelles sur les tuiles glaçurées de cette période. Ce type de traitement de surface sur des tuiles creuses est plus généralement observé dans les régions méridionales, pour des périodes plus récentes et sur des édifices religieux. La découverte de ces tuiles dans un contexte stratifié à Marmoutier permet de plus de proposer une datation relativement précise, et ainsi compléter le corpus encore faible des toitures de tuiles du 12e siècle.

1.2.3.4 La restitution de la charpente

L’architecture et la chronologie relative du bâtiment 5 permettent de le dater de la fin du 11e siècle ou de la première moitié du 12e siècle (cf. 1.2.2.2). Cela implique de restituer une charpente « romane », c'est-à-dire, selon la définition proposée par Frédéric Épaud : une charpente à « structure de chevrons-formant-fermes avec des fermes indépendantes pourvues d'un entrait à la base, toutes identiques et espacées de moins de 1 m, une répartition homogène des charges de la charpente sur tout le long des murs gouttereaux, un réseau interne de pièces de raidissement travaillant en compression sur l'entrait », qui peut être orthogonal ou rayonnant (Épaud 2007 : 136). Ce type de charpente comporte une pente moyenne (40° à 45° en Anjou par exemple) pour limiter les contraintes mécaniques, comme le poids du chevronnage et de la couverture. Ces charpentes romanes sont généralement identifiées dans des édifices des 11e et 12e siècles.

Cette restitution pour le bâtiment 5 tient notamment à la comparaison avec un lot de bois identifié par Raphaël Avrilla dans la charpente construite au 19e siècle sur la partie ouest de l'ancienne hôtellerie, avec de nombreux remplois de bois anciens (Avrilla 2012a-b, lot n°4). Raphaël Avrilla a pu établir que ces éléments, entraits et sablières, correspondaient à une charpente de type roman, comportant deux éléments de raidissement rayonnants, d'après les traces d'encastrement (Fig. 1-46). Une datation dendrochronologique a fourni la période de 1126-1152 pour l'abattage des bois (Avrilla 2012a-b ; http://www.dendrotech.fr/fr/Dendrabase/site.php?id_si=033-24-37261-0002). La provenance exacte de cette charpente n'a pas pu être identifiée : l'entrait mesurait 6 m de long, soit presque quatre mètres de moins que la largeur dans l’œuvre du bâtiment 5 (9,70 m environ). Toutefois, cette découverte confirme l'existence de ce type de charpente à Marmoutier dans la première moitié du 12e siècle. La restitution de Raphaël Avrilla montre une toiture avec une pente comprise entre 45° et 50°, compatible avec une couverture lourde constituée de tuiles creuses à crochets, qui se fixent sur les liteaux. Notons que ces entraits comportaient une rainure destinée à l'encastrement de planchettes formant un plafond en bois.

Ces éléments permettent de restituer une charpente similaire pour le bâtiment 5 : charpente romane avec réseau interne de raidissement et pente autour de 45°, supportant une couverture de tuiles. En l'absence de supports intermédiaires, la portée nécessaire pour l'établissement d'une telle charpente sur le bâtiment 5 est importante, près de 10 m, mais il en existe des exemples en Belgique notamment pour les 11e et 13e siècles (Maastricht et Liège, 10,5 m ; Nivelles, 9,7 m ; Épaud 2007 : 139). Le bâtiment 5 comportait de plus des contreforts, renforçant la structure.

Cette charpente n'est attestée qu'indirectement ; aussi est-il difficile de préciser la chronologie de l'édifice et de sa couverture. Par ailleurs, faut-il restituer un plafond de bois dans le bâtiment 5, comme pour l'édifice non localisé identifié par Raphaël Avrilla ?

1.2.4 L'occupation intérieure du bâtiment 5

1.2.4.1 La première occupation du bâtiment 5

Le niveau d'occupation originel du bâtiment 5 n'est connu qu'indirectement, puisqu'aucune couche en place n'a été observée. Il est toutefois possible de restituer la présence d'un sol par la position supposée des seuils des portes 1250  et 1255 , autour de 50,90 m NGF (Fig. 1-19, 1-47). Les fondations sont situées à une altitude plus basse, et montrent une construction adaptée à la pente du terrain (de 50,85 m à 50,60 m NGF).

La fonction de cet espace est donc difficile à appréhender en l'absence de mobilier correspondant, mais la qualité de la construction indique un bâtiment d'importance, avec une fonction d'accueil peut-être limitée à l'étage, tandis que les larges portes du niveau bas témoigneraient plutôt d'une fonction de stockage, la circulation étant facilitée avec la cour attenante.

1.2.4.2 La deuxième occupation du bâtiment 5 : décaissement et construction de marches (Ens.4056, 4083)

Après une première occupation, l'intérieur de l'édifice a été décaissé de 40 à 50 cm, essentiellement dans la partie orientale du bâtiment, pour atteindre un niveau de 50,40 m à 50,2 m environ (F.1257 -1279, Agr.766-774). Cette opération a entraîné la mise à nu d'une partie des fondations des murs du bâtiment 5, l'arasement de la partie centrale du mur 1027  détruit précédemment et la destruction de couches antérieures au 10e siècle, encore visibles au pied des murs (Fig. 1-47, 1-48).

Les accès utilisés antérieurement ont dû être aménagés pour la circulation sur ce nouveau niveau de sol : des marches ont ainsi été ajoutées à l'intérieur du bâtiment devant les deux portes 1250  et 1255  situées à l'est.

Les marches (Agr.765-737)

Au sud, devant la porte POR 1255 , trois marches formées de deux blocs de calcaire dur chacune ont été construites (ESC 1281 , Agr.765), mesurant 35 à 55 cm de profondeur pour 1,30 m de large et 35 à 45 cm de haut, correspondant environ à la largeur de la porte (Fig. 1-49, 1-50). Les blocs formant les marches sont liés au mortier de chaux et sont calés par des blocs plus petits prenant appui sur les fondations irrégulières du bâtiment 5. Un bloc manquant permet de voir que les marches ont été accolées au mur M.1001  sans modifier la maçonnerie.

Si l’escalier situé au sud ne pose pas de problème d’interprétation, les quelques marches situées à l’angle nord-est sont d’une analyse plus complexe (ESC 1251 , Agr.737).

Ces marches sont constituées chacune de quatre blocs de grand appareil de calcaire dur de dimensions similaires et mesurent 2,60 m de long pour 48, 40 et 22 cm de large, la marche supérieure étant moins large puisque partiellement recouverte par le bouchage ultérieur de la porte POR 1250  dans le mur M.1014  (Fig. 1-51, 1-52). La destruction ultérieure de quelques blocs montre ainsi que contrairement à l'escalier sud, cette marche a été insérée dans l'emprise de la porte, soit remplaçant le seuil antérieur, soit le recouvrant. La marche supérieure est située juste au-dessus du niveau des fondations du mur 1014 , les marches suivantes sont appuyées contre les fondations du mur M.1002 , en retour d'angle. Un des blocs semble toutefois bûché grossièrement de ce côté, alors que les autres présentent une face régulière. Leurs arrêtes sont usées ou brisées, ce qui pourrait indiquer le déplacement de charges lourdes à cet endroit, comme des tonneaux.

Par ailleurs, le bord sud de l’escalier est situé en retrait par rapport au piédroit de la porte POR 1250 . Cette disposition particulière a nécessité des aménagements par la suite, lors du bouchage de la porte : un petit massif de fondation a dû être ajouté pour compenser l'intervalle sans marche (cf. 3.1.2.1).

Le niveau de sol extérieur contemporain étant inconnu, il est difficile de déterminer le nombre de marches total : peut-être se poursuivaient-elles dans l'embrasure des deux portes, voire à l'extérieur de l'édifice.

L'occupation correspondant aux marches

Le niveau de circulation correspondant aux marches était légèrement en pente vers le sud-est : il était approximativement situé entre 50,55 m au nord et 50,20 m au sud. Dans la partie ouest du bâtiment, le sol semble former une pente douce et remonter vers 50,60 m au sud-ouest.

Il est attesté par une couche de mortier blanc préservée au pied des marches de l'ESC 1251 , qui pourrait correspondre à la couche de préparation pour l'aménagement de ce sol (US 42077, Agr. 737) et par de fines couches de limon, dont il est difficile d'estimer s'il s'agit de l'occupation correspondant aux marches ou de niveaux antérieurs (terres noires), touchées par une rubéfaction ultérieure.

La fonction de cet espace excavé, accessible par des marches et au sol irrégulier, semble bien être le stockage, nécessitant peut-être des conditions de température et d'humidité qui ont pu être atteintes par le creusement du sol, à moins que l’objectif n’ait été d’augmenter la hauteur de la pièce.

La rubéfaction (Agr.734 et 777)

La rubéfaction ayant touché le bâtiment 5 lors de cette phase témoigne d'un feu sur toute la surface mais sur une faible hauteur (Fig. 1-53, 1-54, 1-55). Ont ainsi été atteints le bas des murs 1001 , 1002  et 1014  (fondation de moellons et élévation de moyen appareil), ainsi que les deux volées de marches 1251  et 1281 . Au sol, la surface rubéfiée a été observée uniquement le long des murs, où les couches ont été épargnées par les décaissements plus récents (F.1300 ). Cet incendie a probablement été suivi d'un nettoyage qui a pu entamer les couches sous-jacentes, et gêner la lecture des sols.

Après cette rubéfaction, des traces d'occupation sont visibles essentiellement à l'est le long des murs, dans les zones non perturbées par la suite (Fig. 1-56, 1-51). Il s'agit de deux couches limoneuses successives contenant notamment des charbons et des ardoises, englobant et recouvrant les marches des deux escaliers (US 42067, 42068).

1.2.4.3 Des trous d'encastrement mal datés dans le mur sud (Ens.4057, 4084)

Le mur 1001 , côté sud du bâtiment 5, présente une série de trous d'encastrement, réalisés a posteriori dans la maçonnerie de l'élévation, juste au-dessus des fondations (Fig. 1-22, 1-57, 1-58, 1-59). Ces trous ne semblent pas correspondre aux deux premiers états de l'occupation du bâtiment. Ils sont postérieurs à l'état d'origine puisqu'ils sont situés plus bas que les seuils des deux portes, qu'ils n'ont pas été prévus dès la construction de l'édifice et que leur creusement implique un abaissement préalable du niveau de sol (en terre ?). De plus, leur position ne paraît pas compatible avec le niveau de sol du deuxième état, plus bas de 50 cm.

Leur chronologie est difficile à établir, puisqu'il n'existe aucun contact direct avec les couches intérieures du bâtiment qui permettrait d'établir une chronologie relative, mais nous savons que ces trous ont été réalisés pendant l'utilisation du bâtiment 5, puisqu'ils ont été bouchés par les remblais de construction du bâtiment 2 (phase 3).

Les dix trous d'encastrement ont été observés uniquement dans le mur sud, à 50,60 m NGF pour les huit creusements situés à l'est, et 50,75 m NGF pour les deux trous situés à l'ouest. Le mur nord ne comporte, lui, aucun creusement à une altitude similaire. Ces trous sont de dimensions inégales et leur position semble irrégulière : ils sont soit isolés soit regroupés par deux, avec des écartements variables (20 cm, 85 cm, 1 m, 1,30 m). Il existe toutefois un axe de symétrie dans la répartition des trous, situé approximativement au milieu de l'édifice, deux trous accolés constituant le centre de l'aménagement. Aucun trou n'a été observé près des murs pignons, laissant des intervalles de 3,2 m et 2,5 m. Les trous sont de forme rectangulaire, d'un module large ou étroit, et le fond a été taillé en oblique, ce qui pourrait indiquer soit qu'ils ont contenu des bois placés de biais pour soutenir un plancher par exemple, soit que cette forme particulière était nécessaire pour l'insertion des bois en bascule dans une maçonnerie préexistante.

Ces trous d'encastrement pourraient correspondre à un plancher, mais si l'on suppose que les poutres pouvaient reposer au nord sur le ressaut de fondation, sans laisser de traces, la portée nécessaire pour couvrir la largeur de l'édifice serait trop importante par rapport à la dimension des bois. Il faudrait donc restituer un support intermédiaire, une cloison, un mur, dans laquelle les bois auraient été calés et mis en butée puis insérés dans le mur sud (information orale Frédéric Épaud 2017).

Le niveau restitué d'un plancher reposant sur ces bois coïnciderait ainsi avec le niveau des seuils des deux portes, à 50,90 m NGF.

Peut-être faut-il associer ces trous d'encastrement aux trois murs parallèles construits au centre du bâtiment, donc la fonction est certainement de supporter la structure d'un vide sanitaire, un plancher surélevé (cf. infra).

1.2.4.4 La troisième occupation du bâtiment 5 : décaissement du sol et construction de trois murs parallèles, un plancher surélevé ? (Ens.4055, 4082)

Les premiers niveaux d'occupation du bâtiment 5 ont été perturbés par un creusement de 70 cm de profondeur environ ayant touché le centre du bâtiment sur 13,5 m de long et 9 m de large (F.1300 , Agr.771-773), épargnant sur le pourtour les niveaux d'occupation précédents (Fig. 1-60, 1-61). Les bords du creusement sont situés de 50,50 m à 50,15 m NGF environ, le fond se trouvant à 49,70 m au plus profond (Fig. 1-47).

Ce creusement est destiné à l'installation de trois murets parallèles d'une seule assise d'épaisseur espacés de 1,50 m à 1,70 m et situés à 2,70 m du mur nord, et 1,70 m du mur sud (M.1024 , M.1025 , M.1026 , Agr.776-814, Fig. 1-20). Ils ont été construits dans des petites tranchées peu profondes, remplies essentiellement de moellons de tuffeau et de silex liés au mortier de chaux, mais ils comportaient également des blocs de moyen appareil de tuffeau avec des traces de layage oblique fin ou de coups de ciseaux, probablement en remploi. La surface des murs, bien conservée, est constituée d'une épaisse couche de mortier de chaux couvrant, conservant des traces d'outils de maçon réalisées dans le mortier frais (Fig. 1-62). Le mur 1025 , au centre, mesure 12,90 m de long pour 0,75 m de large, tandis que les deux murs latéraux mesurent 11 m de long pour 0,75 m de large.

La fonction de ces maçonneries semble d'avoir servi de support à un plancher surélevé pour former un vide sanitaire. L'association des murs avec les trous d'encastrement observés dans le mur sud, décrits précédemment, pourrait former une structure complexe, un plancher surélevé avec une structure différente au nord et au sud du bâtiment, dont la réalité matérielle est toutefois difficile à appréhender.

Cet aménagement implique l'abandon du niveau de sol antérieur, assez irrégulier, et le recouvrement des marches, devenues inutiles, par le plancher, certainement rétabli au niveau des seuils des deux portes, à 50,90 m NGF environ. Ces transformations indiquent un réaménagement important du bâtiment, au moins pour son niveau 1, et soit une amélioration de cet espace pour une fonction de stockage, la technique de construction avec des murets parallèles rappelant celle des bâtiments de stockage antiques, soit un changement fonctionnel. L'existence d'un plancher fournissant une meilleure isolation peut en effet signifier une utilisation domestique ou résidentielle de la pièce.

1.2.4.5 La dernière occupation du bâtiment 5 (Ens.4054, 4081)

L’occupation correspondant à ce plancher n’a pas laissé de traces, mais une fois le plancher démonté, des couches de mortier ont été déposées directement au-dessus des murs de soutènement. D'autres couches associées indiquent l’existence d'un chantier dans cet espace, probablement des aménagements consécutifs à la suppression du plancher (chaux, poudre de tuffeau jaune, cailloutis constitué de fragments de tuffeau, Agr.764, Fig. 1-49).

Ces strates sont recouvertes par des couches d'occupation conservées sur le pourtour du bâtiment, constituées de limon contenant des charbons (Agr.775-813). Il est difficile de déterminer s'il s'agit de la dernière occupation du bâtiment 5, répondant à une fonction spécifique, ou du témoignage du début du chantier de construction du bâtiment 2 (cf. 2.1.2).

1.2.5 Les abords du bâtiment 5

1.2.5.1 L’occupation au sud (Ens.4092)

La fouille du secteur 1, situé au sud-ouest du bâtiment 5, a révélé les traces d'une occupation extérieure constituée de couches successives de cailloutis alternant avec des remblais de démolition et des couches constituées de déchets de taille (Agr.677, Agr.678, Agr.679, Fig. 1-63). Une dépression au sud comblée par des limons fins semble correspondre à une fosse en eau ou une mare observée sur 3 m de long (F.1226 , Agr.676, Fig. 1-64). Les nombreuses couches de sols extérieurs qui la scellent montrent une humidité persistante ayant laissé des traces d'oxyde ferrique dans les sédiments (Agr.623). Ces dernières couches sont coupées par le creusement de la tranchée de construction des murs du bâtiment 2 : le mur gouttereau sud et le mur est de la tourelle de latrines (M.1001 , M.1005 ).

Cet ensemble de couches d'occupation montre l'existence d'une cour à l'angle sud-ouest du bâtiment 5, régulièrement rechargée et rehaussée, et présentant une dépression en eau, aménagée volontairement ou non.

La datation de cet ensemble Ens.4092 est établie grâce à la céramique découverte essentiellement dans les agrégations les plus récentes, dont certains groupes techniques sont attestés à partir du milieu du 12e siècle (groupes techniques to1L ; to7b ; to1k, datations 12c-13c, 12c-14d).

Si cette occupation extérieure ne peut pas être rattachée avec précision avec l'une ou l'autre des phases d'occupation intérieure du bâtiment 5, il est probable que la fonction de cour peu spécifique ait peu varié dans ce laps de temps.

1.2.5.2 L’occupation à l’ouest (Ens.3011)

La fouille réalisée au sud-ouest de la partie encore en élévation de l'hôtellerie a révélé une stratification antérieure au bâtiment 2, c'est-à-dire l'hôtellerie de la phase 3, (Fig. 0-70). Ces couches sont donc certainement contemporaines du bâtiment 5, qui l'a immédiatement précédé. L'ensemble Ens.3011 comporte cinq agrégations témoignant d'activités artisanales et de sols d'occupation régulièrement rehaussés.

Une zone rubéfiée correspondant peut-être à un foyer a été découverte (Agr.1041), scellée par des niveaux de remblais de tuffeau piétinés en surface (Agr.1040, céramique du 12e siècle, groupes techniques to8m, to1k). Au-dessus, une série de couches d'occupation de quelques centimètres d'épaisseur, riches en charbons et déchets de bronze, certaines colorées en ocre rouge, montrent l'existence d'un atelier de bronzier à proximité. La céramique correspondante est datée des 11e-12e siècles (Agr.1039, groupe technique to8m, Fig. 1-65).

Enfin, l'agrégation Agr.1038 est constituée d'une alternance de couches d'occupation (couches de cailloutis, de limons gris) et de remblais de tuffeau dans lesquels ont été creusées des rigoles, certaines comblées de fragments de TCA. Les quelques tessons de céramique découverts appartiennent aux 11e-12e siècles (groupe technique to8m).

Le dernier niveau d'occupation a été recoupé par la tranchée de construction du mur sud du bâtiment 2.

L'étroitesse du secteur de fouille ne permet pas de préciser la forme de l'occupation de cet espace, mais la fonction artisanale de cette zone est bien attestée au 12e siècle, à 30 m environ à l'ouest du bâtiment 5, mais il est difficile d'associer cette fonction à une phase ou l'autre de l'occupation intérieure du bâtiment. L'altitude de cette séquence stratigraphique est comprise entre 49,8 et 50,8 m NGF, soit au-dessous du niveau des seuils du bâtiment 5, ce qui peut s'expliquer par une pente générale du terrain.

1.2.6 La zone funéraire associée (phase 2 du cimetière)

Au nord du bâtiment 5, l'espace funéraire existant lors de la première phase connaît des transformations successives, qui supposent un lien avec la construction du bâtiment 5, immédiatement au sud-est de la zone fouillée du cimetière (Fig. 1-19).

1.2.6.1 L'occupation intercalée entre les phases 1 et 2 du cimetière : les traces d'un chantier de construction (Ens.4032)

Scellant certaines sépultures de la première phase (S.85 , S.87 ), un ensemble de couches de remblai et d'occupation montre une utilisation différente de la zone funéraire (Agr.618).

Les niveaux les plus anciens sont des couches d'occupation, recouverts par des couches semblant correspondre à un chantier proche : couches de poudre de tuffeau comprenant des déchets de taille (US 41668, 41669, 41671, 41687), couches de sable (US 41672) ou encore couches de mortier dur correspondant à des espaces de circulation (US 41673, 41674), alternant avec des couches de circulation argileuses brunes (US 41107, 41670, 41679) et des fosses de fonction incertaine (F.1465 , 1466 ). Cette agrégation se termine par des niveaux d'occupation fins contenant là encore des fragments de tuffeau jaune (US 40775, 40920, 40965, 41676, 41678). Cet apport de sédiments a ainsi conduit au rehaussement du sol d'une cinquantaine de centimètres.

Ces traces de chantier ont été interprétées comme le témoignage de la construction du bâtiment 5, dont le contrefort d'angle nord-ouest est tout proche. Les sépultures postérieures à ces couches constituent donc la deuxième phase du cimetière.

1.2.6.2 La phase 2 du cimetière (Ens.4020)

Les quinze sépultures attribuées à cette deuxième phase (12-34) présentent une orientation dominante, entre 84° et 91° par rapport au nord (orientation B), identique à l'orientation du bâtiment 5, ce qui confirmerait leur contemporanéité (Fig. 1-66, 1-67, 12-6, 12-7). Elle correspond aux huit sépultures 62 , 63 , 65 , 66 , 73 , 81 , 82  et 83 . Deux sépultures ont une orientation similaire à celle de la première phase du cimetière (92°-101°, orientation C : S.84  et 92 ), tandis que cinq autres sépultures partiellement observées ont une orientation plus incertaine. Parmi ces dernières, plusieurs sépultures sont calées de façon incertaine dans la chronologie, du fait de leur mauvais état de conservation (S.97 , 99 ) ou de leur absence de contacts avec d'autres fosses ou avec des maçonneries (S.93 ).

La densité d'utilisation du cimetière est supérieure à celle de la première phase : peu de couches de remblais ont été observées entre les sépultures à l'exception du sud du secteur, et les inhumations se succèdent en provoquant de nombreux recoupements (Fig. 12-1). De plus, la majorité des tombes contenaient des ossements redéposés, parfois en très grand nombre (S.62 , S.63 , S.65 , S.73 , S.84 , S.90 ). Les fosses de cette phase ont été creusées à une profondeur similaire à celles de la phase précédente (51,1 à 51,2 m NGF), malgré le rehaussement des sols pendant le chantier. Les nouvelles sépultures ont donc fortement perturbé les inhumations plus anciennes.

Caractéristiques des sépultures

Tous les squelettes dont on a pu déterminer le type d'espace de décomposition l'ont été en espace vide (treize sépultures, Fig. 12-2). Plusieurs tombes pourraient avoir contenu des cercueils, puisque des clous y ont été découverts, mais en nombre réduit. Les corps ont également pu être inhumés dans des coffrages de bois ou des cercueils chevillés, qui peuvent être indiqués par la présence de matière organique, comme la paroi rectiligne visible dans le comblement de S.62  (Fig. 1-68).

Une seule sépulture, S.73 , a été réalisée dans un coffrage de pierre anthropomorphique. Il était constitué de blocs de moyen appareil de tuffeau en partie maçonnés, côté nord-ouest. Ce coffrage comportait une loge céphalique composée de deux blocs évidés pour former une alvéole circulaire (Fig. 1-69). Il était fermé par des blocs de tuffeau de grand appareil, partiellement tombés dans le coffrage, sans perturber le squelette en place (S.73.2 ) du fait de l'infiltration de sédiments dans le coffrage scellant les ossements. Les restes de deux autres individus étaient déposés au-dessus de cette couverture (S.73.2 , Fig. 1-70), indiquant la réutilisation du coffrage, peut-être à plusieurs reprises, ce qui pourrait impliquer l'existence dans un premier temps d'un marquage en surface non conservé. Les blocs formant le bord du coffrage au nord-est ont toutefois été perturbés par la sépulture S.66  puis par la fosse F.1231 .

Les tombes correspondent à celles de trois femmes et de cinq hommes, tous adultes, et de sept autres individus de sexe indéterminé (Fig. 12-4). Les ossements issus de la réduction au-dessus du coffrage de S.73  correspondent à un homme et une femme. Comme pour la première phase, ce recrutement ne semble pas correspondre à un cimetière paroissial, en l'absence d'individus immatures, mais il s'agit bien d'un cimetière laïc, du fait de la présence de femmes.

Parmi les individus inhumés, sept squelettes conservaient les traces de pathologies osseuses remarquables, dont de nombreuses fractures (S.62 , S.65 ), une luxation (S.66 ), mais également des ossifications du ligament stylo-hyoïdien (S.63 , 66 , 84 ) et un défaut congénital des vertèbres (S.90 , Fig. 12-5). Ce nombre d'occurrences particulièrement élevé sur un échantillon limité de la population inhumée permet de proposer un recrutement spécifique dans cette partie de la zone funéraire, qui n'est peut-être pas représentative de l'ensemble (cf. 12.5).

Analyse et datation de la deuxième phase du cimetière

La datation de la deuxième phase du cimetière est difficile à établir, mais elle repose à la fois sur l'étude de la céramique et sur l'orientation des tombes. Trois datations au carbone 14 ont été réalisées sur des squelettes de cette phase, mais une seule a donné un résultat exploitable (S.92 , Fig. 12-9).

Le début de cette phase semble coïncider avec la construction du bâtiment 5, du fait de la présence de couches appartenant à un chantier de construction (Agr.618, cf. 2.6.1) et de l'orientation dominante des sépultures, entre 84° et 91° par rapport au nord, c'est-à-dire la même orientation que les murs du bâtiment 5.

La céramique découverte dans l'agrégation 616 est constituée en grande partie de tessons redéposés, appartenant notamment aux 7e-8e siècles (groupes techniques to1p ; sar16j ; to15i ; to8p ; to15q), c'est-à-dire provenant des terres noires perturbées par les inhumations. Certains éléments appartiennent toutefois aux 11e-12e et 12e-13e siècles (groupes techniques to1k ; to8f) et des tessons de verre des 9e-12e et 12e-15e siècles ont été identifiés. La sépulture S.93  comportait notamment un vase funéraire brisé mais complet, jeté dans le comblement de la fosse (groupe technique to1k, Fig. 1-71).

Les dernières agrégations de cette phase comportent elles aussi du mobilier redéposé, mais également de la céramique datée avec plus de précision : 12c-d-13c et 12c-14d (groupes techniques to7b ; to1k). Les groupes techniques correspondant donnent ainsi une datation plus fine pour la fin de la deuxième phase du cimetière, cohérente avec la datation de S.92 , qui marque la fin de cette phase, juste avant la construction du bâtiment 2. Le carbone 14 a en effet fourni une fourchette entre la deuxième moitié du 12e siècle et le troisième quart du 13e siècle. La datation du bâtiment 2 étant fournie par ailleurs, on peut supposer que S.92  a été créée juste avant le chantier du bâtiment, à la fin du 12e siècle.

1.2.6.3 L'occupation intercalée entre les phases 2 et 3 (Ens.4031, 4030)

Après une phase d'inhumation intensive, le mode d'occupation de cet espace semble avoir changé, puisque plusieurs fosses ont été repérées (Ens.4031).

Un des ensembles, énigmatique, est constitué de trois fosses circulaires recoupant une tranchée peu profonde de 3 m de long et orientée est-ouest (F.1205 , 1214 , 1215 , 1219 , Agr.682, Fig. 1-63). Cet aménagement perturbe en partie la sépulture S.84 , mais ne semble correspondre à aucune structure à fonction funéraire. L'hypothèse d'un édifice en matériaux légers placé en appentis contre le bâtiment 5 a donc été proposée, mais l'étroitesse de la zone de fouille empêche de l’appréhender dans son ensemble.

De part et d'autre du secteur, deux autres structures correspondent à des ossuaires ou à des fosses de vidange de sépultures. La fosse F.1189  renfermait notamment des os en connexion mais pas en position primaire : une inhumation a donc été perturbée avant décomposition complète des tissus et des membres ont été redéposés dans cette fosse (Agr.617). L'autre fosse, en partie située au-dessus de la sépulture 66 , contenait une grande quantité d'os longs et d'os de bassin notamment, correspondant à au moins trois individus adultes, attestant le regroupement de restes de plusieurs inhumations (F.1231 , Agr.683, Fig. 0-60).

Ces fosses sont scellées par des couches d'occupation recouvrant l'ensemble du secteur fouillé (Ens.4030, Agr.601), elles-mêmes recoupées par les tranchées de construction du bâtiment 2 (cf. 2.1.2).

Cette phase s'achève de façon certaine avec la construction du bâtiment 2, dont la tranchée de construction du mur nord a recoupé les couches d'occupation de l'agrégation Agr.601, contenant de la céramique de la fin du 12e siècle (groupes techniques to7b ; to1k). Une durée d'un siècle peut donc être supposée pour cette phase : de la fin du 11e à la fin du 12e siècle.

1.3 Synthèse : Fonction des édifices de la période 1

Les phases 1 et 2 correspondent à la construction de plusieurs bâtiments successifs à l’ouest de l’église abbatiale, à l’emplacement de la future grande hôtellerie de la fin du 12e siècle (bâtiments 6 puis 5). La continuité de l’occupation et les caractéristiques architecturales, particulièrement soignées dans le cas du bâtiment 5, ont incité à réfléchir notamment à la fonction d’accueil au sein du monastère avant la fin du 12e siècle.

1.3.1 L’accueil à Marmoutier aux 11e et 12e siècles d’après les sources écrites

Claire Lamy

Hôtellerie et aumônerie

Les conditions d’accueil des hôtes à l’abbaye de Marmoutier comme les règles de fonctionnement de cet office sont très peu ou pas connues. Il ne s’agit pas ici de traiter l’ensemble de la fonction d’accueil de l’abbaye (Lesne 1943 ; Davril, Palazzo 2000), mais d’apporter l’éclairage des textes sur l’hôtellerie de l’abbaye, objet des fouilles de l’équipe dirigée par Élisabeth Lorans, et ce que l’on voit de son fonctionnement aux 11e et 12e siècles.

L’information émane essentiellement de la documentation diplomatique3Outre les documents originaux antérieurs à 1121 consultables sur le portail Telma, nous avons utilisé les éditions du cartulaire dûnois (Mabille 1874) et vendômois (Charles Auguste de Trémault 1893)., mais on peut ajouter, pour le 12e siècle, les mentions du coutumier de Marmoutier (Bord et Gross 2021), une allusion au sein du recueil des miracles rédigés dans cette abbaye (Mabillon 1701)4Une nouvelle édition, traduction et étude est en cours, par Jean-Hervé Foulon, dans le cadre du programme COENOTUR. et le passage de la chronique des abbés à propos de la reconstruction de l’hôtellerie au temps de l’abbé Hervé de Villepreux (Salmon 1854 : 318-337)5Nous préparons une nouvelle édition, traduction et étude de cette chronique..

Comme le rappelle Émile Lesne, la fonction d’accueil, depuis le début du 9e siècle (capitulaire d’Aix, 817) est divisée et organisée autour de deux offices, et des revenus spécifiques lui sont attribués : l’hôtellerie pour l’accueil des hôtes riches et nobles, et l’aumônerie pour l’accueil des pauvres et des pèlerins (Lesne 1943 ; Witters 1974 : 177-215). L’office de la porte complète l’organisation puisque le moine de la porte a la charge de « trier » les visiteurs et de les envoyer vers l’hôtellerie ou l’aumônerie (Witters 1974 : 120)6Willibrord Witters signale le diplôme de Charles le Chauve en faveur de Marmoutier du 4 avril 852 dans lequel on trouve mention de cet office.. Selon Willibrord Witters, cette organisation ne résiste pas au 9e siècle. Mais la distinction entre office de l’hôtellerie et de l’aumônerie persiste bien : c’est ce que l’on retrouve par exemple à Cluny (Witters 1974 : 197)7Les coutumiers clunisiens du 11e siècle distinguent deux offices : l’elemosynarius (aumônier, qui s’occupe de « ceux qui vont à pied ») et le custos hospitum (hôtelier, qui s’occupe de « ceux qui vont à cheval »). Un office de stabularius est mentionné dans le coutumier d’Ulrich. Il est chargé des chevaux des hôtes, tandis que le custos hospitii reçoit les diverses catégories d’arrivants, pèlerins, dignitaires ecclésiastiques, laïcs.. À Fleury, le coutumier de Thierry d’Amorbach témoigne de la persistance de cette distinction, avec l’hospitale majorum (pour les riches) et l’hospitale pauperum (Bautier et Labory 2004 : 194-196). À Cluny, d’après les coutumiers du 11e siècle, ces deux offices recouvraient le soin des hôtes de marque et celui des pauvres.

Cette distinction entre ces deux offices apparaît mal dans les sources relatives à Marmoutier. Par leur nature – des documents diplomatiques – celles-ci éclairent avant tout les relations avec l’aristocratie. Néanmoins on peut signaler la présence, parmi les moines titulaires d’office mentionnés dans les listes de témoins des actions juridiques, de moines hospitalarii (« hôteliers ») et d’autres, il est vrai plus rarement cités, elemosinarii (« aumôniers »)8Ces données s’appuient sur la base de données que j’ai créée dans le cadre du programme COENOTUR qui sera mise en ligne.. Dans le coutumier de Marmoutier au caractère essentiellement liturgique9Lucien-Jean Bord et Antoine-Frédéric Gross signalent que « La simple lecture des titres des chapitres du coutumier montre le caractère majoritairement liturgique de l’ensemble ». Le frère hôtelier apparaît dans le chapitre XV, chargé de faire entrer trois pauvres au réfectoire des moines., l’hôtelier et l’aumônier apparaissent à plusieurs reprises, notamment à propos de l’accueil des pauvres (l’hôtelier) et de la distribution de rations pour les pauvres (l’aumônier avec le cellerier et le réfectorier)10L’hôtelier n’apparaît qu’une fois dans le coutumier, dans le chapitre 15. Il est chargé de faire entrer trois pauvres par jour pour le repas au réfectoire, signe qu’il assure peut-être l’essentiel de la fonction d’accueil et remplit peut-être le rôle dévolu au portier de la règle d’Aix. L’aumônier apparaîit plus fréquemment (chapitres 17, 34, 39, 48, 61). Il intervient dans l’organisation de certaines fêtes (aux Rameaux, chapitre 17 et aux Rogations, chapitre 39), dans des distributions de rations alimentaires aux frères, en association avec le cellérier et le réfectorier (chapitres 34 et 48), dans des distributions aux pauvres avec le cellérier (chapitre 61). On connaîit certains des revenus qui lui sont affectés, la dîme des offrandes faites en deniers. Je remercie Bruno Dufaÿ pour ses remarques, insistant sur le fait que la séparation ne recouvre pas la distinction entre riches et pauvres, ou alors secondairement. Les fonctions de l’aumônier sont plus larges que le simple accueil, comme le montrent ses différentes formes d’intervention dans le coutumier de Marmoutier. Il souligne également qu’à Saint-Cosme, les offices d’hôtelier et d’aumônier sont distincts et perdurent jusqu’à la fin du prieuré.. Il est difficile d’en tirer une conclusion sur la répartition de l’accueil entre hôtelier et aumônier, sur la base d’une distinction entre riches et pauvres. À suivre ce que dit le coutumier, la fonction d’accueil est assurée par l’hôtelier davantage que par l’aumônier, plus impliqué dans les distributions de rations avec le cellérier. Le chapitre 15 précise ainsi que l’hôtelier a la charge d’accueillir trois pauvres par jour pour le repas au réfectoire. À Marmoutier, l’hôtellerie semble être de la responsabilité de l’hospitalarius et il en est ponctuellement question dans les sources écrites, à propos de l’accueil de nobles à l’abbaye (Fig. 1-72).

Désignation de l'hôtellerie dans les sources diplomatiques et narratives

Les mots de l’accueil sont appuyés sur le verbe hospitare. L’hôtellerie comme lieu est désignée par les termes hospitium11Dans la Vie d’Abbon, par Aimoin de Fleury, au début du 11e siècle, hospitium est utilisé pour désigner un lieu d’hébergement (Bautier, Labory 2004 : 52 « Igitur ad hospitium regressus »). ou hospitale, et elle est, en soi, peu citée12Par exemple : Cart. vendômois n° XXVIII ; Arch. dép. Loir-et-Cher, 16H118, n° 5, Artem n° 2271, année 1066 (éd. Cart. dûnois, n° CXV) pour hospitalis (Acta sunt autem haec et firmata sub his qui interfuere, testibus istis, in hospitali nostro, ubi finis rerum et consummatio fuit. Trad. : Ces choses ont été faites et confirmées devant ces témoins qui étaient présents dans notre hôtellerie, où il y eut la fin et l’accomplissement de ces choses.). Pour les mentions dans les miracles et la chronique des abbés, voir respectivement le tableau, citations 5, 6 et 7.. Les documents diplomatiques du 11e siècle utilisent hospitale, tandis que les deux sources narratives, Recueil de miracles et Chronique des abbés, utilisent désormais hospitium13On peut signaler que dans le coutumier de Fleury par Thierry d’Amorbach, de la fin du 10e siècle, hospitale désigne l’hôtellerie (celle pour les hôtes riches, hospitale majorum, et celle pour les pauvres, hospitale pauperum) dans les chapitres XIII et XIV. Mais dans ce même chapitre XIV, hospitium est utilisé comme équivalent d’hospitale. (Bautier, Labory, 2004 : 194-196). Je remercie Laurent Morelle de m’avoir signalé ce passage.. Ce changement de vocable sur aussi peu d’occurrences est difficile à interpréter. Ceux qui sont reçus à l’abbaye ne sont pas qualifiés d’hospites (quand ce mot apparaît dans la documentation diplomatique, ce terme sert davantage à désigner des paysans titulaires d’une hôtise, tenure privilégiée), mais par des périphrases signalant qu’un tel est venu pour séjourner (ad habitandum), ou bien qu’il a été hébergé (hospitatus) à l’abbaye.

L’hôtellerie au 11e siècle est connue exclusivement par les sources diplomatiques (Fig. 1-72). Les notices produites par Marmoutier mentionnent un lieu, l’hospitale. Ce bâtiment apparaît avant tout dans sa fonction première – l’accueil des visiteurs – quelle que soit la durée de la visite : ainsi l’hôtellerie peut être un lieu d’attente, comme pour le prévôt de Vendôme, Archambaud, qui demeure à l’hôtellerie tandis que sa femme est au chapitre de l’abbaye pour donner son consentement à la donation faite antérieurement par son mari [citation 1]. C’est aussi un lieu où des accords peuvent être conclus avec des laïcs. Ceux-ci séjournent à l’abbaye à l’occasion d’une étape sur la route d’un pèlerinage [citation 2 et citation 3] (quand bien même les séjours ne sont pas toujours mentionnés), pour la conclusion ou la réitération d’un accord juridique (donation, vente, compromis)14La notice relative à Archambaud de Vendôme, mentionnant le fait qu’il reste à l’hôtellerie, suggère indirectement que le couple a séjourné à l’abbaye. Mais cela peut aussi bien être un simple accueil de jour. et, en relation avec cela, la concession de l’association aux prières de l’abbaye [citation 4].

Les conditions de l'accueil

Un seul acte, dans l’état actuel des connaissances de la documentation, donne des détails sur l’accueil matériel des laïcs. Ainsi une notice du cartulaire vendômois rapporte un accord entre Guismandus de Vendôme et les religieux de Marmoutier : c’est l’occasion de préciser les conditions de son accueil pour des séjours ponctuels à l’abbaye, un privilège manifestement convoité par les laïcs15Le cartulaire Vendômois conserve trois notices relatives aux conflits et compromis entre Guismandus et les moines de Marmoutier. Les notices XXIII (1066) et XXVIII (ca. 1066) portent sur les conditions de l’accueil de Guismandus à Marmoutier. La troisième notice, n° XXVII (1070) est un accord portant sur les conditions de la réception de Guismandus comme moine à l’abbaye. La notice n° XXVIII est citée par Lesne 1943 : 13 et par Witters 1974 : 131.. La notice précise qu’il sera reçu dans une petite chambre qui jouxte l’hôtellerie avec un seul de ses serviteurs (est-ce à dire que s’il en a d’autres ils seront logés à l’aumônerie ou bien à l’extérieur dans le bourg ?). Guismandus aura droit à un lit à deux couvertures et son serviteur à un lit à couverture unique [citation 5]16Émile Lesne et Willibrord Witters entendent que les lits sont respectivement accompagnés d’une ou deux couvertures. La formulation « lectum duarum culcitarum / unius culcite » pose tout de même la question de savoir s’il s’agit d’un lit plus large pour Guismandus ou bien effectivement d’une double épaisseur de couette.. Le texte suggère donc une gradation dans les conditions matérielles d’accueil, et l’existence de cette annexe à l’hôtellerie peut en être une traduction. Mais cela peut être le signe que la capacité d’accueil de l’hôtellerie au 11e siècle est insuffisante et que le bâtiment est alors trop exigu. On comprend aussi une volonté de limiter numériquement la suite d’un hôte à la charge de l’abbaye, car de hauts personnages pouvaient être accompagnés de serviteurs nombreux. Ainsi, les miracles de Marmoutier livrent un récit dans lequel l’archidiacre de Clermont est reçu à l’abbaye, dans le premier quart du 12e siècle, sous l’abbatiat de Guillaume, nommément désigné dans le récit (1104-1124). Il est accompagné de plusieurs hommes qui mangent à la même table que lui. On ne sait pas s’il s’agit d’une table commune avec l’abbé, car le passage ne mentionne pas la présence du prélat. Néanmoins, on devine que la suite de l’archidiacre est assez nombreuse [citation 6]. Ainsi les conditions d’accueil regardent la literie mais aussi les repas : dans l’accord avec Guismandus : les moines lui garantissent des rations de pain et de vin de leur table (respectivement trois pains et quatre mesures de vin). Mais tout « extra » sera à la charge personnelle de Guismandus, une prescription qui empêche toute réclamation. Cette précision ne permet pas de répondre à la question de la présence ou non d’une cuisine spéciale pour les hôtes à Marmoutier. Le nombre de jours d’accueil n’est pas évoqué dans l’accord avec Guismandus, signe, peut-être, qu’il n’était pas limité.

D’une manière générale, ce texte suggère le poids économique que l’accueil des riches laïcs pouvait représenter pour la communauté, mais aussi la source de perturbation que leur présence constituait. D’autres notices font allusion à une possibilité de séjour à l’abbaye concédée à un laïc, mais le lieu matériel de leur accueil n’est pas indiqué, même s’il est probable qu’il s’agisse de l’hôtellerie.

Dans ces textes, rien n’est dit, enfin, de la disposition des lieux (salle à manger particulière pour les hôtes, cuisine associée, disposition des lits dans une salle commune ou bien dans des espaces séparés ?) ou de la capacité d’accueil. La documentation pour cette période ne permet pas non plus de déterminer quels revenus étaient affectés à l’hôtellerie aux 11e et 12e siècles, et de ce fait quelle charge elle pouvait représenter pour l’abbaye.

L’hôtelier et ses aides

Il apparaît que parmi les dignitaires les plus régulièrement en contact avec les laïcs, essentiellement de l’aristocratie, le moine hospitalarius revient fréquemment. Plusieurs moines sont connus, chargés de cet office. Ce sont des mentions très ponctuelles comme pour les moines Bernardus (1061) ou Andreas (1084). En revanche à la fin du 11e siècle, le moine Hainricus occupe la fonction plusieurs années, participant à plusieurs négociations avec des laïcs, y compris hors de Marmoutier. Il apparaît la première fois en 1092 et reste actif au moins jusqu’en 108117Pour Hainricus hospitalarius, en 1092 : Arch. dép. Indre-et-Loire, H270, n° 16 (Artem n° 1455) ; en 1108 : Arch. dép. Indre-et-Loire, H202 (Artem n° 1430). Il s’agit du même individu car, dans les deux cas, il est accompagné de son frère, également moine de Marmoutier, Radulfus. Entre ces deux dates, il apparaît régulièrement dans la documentation.. L’hospitalarius de la fin du 11e siècle semble jouer un rôle plus important au sein des affaires de la communauté, mais est-ce dû à la personnalité d’Hainricus ou à l’importance accrue de cet office en raison d’un accroissement des occasions de recevoir les hôtes à l’abbaye ?

Le moine hospitalarius est accompagné d’un ou deux famuli – serviteur laïc membre de la familia – au minimum. Ce famulus hospitalarius (ou parfois dit de hospitio) peut être le chef d’une équipe plus nombreuse qui n’apparaît pas directement dans la documentation, et être assisté par d’autres famuli comme à Cluny, au 11e siècle (Witters 1974 : 208). Dans les listes de témoins des notices de Marmoutier, les famuli hospitalarii apparaissent davantage encore que le moine hospitalarius quand l’affaire se déroule à l’abbaye. Dans les années 1090, deux famuli accompagnent le moine hôtelier18Par exemple le moine Hainricus est accompagné en 1092 de deux famuli, Johannes et Otgerius (Cart. Dûnois, n° CXLVI, 1092). D’autres noms de famuli reviennent dans la documentation, associés à cette fonction, comme témoins des actions juridiques.. C’est probablement un chiffre a minima de laïcs œuvrant au service de l’hôtellerie.

De la même façon, dans les prieurés de l’abbaye, où l’on trouve sinon une hôtellerie du moins des attestations d’accueil, soit de l’abbé, soit de laïcs, les famuli hôteliers sont présents dans les listes de témoins, plutôt que des moines spécifiquement qualifiés d’hospitalarii. Il est possible que l’effectif réduit des moines dans les dépendances fasse que cet accueil soit assuré par le prieur ou un autre moine, notamment le cellerarius.

On peut enfin souligner la présence récurrente – mais non systématique – du moine hôtelier ou bien de serviteurs laïcs, les famuli, attachés à l’hôtellerie, lors de certains accords conclus à l’abbaye, sans que le séjour du protagoniste soit attesté. On peut peut-être voir là l’indice indirect du séjour du laïc ou du clerc concerné à l’abbaye et dans son hôtellerie, que les rédacteurs des notices ne prenaient pas la peine de mentionner.

Les transformations de l’hôtellerie au 12e siècle

Dans la deuxième moitié du 12e siècle, la chronique des abbés de Marmoutier rapporte que l’abbé Hervé de Villepreux (abbé de 1177 à 1187) a fait des travaux dispendieux (une dépense de 23000 sous) pour améliorer la fonction d’accueil, de manière, surtout, à ce que la paix monastique ne soit pas troublée [citation 8]. Hervé connaissait bien les ressorts de cet office qu’il a rempli avant d’être élu abbé (Salmon 1854 : 322) [citation 7]. Ce passage évoque les troubles provoqués par les hôtes de marque dans la cella des novices, troubles qui ont motivé ce nouveau chantier. Faut-il en déduire que les hôtes – ou certains d’entre eux – prenaient leur repas dans le bâtiment des novices, voire y résidaient si l’hôtellerie antérieure était trop petite ? Les fouilles ont révélé l’existence de bâtiments antérieurs à la grande hôtellerie ; le bâtiment 5, réutilisé comme extrémité orientale du bâtiment 2, était trois fois plus petit que lui.

La chronique laisse entendre qu’il s’agit d’un chantier nouveau (« une nouvelle salle, de très bel aspect, devant l’église ») sans mentionner l’existence d’un bâtiment antérieur. L’abbé Hervé a bien procédé à un agrandissement et un embellissement de l’espace d’accueil de l’abbaye, qu'il y ait eu déplacement ou non de ce bâtiment dont la logique fonctionnelle voudrait qu'il soit à proximité immédiate de l'entrée du monsatère (cf. 2).

1.3.2 Synthèse sur la phase 1 (bâtiment 6)

La première phase d'occupation regroupe plusieurs maçonneries dont le plan global est incertain, mais qui impliquent un espace complexe, formant peut-être plusieurs bâtiments, bordés au nord par une zone funéraire, et semblant ouverts à l'ouest par un passage dans le mur M.1028  (Fig. 1-1).

Cet ensemble, attribué au 10e siècle avec quelques incertitudes et perdurant tout au long du 11e siècle, est situé à environ 60 m de la façade de l'église contemporaine, un édifice de 40 m de long environ, à transept saillant et trois chapelles orientées (Fig. 12-26). Au cours du 11e siècle, l'église a été reconstruite sur un plan plus grand (Fig. 12-27). En outre, cet ensemble se trouve près de l’accès nord-ouest du monastère probablement située sur la voie d’origine antique longeant le pied du coteau et menant à Tours (Lorans 2012).

Plusieurs hypothèses peuvent être proposées pour la fonction de ces aménagements.

Le bâtiment 6, situé au sud-ouest de l'église, pourrait lui être lié, en restituant un ensemble de bâtiments annexes en avant de la façade, sous la forme d'un atrium. Dans ce cas, la présence des sépultures s'expliquerait par celle du lieu de culte, en avant duquel une zone funéraire accessible aux laïcs, avec une surreprésentation masculine, aurait été établie et se serait étendue progressivement vers l'ouest, jusqu'à atteindre la limite observée en zone 4 (Fig 0-196 phases 1 et 2).

Les constructions pourraient également constituer une porterie et marqueraient la limite ouest du monastère au 10e siècle, en deçà de la position de l'enceinte du 12e siècle, située plus à l'ouest. Enfin, les bâtiments proches des portes sont parfois destinés aux laïcs, comme les aumôneries et les hôtelleries. Dans tous les cas, on y voit un bâtiment d’accueil, associé à un cimetière de laïcs au recrutement spécifique, si l'on considère les données anthropologiques (cf. 12). Dans le cas présent, il est tentant d'associer la fonction d'hôtellerie ou d'aumônerie à cette zone du monastère dès la construction du bâtiment 6. La position de l'ensemble, la présence d'un cimetière de laïcs et la fonction assurée d'hôtellerie lors de la phase 3 vont dans ce sens, la permanence fonctionnelle des espaces étant souvent avérée en milieu monastique. La fonction d’hôtellerie est attestée dès le 11e siècle par les sources diplomatiques, qui, si elles n’apportent pas d’informations sur les bâtiments eux-mêmes, détaillent le mode d’accueil des visiteurs : espace d’attente ponctuel ou lieu d’hébergement plus durable (cf. 1.3.1). Il est donc possible que ces bâtiments, stratégiquement placés entre l’entrée du monastère et la façade de l’église, aient servi à l’accueil sous ses différentes formes, qu’il s’agisse de distribuer des aumônes ou de loger des voyageurs, à l’exception des hôtes de marque dont on sait par la chronique des abbés de Marmoutier qu’ils étaient logés dans la cella des novices avant la construction de la grande hôtellerie par Hervé de Villepreux (cf. supra et infra).

1.3.3 Synthèse sur la phase 2 (bâtiment 5)

Le bâtiment 5 est connu par ses maçonneries, conservées sur 2 m de haut, par des aménagements intérieurs et quelques couches d'occupation attestant des remaniements successifs, auxquels s'ajoutent des traces d'activités aux alentours et le cimetière situé au nord (Fig. 1-63).

Le rez-de-chaussée semble avoir rempli une fonction de stockage et a été modifié à plusieurs reprises, peut-être dans un but d'amélioration des conditions de conservation des denrées ou en lien avec une autre fonction. La présence d'un étage est supposée en raison de l'épaisseur des murs, de la présence de contreforts et d'une fenêtre à baies géminées ; il pouvait remplir des fonctions résidentielles. Il existait certainement d'autres constructions à proximité, notamment le mur 1028 , dont la fonction est inconnue.

Ces informations, ainsi que la position de l'édifice dans son environnement, fournissent des indices sur la fonction de l'édifice.

Tout d'abord, le soin apporté à la construction témoigne d'une volonté claire des moines de construire un édifice de qualité, en pierres de moyen appareil régulier, comportant au moins une fenêtre géminée à chapiteaux sculptés et une couverture de tuiles creuses glacurées, qui semble généralement réservée aux édifices religieux à cette période (cf. 1.2.3.1). Ces caractéristiques montent la richesse du monastère à cette période et l'importance accordée à l'édifice.

La présence d'un cimetière de laïcs au nord du bâtiment indique de plus que l'édifice pouvait leur être consacré, selon les principes de séparation des lieux de vie des moines et des laïcs dans un monastère. Le bâtiment 5 se trouve en outre près de l'entrée principale du monastère. L'édifice occupe donc une position stratégique : l'entrée du monastère et une zone à fonction artisanale métallurgique se trouvant à l'ouest, l'église et le cloître à l'est. Après la reconstruction de l'église au 11e siècle, la façade était située à 43 m du bâtiment 5, puis décalée vers l'ouest dans un second temps, à 25 m environ. Cet emplacement, mis à profit lors de la construction de l'hôtellerie lors de la phase 3, pourrait témoigner d'une fonction similaire dès les premières phases d'occupation.

Conclusion du chapitre 1

Les bâtiments 5 et 6, implantés à proximité de l'entrée principale du monastère, peuvent avoir rempli la fonction de porterie, d'accueil ou d'hôtellerie, attestée par des textes au 11e siècle, avant l'édification de la grande hôtellerie par Hervé de Villepreux à partir de 1180 (bâtiment 2, phase 3). L'évolution des besoins d’accueil dans le monastère ainsi que des améliorations architecturales ont pu justifier les reconstructions successives des bâtiments et le regroupement en un seul endroit de la fonction d'accueil dans le monastère.

Le cimetière, quant à lui, a été utilisé au cours des 11e-12e siècles par une population laïque, incluant des individus ayant pu nécessiter une prise en charge particulière (cf. 12). Ces observations doivent être pondérées par le fait que la surface fouillée du cimetière est très limitée.

Qu'il s'agisse de sépultures de famuli ou de personnes accueillies au monastère, la présence de ces inhumations près de l'entrée du monastère exprime la vocation de cet espace accessible aux laïcs et donc extérieur à la clôture stricto sensu.

CHAPITRE 2. PÉRIODE 2, PHASE 3 : L'HÔTELLERIE DE LA FIN DU 12E SIÈCLE (BÂTIMENT 2)

Chapitre 2. Période 2, Phase 3 : L'hôtellerie de la fin du 12e siècle (Bâtiment 2)

Émeline Marot et Gaël Simon

La phase 2 correspond à la construction d’une grande hôtellerie (Fig. 2-3). Outre la partie basse des murs et les niveaux d'occupation intérieurs et extérieurs découverts en fouille pour la partie orientale (zone 4), l'édifice est encore en partie conservé en élévation jusqu'au sommet des murs à l'ouest (zone 3) (Fig. 0-74). Les informations complémentaires fournies par ces différents vestiges permettent de proposer une restitution et une chronologie précise du chantier et de l'occupation du bâtiment.

Sa construction intervient dans un espace déjà occupé, comprenant le bâtiment 5, situé à une vingtaine de mètres du coteau et associé à plusieurs murs. L'implantation du bâtiment 2 devait donc répondre à ces contraintes tout en favorisant la mise en valeur de cet espace comprenant l'entrée du monastère à l'ouest, la chapelle Notre-Dame sur une terrasse du coteau au nord et l'église abbatiale à l'est (Fig. 0-196, phase 3). La construction de l'édifice a été planifiée en fonction de la position du coteau et en exploitant les constructions antérieures : le bâtiment 5 a été conservé en grande partie et agrandi vers l'ouest mais cela a nécessité des travaux de terrassement importants.

Le bâtiment 2, orienté approximativement est-ouest, mesurait 54 m de long sur 12 m de large hors œuvre et présentait une inflexion à la jonction avec l'ancien bâtiment 5. Il comportait deux niveaux à l'origine : un rez-de-chaussée voûté (Fig. 2-8) et un étage à charpente apparente. Un mur de refend situé à l'ouest délimitait un passage couvert large d'une travée permettant la circulation entre le nord et le sud de l'édifice (Fig. 2-17). Ses élévations en blocs de moyen appareil de calcaire étaient rythmées de contreforts et par une tourelle de latrines, située approximativement au milieu du mur gouttereau sud. L'édifice comporte des ouvertures variées (baies en lancettes et baies géminées), témoignant d'une rationalisation des besoins liés aux occupants et à l'environnement du bâtiment. L'ensemble des parements intérieurs était peint aux deux niveaux de l'élévation, les voûtes et les murs étaient recouverts de faux-joints rouges, les ouvertures mises en valeur, et une frise de rubans plissés décorait le mur pignon (Fig. 2-64).

L’hôtellerie de la phase 3 était associée à neuf sépultures, dont les plus récentes conservaient des traces de marquage en surface, témoignant de la dernière utilisation du cimetière à la fin du 13e siècle.

Les données architecturales et archéologiques confirment que le bâtiment 2 est bien l'édifice construit par Hervé de Villepreux à la fin du 12e siècle. L'hôtellerie remplit une fonction ostentatoire très forte, puisque l'accueil des hôtes de marque est une obligation importante de Marmoutier, qui a des répercussions sur l'image du monastère. Les frais engagés et le soin apporté à la construction de l'hôtellerie, ainsi que la volonté de mettre en scène l'entrée du monastère, démontrent l'importance de cet édifice aux 12e-13e siècles.

L'architecture de l'hôtellerie monastique de Marmoutier répond à des formes et à des caractéristiques partagées par nombre d'hôtelleries de monastères bénédictins. La fonction d'accueil des hôtes de marque est clairement définie dans le texte relatant la construction par Hervé de Villepreux et semble confirmée par l'architecture et l'archéologie (ouvertures, décor de l'étage, présence de latrines, etc.). Mais existait-il des lieux d'accueil des plus pauvres à proximité ? Une aumônerie (elemosyna) est mentionnée au 13e siècle (Lorans 2014 : 360), mais il est difficile de déterminer sa nature : cette fonction est-elle remplie dans une partie de l'hôtellerie ou s'agit-il d'un édifice distinct ? La question des distributions d’aumônes a également été abordée, dans le cadre plus général de l'assistance dans les monastères, comprenant les soins médicaux. Ce dernier point est soulevé pour Marmoutier par l'état sanitaire des individus inhumés près des bâtiments, pour les phases 1 et 2 comme pour la phase 3, contemporaine du bâtiment 2. La fonction d'accueil et d'assistance à une population spécifique, résidant ou travaillant dans le monastère ou à proximité peut donc être proposée.

Les éléments correspondant à cette phase d'occupation sont plus riches que pour les bâtiments 5 et 6 : outre la partie basse des murs et les niveaux d'occupation intérieurs et extérieurs découverts en fouille pour la partie orientale (zone 4), l'édifice est encore en partie conservé en élévation jusqu'au sommet des murs à l'ouest (zone 3). Les informations complémentaires fournies par ces différents vestiges permettent de proposer une restitution et une chronologie précise du chantier et de l'occupation du bâtiment 2.

La construction du bâtiment 2 intervient dans un espace déjà occupé, comprenant le bâtiment 5, situé à une vingtaine de mètres du coteau et associé à plusieurs murs (M.1028 , M.1032 ). La topographie du site indique une pente générale nord-sud, aménagée depuis les 6e ou 7e siècles par des remblais ou des décaissements successifs.

L'implantation du bâtiment 2 devait donc répondre à ces contraintes tout en favorisant la mise en scène de cet espace comprenant l'entrée du monastère à l'ouest, la chapelle Notre-Dame sur une terrasse du coteau au nord et l'église abbatiale à l'est. La construction de l'édifice a été planifiée en fonction de la position du coteau et en exploitant les constructions antérieures : le bâtiment 5 a été conservé en grande partie et agrandi vers l'ouest, mais cela a nécessité des travaux de terrassement importants.

Le bâtiment 2, orienté approximativement est-ouest, mesurait 54 m de long sur 12 m de large hors œuvre et présentait une inflexion à la jonction avec l'ancien bâtiment 5 (Fig. 2-1, 2-2). Il comportait deux niveaux à l'origine : un rez-de-chaussée voûté et un étage couvert par la charpente (Fig. 2-3, 2-59). Un mur de refend situé à l'ouest délimitait un passage couvert large d'une travée permettant la circulation entre le nord et le sud de l'édifice. Ses élévations étaient rythmées de contreforts et par une tourelle de latrines, située approximativement au milieu du mur gouttereau sud.

Les données archéologiques peuvent être confrontées à la Chronique des Abbés de Marmoutier qui relate la construction par Hervé de Villepreux à la fin du 12e siècle d'un bâtiment destiné aux hôtes de marque (cf. 2.4). L'analyse archéologique permet à la fois de confirmer les datations et de nuancer la description proposée dans le texte.

2.1 La construction du bâtiment 2

2.1.1 Les terrassements et modifications du bâtiment 5 préalables à la construction (Ens.4012, 4080, 4079, 4053)

Le bâtiment 5, construit au plus tôt au tournant des 11e et 12e siècles, était orienté est-ouest, mesurait 18 m sur 12 m et était couvert de tuiles glaçurées. Il était semi-enterré à cause de la pente du terrain, mais également du décaissement intérieur dû aux réaménagements successifs. L'intérieur, sous le plancher formant un vide sanitaire, était situé à la cote 49,70 NGF environ, bien plus bas que le terrain autour, situé au-dessus de 51 m NGF, si l'on se fie aux couches du haut Moyen Âge conservées au nord-ouest du bâtiment (secteur 3), mais situées plus bas au sud du mur 1028  (cf. 1.2, Fig. 1-63).

La volonté de conserver en grande partie les élévations du bâtiment 5 a donc entraîné des réaménagements importants, de l'édifice lui-même, mais également du terrain choisi pour l'édification du nouveau bâtiment, afin de régulariser le niveau de circulation. En prévision de l'implantation du bâtiment 2, le pignon ouest du bâtiment 5 a ainsi été démoli, de même que le mur 1028 , dont l'orientation ne correspondait pas au nouveau projet (Fig. 2-1). En effet, le bâtiment 2 a été construit parallèlement au coteau, soit OSO-ENE (81°), alors que les constructions antérieures étaient orientées E-O. L'inflexion observée dans le plan du bâtiment 2 correspond à la jonction des deux constructions.

2.1.1.1 À l'ouest : destruction de M.1028  et arasements (Agr.772, Agr.831)

Afin d'aplanir la zone à construire, le terrain situé à l'ouest du bâtiment 5 dans l'emprise du futur bâtiment 2 a dû être arasé jusqu'à atteindre les couches du haut Moyen Âge, caractérisées par des sédiments très sombres, au-dessous du niveau de circulation correspondant au bâtiment 6, dont il ne reste plus de traces.

En conséquence, le terrain forme une légère terrasse : il est plus élevé au nord du futur mur gouttereau septentrional, autour de 52 m NGF, et plus bas d'un mètre en deçà, puis en pente douce vers le sud.

Le mur 1028  a ainsi été arasé à la cote de 51,15 à 50,9 m NGF, tandis que des couches de remblais, déposées de part et d'autre au-dessus des couches du haut Moyen Âge, résultent de sa démolition et de la récupération des matériaux (Agr.831, Fig. 0-66). À l'est, le mur a subi une récupération plus radicale, à l'endroit où ses fondations gênaient la construction du mur 1001  (cf. 2.1.2.2).

2.1.1.2 À l'est : la destruction du mur 1017  et la première étape de remblaiement (Agr.772, Agr.688, Agr.763)

Arasé au même niveau que M.1028 , autour de 51 m NGF, le mur M.1017  a, lui, été en partie basculé vers l'intérieur du bâtiment 5, dans la pente formée lors de la phase précédente pour aménager un vide sanitaire. Un pan de mur effondré a ainsi été conservé, le parement oriental reposant contre le sol (Agr.772, cf. 1.1.1.1, Fig. 1-7, 2-4).

Au-dessus, un premier ensemble de remblais est constitué de matériaux issus de la démolition du mur 1017  : de nombreux blocs de moyen appareil et des blocs appartenant à la fenêtre à baies géminées précédemment décrite (Agr.688, cf. 1.2.2.2, Fig. 1-28). Ces couches contenaient des tessons de céramique d'un type attestés du milieu du 12e siècle au 14e siècle (groupe technique to7b).

Ces remblais sont scellés à l'est par une alternance de couches de mortier et de couches brunes semblant correspondre à une circulation marquant le début du chantier de construction proprement dit (Agr.763).

Ces remblais n'ont constitué que la première étape de la construction du bâtiment 2 : tandis que les murs M.1001  et M.1002  sont prolongés à l'ouest, les murs hérités du bâtiment 5 nécessitent des réaménagements, notamment l'ajout de supports pour la voûte prévue. La construction des fondations de ces supports a ainsi été menée en même temps que de nouveaux apports de remblais, en plusieurs étapes.

2.1.2 Les étapes du chantier de construction du bâtiment 2 (Ens.3010, 4012, 4053, 4064, 4079)

2.1.2.1 Le chantier dans l'emprise du bâtiment 5 : les étapes du chantier, murs et supports, plusieurs phases alternées avec des remblais

La construction des fondations de plan circulaire des supports centraux

Les remblais de l’agrégation 763 sont coupés par le creusement de larges fosses circulaires (F.1277  et F.1292 ) ayant servi à l'implantation de la fondation de deux supports centraux, définissant trois travées dans l'emprise de l'ancien bâtiment 5 (Fig. 2-4, 2-5, 0-86).

Les fondations, qui n'ont été observées qu'en surface, mesurent environ 1,6 m de diamètre, sont espacées de 3,3 m et sont construites en blocs grossièrement taillés ou en moellons irréguliers formant le parement, tandis que le blocage, peu visible, est noyé dans une épaisse couche de mortier formant l'arase de la fondation circulaire située à 50,15 m NGF pour le support occidental (EA 1296 ) et 50,25 m NGF pour le support oriental (EA 1295 , Fig. 2-6).

Construction des soubassements cubiques des supports centraux et des fondations des supports latéraux

Au-dessus de ces fondations circulaires, des soubassements cubiques de 1 m de côté et 0,75 m de haut ont été construits (EA 1264  sur l'EA 1295  et EA 1278  sur l'EA 1296 ), pour rehausser fortement le niveau des supports et les placer à une altitude compatible avec les supports situés à l'ouest (cf. 2.1.2.2, Fig. 2-4). Ces constructions sont formées de deux assises de blocs de grand appareil de 35 cm de haut et jusqu'à 75 cm de long comportant de nombreuses traces de layage (Fig. 2-6, 2-7). L'altitude des supports latéraux contemporains, autour de 51,10 m NGF environ, permet de restituer des supports centraux au même niveau à l'origine : ils devaient comporter une assise supplémentaire, avant une perturbation due au remplacement des bases (phase 4, cf. 3.1.2.2).

Parallèlement, des supports latéraux sont aménagés dans les trois murs restants du bâtiment 5, dans l'alignement des supports centraux. Des fosses sont d'abord creusées au pied des murs, remplies d'un premier niveau de fondation, comprenant des moellons noyés dans du mortier de chaux (F.1275 , 1287 , 1288 , 1290 , 1291 ), puis des soubassements plus élevés sont construits en blocs de moyen et grand appareil de tuffeau (jusqu'à 45 cm de haut), prenant la forme de cubes réguliers de deux à trois assises (EA 1283 , EA 1284 , EA 1285 ), ou comportant des ressauts successifs (EA 1276 , EA 1286 , Fig. 2-8, 2-9). L'arase de ces cubes maçonnés, mesurant 70 cm sur 45 cm en moyenne, s'établit au-dessus du niveau des fondations du bâtiment 5, à 51 m NGF au sud et 51,15 m NGF au nord. Cette légère pente entre les côtés nord et sud du bâtiment est présente dès la construction et demeure par la suite.

La deuxième étape des remblais

Les fondations maçonnées des supports sont ensuite progressivement recouvertes par l'apport de remblais déposés du nord-ouest vers le sud-est, c'est-à-dire à partir de l'endroit où le sol est plus élevé et où le mur 1017  avait été renversé précédemment. Ces remblais massifs, accumulés sur une épaisseur de 80 cm, résultent du dépôt de différents types de matériaux (Fig. 2-4).

Parmi les premières couches déposées, certaines contenaient de très nombreux fragments de tuiles creuses glaçurées appartenant certainement au bâtiment 5 (Agr.732, US 41522 par exemple, cf. 1.2.3.1, Fig. 1-37). Le dépôt de ces tuiles, associé à des blocs de mortier provenant de la même toiture, indique la destruction de l'ancienne couverture, puis la probable récupération des tuiles intactes, et le rejet, comme remblai, des tuiles brisées et du mortier associé. La quantité de tuiles observée dans ces couches est importante, mais reste réduite au regard de la surface de toiture originelle. La récupération a donc nécessairement été conséquente. Des fragments de tuiles similaires ont été découverts en 2017 sur la première terrasse du coteau, près de l'emplacement de la chapelle médiévale des Sept-Dormants (Zone 6). Ces éléments ayant été recueillis dans des couches très perturbées, il est difficile de déterminer leur origine : ils peuvent appartenir à une couverture médiévale contemporaine du bâtiment 5, comme la chapelle, ou correspondre à une réutilisation plus tardive.

Les autres couches de remblais sont de compositions variées : certaines, sableuses et comprenant des moellons et des fragments de mortier, résultent probablement du nettoyage de blocs provenant des murs détruits afin de les réutiliser, tandis que d'autres comportent des fragments d'argile brune ou de plaques de niveaux de sols de terre de plusieurs centimètres d'épaisseur (US 41806, 41860).

Ces éléments témoignent de l'arasement important effectué du côté ouest du chantier, détruisant l'occupation antérieure de cette zone et créant un hiatus entre le 9e et la fin du 12e siècle dans certains secteurs. L'arasement a ainsi fourni les matériaux pour combler entièrement la partie excavée du bâtiment 5 et atteindre un niveau plan situé autour de 51,1 m NGF pour la construction du bâtiment 2.

Construction des supports latéraux

Une fois le niveau souhaité globalement atteint pour le sol intérieur, les élévations du bâtiment ont été modifiées par l'insertion de colonnettes engagées placées sur les fondations précédemment construites (Fig. 0-58).

Les supports latéraux sont constitués d'une base de plan carré moulurée supportant des colonnettes engagées constituées de plusieurs tambours cylindriques mesurant chacun 24 à 35 cm de haut pour 30 cm de diamètre (cf. 2.1.5.2, Fig. 2-8). La largeur des socles maçonnés a permis aux maçons d'ajuster la position des supports pour correspondre au plan des voûtes : certaines bases de colonne ont été placées au bord du socle plutôt qu'au centre.

Les supports ont été ancrés dans la maçonnerie préexistante par l'insertion des bases et des fûts dans le mur un bloc sur deux. La perturbation des murs a été minime, plus large de quelques centimètres seulement que les blocs insérés.

Les deux supports situés dans les angles à l'est semblent avoir été construits entièrement lors de cette phase du chantier, la présence de fondations débordantes ayant évité la construction de fondations profondes : un bloc maçonné sur les fondations a suffi à former un socle à la hauteur désirée, avant l'implantation des colonnettes engagées d'angle (Fig. 2-10). Celles-ci sont plus fines que les autres du fait de leur position (22 cm de diamètre) et les blocs sont insérés alternativement dans chacun des murs jointifs.

Les supports centraux

Les supports centraux originaux ont certainement été mis en place au même moment, mais ils n'ont pas été conservés, du fait de la reprise des voûtes à la phase suivante, qui a entraîné leur remplacement et la probable destruction de la partie haute des supports cubiques (cf. 3.1.2.2).

Les derniers remblais

La dernière étape du chantier dans cette partie de l'édifice a été l'apport de remblais ponctuels, contenant eux aussi des fragments de tuiles creuses glaçurées, essentiellement contre le mur oriental du bâtiment et le dépôt de couches plus fines, résultat du chantier et des piétinements nécessairement associés (Fig. 2-4).

La surface de ces couches a certainement été perturbée et arasée par la suite, puisqu'aucun niveau de sol correspondant au fonctionnement originel du bâtiment n'est conservé.

2.1.2.2 Le chantier à l'ouest : construction de nouveaux murs

À l'ouest, le chantier a consisté, après l'arasement général de la zone pour établir l'assise du bâtiment, en la construction des murs gouttereaux nord et sud, du pignon et d'un mur de refend à l'ouest, ainsi que de la tourelle de latrines située au sud (Fig. 2-1). Le mode de construction a pu être observé dans l'emprise de la zone 4 et grâce à deux sondages réalisés à l'ouest en zone 3.

Aire de gâchage de mortier ? (Agr.578 et Agr.577)

Après la destruction des murs 1017  et 1028 , plusieurs couches localisées au sud semblent correspondre à l'installation d'une aire de gâchage de mortier, des couches de mortier friable ou très solide se superposant à des remblais sableux.

Creusement des tranchées de construction, récupération du mur 1028 

Le creusement des tranchées des murs gouttereaux a été réalisé ensuite, en s'aidant de l'aménagement en terrasse réalisé précédemment (Fig. 2-11). Ces tranchées mesurent 2 m de large environ, atteignant 2,5 m autour des fondations des supports latéraux (F.1141 -1148 -1442  pour le mur nord, F.1122 -1175  pour le mur sud). Les parois sont irrégulières, certains tronçons semblant s'être effondrés partiellement en cours de chantier. Leur profondeur est inconnue, la base des fondations n'ayant pas été observée, mais elles atteignent au moins 49,5 m NGF pour les murs gouttereaux et descendent en dessous de 47 m pour les murs de la tourelle de latrines, profondément creusée.

L'orientation des murs a entraîné des difficultés à l'emplacement du mur 1028  : s'il a en partie été conservé à l'ouest, une fois arasé à la cote désirée, le tronçon oriental gênait l'implantation des nouvelles fondations, et la maçonnerie a ainsi été presque entièrement récupérée, ne laissant en place que les gros blocs de 60 cm de côté correspondant au fond du radier de fondation, à la profondeur de 49,70 m environ (tranchée de récupération F.1254 , Fig. 1-6). Cette opération ponctuelle a formé une tranchée plus large qu'ailleurs, à l'endroit où les constructeurs ont dû creuser une fosse plus profonde pour établir la tourelle de latrines (Fig. 2-11).

À l'extrémité ouest du bâtiment, les tranchées de construction n'ont été observées que ponctuellement, autour de contreforts : une tranchée très étroite a été creusée pour le contrefort 559  situé à l'angle nord-ouest (F.622 ), tandis qu'au sud, la construction a été réalisée en tranchée aveugle (CTF 544 , F.616 ), mais leur profondeur totale est inconnue du fait de l'étroitesse des sondages effectués.

Construction des fondations

Les fondations des murs gouttereaux ont été construites de façon asymétrique : les maçonneries ont été plaquées contre le bord sud des tranchées, laissant un espace de travail plus large au nord (Fig. 2-11). Elles sont constituées en partie basse de blocs grossièrement équarris de 30 à 40 cm de haut disposés en assises irrégulières formant des ressauts successifs au nord, certains tronçons étant construits en blocs plus petits. Le sommet de ces fondations n'a pas été établi à un niveau égal partout : le dernier ressaut formé de blocs irréguliers atteint 51 m NGF à l'est du mur 1001  et 50,70 m NGF à l'ouest, des blocs de moyen appareil étant disposés au-dessus du ressaut pour atteindre le niveau souhaité.

À l'intérieur du bâtiment, côté sud, la fondation s'élargit à l'emplacement des futurs supports latéraux 1021  et 1315 , consolidée par le dépôt de blocs en remplissage dans la partie basse des tranchées de fondation (Fig. 0-85, 0-88, 2-1). Au nord, la fondation des supports a été réalisée par l'ajout d'un bloc de moyen appareil (EA 1124 ) ou par le remplissage d'une petite fosse à l'aide de blocs et de mortier (EA 1125 ). Ce dernier aménagement a été nécessaire à la jonction avec les murs du bâtiment 5, notamment au-dessus du mur 1017 , qui a servi partiellement de fondation.

Dans le prolongement de ce mur, au nord, un large contrefort a été établi (CTF 1127 ), ennoyant le précédent, appartenant au bâtiment 5. Ses fondations ont été construites par larges ressauts successifs, au-dessus d'une fondation en tranchée aveugle à l'est, plus large à l'ouest (F.1141 -1157 , Fig. 2-12). La fondation du contrefort situé à l’opposé, au sud, semble avoir été moins imposante, mais un seul parement est visible (EA 1245 , F.1228 ).

Les autres contreforts observés ont été fondés avec des techniques variables : tranchée aveugle pour les contreforts CTF 544  et CTF 1440 , tranchée ouverte pour les contreforts CTF 559  et CTF 1443 .

Les fondations en tranchées ont parfois été surmontées pour les parements extérieurs d'une première assise en blocs réguliers, identique à ceux de l'élévation, mais présentant parfois un ressaut : c'est le cas pour les contreforts CTF 559 , CTF 1245  ainsi que pour le parement sud du mur 1001 , observé près de la tourelle de latrines.

La tourelle de latrines a nécessité des fondations bien plus profondes que celles des murs gouttereaux. Le mur 1005 , constituant la paroi orientale des latrines, montre ainsi un décalage de 3,5 m entre la fondation à l'extérieur, à l'est (50,8 m NGF) et la fondation au fond du conduit (47 m NGF environ, Fig. 2-11). Au fond, les fondations sont constituées de blocs de moyen et grand appareil formant un ressaut sur trois côtés et liés au mortier de chaux, puis les parois ont été construites, probablement plaquées contre les bords d'une grande fosse de fondation, observée à l'est (F.1206 ).

Les supports centraux situés dans la partie occidentale du bâtiment ont été construits à une altitude différente de celle des supports orientaux, qui, eux, ont nécessité des fondations maçonnées très élevées.

Le support 1009  a ainsi été construit en partie au-dessus du mur 1017 , une fois arasé (Fig. 2-13). La fondation comporte une fosse de plan circulaire comblée de moellons et de mortier (EA 1304 ), surmontée d'un socle de plan carré formé de blocs de moyen appareil disposés en une seule assise, dont la surface est située à 51,15 m environ (EA 1303 ). Cette altitude, l'équivalent d'une assise de plus que les supports orientaux, confirme l'hypothèse d'un arasement partiel de ces derniers.

L'emplacement des deux supports situés plus à l'ouest (EA 1010  et EA1316 ) a été identifié par la présence de fondations profondes aménagées dans des fosses de plan circulaire, comblées de moellons et de mortier et affleurant des couches antérieures à 51 m NGF environ (Fig. 0-67), mais il est difficile de déterminer leur datation, tous les supports ayant été modifiés lors de la phase 4 (cf. 3.1.2.2).

Des remblais au centre du bâtiment (Agr.687, 760)

Un ensemble de remblais a été déposé, recouvrant les niveaux de démolition du mur 1017 . Ces couches contiennent de nombreux fragments de tuiles creuses glaçurées, qui indiquent un dépôt contemporain des couches de l'agrégation 732 à l'est.

En revanche, leur chronologie avec la construction des murs et des supports n'est pas assurée, toutes les bases ayant été perturbées par la suite, ce qui a coupé certaines relations stratigraphiques.

Ces remblais sont recouverts de fins niveaux d'occupation, résultant du piétinement lors du chantier près de l'ancien mur 1017  (Agr.585, 687).

Des trous de poteau : la fin du chantier ? (Agr.584, 585, 686)

Enfin, une série de fosses et de trous de poteau de tailles variées correspond peut-être au chantier de construction des voûtes dans la partie centrale du bâtiment, à la jonction des deux édifices (Fig. 2-1). Des décaissements ultérieurs, aussi bien à l'est qu'à l'ouest, ont peut-être masqué la présence d'autres structures contemporaines, ou bien des échafaudages n'ont été nécessaires qu'ici, pour des raisons structurelles, du fait du changement d'orientation des murs à cet endroit.

Trois trous de poteau ont été identifiés : deux de taille réduite, mesurant 20 et 50 cm de diamètre et comblés de sable de Loire (F.1146 , F.1156 ), et un troisième associant une fosse de 1 m de diamètre et un négatif de poteau de 35 cm de diamètre (F.1158 ). Ces structures sont placées à l'ouest de l'ancien mur M.1017 , au nord du support central EA 1009  (Fig. 0-62).

À l'est de l'EA 1009 , deux autres fosses ont été creusées dans les remblais : une fosse peu profonde au sud, contre le mur 1001  (F.1211 ), et une autre au centre, comblée de fragments d'ardoises (F.1204 ).

Une dernière fosse, elle aussi comblée de nombreuses ardoises (F.1142 ), est située contre le mur nord 1002  et dans le même alignement que les deux précédentes (Fig. 3-15). Elle pourrait être contemporaine des autres, mais ses relations stratigraphiques sont difficiles à définir du fait des perturbations ultérieures et elle pourrait appartenir à la phase 4 (Agr.571). Au fond du creusement, quatre carreaux de terre cuite de 19 cm de côté semblent avoir constitué une assise pour un support, peut-être un poteau d'échafaudage.

Cette hypothèse pour la fonction de ces fosses implique que les élévations des murs ont déjà été construites à ce stade du chantier, mais il n'en existe pas de traces directes : ni mortier ni couche de tuffeau concassé. Cette observation, ainsi que la nature des couches immédiatement postérieures, démontrent que l'intérieur de l'édifice a subi des nettoyages et des décaissements par la suite, qui ont effacé les dernières traces du chantier, mais également l'essentiel des niveaux de sol originels du bâtiment.

2.1.3 Les élévations

À l'issue des travaux réalisés, le bâtiment 2 mesure 54 m de long pour 12 m de large hors œuvre, correspondant pour un tiers aux maçonneries réutilisées du bâtiment 5 (Fig. 2-1, 2-3). La largeur du bâtiment et des murs eux-mêmes a été définie en fonction des caractéristiques de ce premier édifice, l'objectif étant manifestement d'harmoniser l'ensemble, malgré le changement d'orientation et l'emploi de matériaux de construction différents.

Les murs du bâtiment 2, larges de 1 m, sont construits en blocs de moyen appareil de tuffeau jaune, formant un appareil réglé, dont les assises mesurent 18 à 40 cm de haut, soit un module plus grand que les blocs du bâtiment 5, avec des variations plus importantes dans les modules d'une assise à l'autre (Fig. 0-48, 9-10). Les parements intérieurs présentent également des variations d'une travée à l'autre, ce qui indique probablement des phases de chantier différentes. Par exemple, de part et d'autre de la colonnette engagée EA 1315  dans le mur sud M.1001 , le ressaut de fondation n'est pas au même niveau et les assises de l'élévation sont de hauteurs différentes (Fig. 0-48). Les parements extérieurs, en partie haute, semblent plus réguliers, les hauteurs d'assises filant d'une travée à l'autre, entre les contreforts (M.505 , Fig. 0-74).

Les blocs sont liés au mortier de chaux, les joints mesurant 2 à 5 cm d'épaisseur. Il s'agit à l'origine de joints plats, conservés à certains endroits de l'édifice, dans les parties hautes essentiellement, mais le mortier fortement altéré forme à présent des joints creux.

De nombreuses traces d'outils sont visibles sur les blocs : traces de layage oblique régulier ou non, ou traces de ciseau plus larges (Fig. 2-14). Certains blocs présentent au contraire des faces lissées, usées, aux arêtes émoussées. Il peut s'agir de détériorations dues à l'eau dans le cas des blocs de la face nord du bâtiment ou des parements internes de la tourelle de latrines.

Les murs gouttereaux, conservés dans la partie occidentale du bâtiment, mesurent 11 m d'élévation, si l'on restitue un niveau de sol proche de celui observé à l'est, soit aux alentours de 51,20 m NGF (cf. 2.1.4). Ces murs étaient couronnés d'une corniche intérieure en quart de rond, mesurant 20 cm de haut pour 8 à 18 cm de saillie, et formée de blocs de 50 à 80 cm de long. La charpente reposait sur cette corniche, aucun autre support n'ayant été identifié pour cette phase. Le mur pignon, lui, mesurait 19,5 m d'élévation à l'origine, mais il a été écrêté sur plus de 4 m au 19e siècle (M.501 , Fig. 0-71).

Le couronnement des murs à l'extérieur ne comporte pas de corniche ni aucun aménagement, bien qu'une corniche à modillons soit représentée à l'extrémité orientale du bâtiment sur un dessin du 19e siècle. Cela montre que cette partie, correspondant à l’ancien bâtiment 5, a pu conserver des éléments architecturaux hérités de la phase 2 (cf. 1.2.2.2, Fig. 0-185).

De nombreux trous de boulin sont visibles dans les maçonneries, essentiellement dans les parties hautes et dans les parties moins remaniées. Le pignon ouest comporte ainsi quatre rangées de trous de boulin de 15 cm de large irrégulièrement répartis dans l'élévation, à 54,4 m, 57,8 m, 62,8 m, 64,1 m et 65,8 m NGF, les trois rangées supérieures définissant des espacements d'une hauteur de 1,2 m (Fig. 2-15). Le mur sud comporte lui aussi plusieurs rangées de trous de boulin, mais les espacements verticaux sont parfois très réduits, jusqu'à une seule assise d'écart (54,9 m, 57,7 m, 61,7 m, 62,1 m NGF, Fig. 2-16). Au moins une partie de ces trous de boulin sont traversants, notamment la rangée située dans le mur sud, deux assises au-dessous de la corniche. Toutefois, cette répartition inégale rend difficile la restitution des échafaudages correspondants.

Des contreforts à ressauts successifs et glacis sommital rythmaient toutes les façades, mais leur répartition et leurs formes semblent inégales (Fig. 2-1). Le pignon occidental en comportait trois : deux contreforts latéraux s'arrêtant 1 m plus bas que le sommet des murs gouttereaux (CTF 541 , CTF 561 ), et un contrefort central s'élevant au moins jusqu'à 66 m NGF (CTF 540 ). Ils mesurent 1,3 m de large pour 1,1 m d'épaisseur. Les deux contreforts occidentaux des murs gouttereaux ont des dimensions similaires, encadrant le passage occupant toute la première travée du rez-de-chaussée, large de 4,7 m (CTF 544  et 546 , CTF 557  et 559 , Fig. 0-75). Le contrefort nord occupant l'extrémité actuelle du mur conservé en élévation est légèrement plus petit : 1,2 m de large pour 80 cm d'épaisseur (CTF 549 ). Il est de plus nettement plus éloigné des autres, 9,45 m d'écartement, correspondant à deux travées. Le contrefort situé à l'opposé dans le mur sud est, lui, plus large (2,9 m) et plus haut que les autres, mais cela ne semble justifié ni par des raisons structurelles, ni par la présence d'une cheminée (CTF 545  ; cf. 2.1.8.3).

Dans la partie non observée des murs, hors de la zone de fouille, il est difficile de déterminer s'il existait des contreforts, puisqu'ils ne sont pas systématiquement associés à chaque travée. Plus à l'est, deux contreforts sont restitués au nord, d'après la forme des fondations du mur nord (CTF 1440 , 1443 , secteur 12), tandis que la tourelle de latrines au sud devait en partie remplir un rôle de contrebutement (EA 1341 ).

Les contreforts suivants correspondent à la jonction entre les deux bâtiments 5 et 2 : le contrefort nord mesure 1,7 m de large pour 0,85 à 1,3 m d'épaisseur (CTF 1127 ), tandis que le contrefort sud, partiellement observé, mesure 95 cm d'épaisseur (CTF 1245 ).

Au moins deux contreforts appartenant à la phase précédente existaient dans le pignon est, mais il est possible que celui situé au centre ait été arasé au moment de la construction d'un nouveau contrefort dans l'axe des supports (CTF 1381 ). Un dernier contrefort a été aménagé contre le mur sud, mais seule son arase a été observée (CTF 1253 ), tandis que le tronçon oriental du mur nord ne semble pas avoir comporté de contreforts.

Ces 18 contreforts, observés ou restitués, correspondent donc à la fois à un héritage du bâtiment antérieur réaménagé, à une volonté de renforcer l'édifice aux emplacements les plus fragiles, mais aussi de rythmer les élévations du bâtiment une travée sur deux (Fig. 2-1, 0-26, 0-30).

2.1.4 Les sols (Ens.4011)

Le sol intérieur du bâtiment 2 est très mal connu pour la phase 3, correspondant à sa construction et à son occupation originelle. Au-dessus des remblais déposés dans l'emprise de l'ancien bâtiment 5 comme dans l'extension formant le bâtiment 2, le sol intérieur a été perturbé à plusieurs reprises. Outre les décaissements réalisés à la période moderne, le sol originel semble avoir été arasé dès la phase 4, puisqu'un niveau de chantier du 14e siècle et des sols du 15e siècle recouvrent immédiatement des remblais et des tranchées de construction de la phase 3.

Un seul lambeau de sol, situé au-dessus de l'ancien mur 1028  et près du mur gouttereau sud M.1001 , peut être associé au sol originel, à la cote de 51,2 m NGF. Ce sol est constitué d'un radier de moellons recouverts d'un niveau de mortier gris épais de 10 cm, à la surface lissée, et qui recouvre la tranchée de construction du mur 1001  (US 42814, Fig. 0-66). Au-dessus, un fin niveau marron correspond au dépôt lié à l'occupation de l'édifice (US 42813). La mise en place de ce sol de mortier a peut-être permis de rétablir l'horizontalité du sol, à la hauteur des supports du mur nord (51,2 m NGF), ceux du mur sud étant situés plus bas pour la plupart.

En ce qui concerne le passage occidental, le sol intérieur n'a pas pu être observé et la fouille au nord et au sud de chaque côté du bâtiment a montré que l'entretien régulier du passage a arasé les couches de sol originelles, ne laissant en place que des niveaux de sols postérieurs (14e siècle au nord et 16e siècle au sud). Toutefois, nous savons qu'une pente du sol doit être restituée si l'on se fonde sur l’altitude des tranchées de fondations des murs : 51,5 m NGF au nord pour 50,7 m NGF au sud (Fig. 2-11). Cette pente était nécessaire pour assurer la circulation de part et d'autre de l'édifice, mais elle implique une différence de niveau avec le sol intérieur à l'est du mur de refend M.502  (51,2 m NGF). La porte de communication entre les deux espaces (POR 564 ) a ainsi été positionnée au nord dans le mur 502 , où les deux sols semblent coïncider(cf. 2.1.5.4).

Au sud du bâtiment, un secteur a fourni des couches pouvant correspondre à l'occupation immédiatement postérieure à la construction du bâtiment (Agr.620). Elles comprennent des couches ayant servi à niveler le sol alternant avec des couches d'occupation, recouvertes par des couches de mortier dont il ne reste que des lambeaux. Le sommet de cette séquence correspond à 51 m NGF, mais les sols ont pu être établis plus haut, et arasés par l'entretien des abords de l'édifice. La céramique associée est datée 12c-14d (groupes techniques to7b ; to1k) et l'ensemble est scellé par des couches du 13e siècle ou du début du 14e siècle.

2.1.5 Les couvrements intérieurs

L'édifice comportait deux niveaux, restituables à partir des supports découverts en fouilles et des éléments conservés en élévation, c'est-à-dire le passage occidental ainsi que les vestiges des voûtes observés juste à l'est de celui-ci (Fig. 2-3).

Le niveau 1, en partie enterré côté nord d'après les niveaux de sol observés, était couvert de voûtes culminant à 5,5 m de haut (56,8 m NGF) avec des arcs doubleaux situés à 56,2 m NGF. Ces voûtes définissent un deuxième niveau de 5,6 m de haut jusqu'aux corniches des murs gouttereau, mais mesurant le double si l'on restitue un espace sous charpente (cf. 2.1.5.4).

2.1.5.1 L'organisation du niveau 1

Il existait au moins deux pièces distinctes au niveau bas : un passage à l'ouest et un grand volume à l'est.

À l'extrémité ouest du bâtiment, le passage couvert est délimité par le mur pignon (M.501 ) et par un mur de refend limité en hauteur au rez-de-chaussée (M.502 , Fig. 0-72, 2-17). Ce passage est ouvert de part et d'autre par deux grands arcs à double rouleau de claveaux occupant toute la largeur de la travée, soit 4,70 m entre les contreforts (ARC 504  et 552 ).

L'espace oriental est constitué de neuf travées dont l'entraxe est de 4,7 à 5,4 m (Fig. 2-3). Les traces d'arrachement des voûtes observées dans la travée 3 à partir de l’ouest impliquent une largeur plus grande de la travée 4, qui pourrait indiquer la présence d'un second mur de refend, situé dans l’axe du contrefort plus large. Cette disposition reste toutefois hypothétique, le mur n'ayant pas été observé directement.

Les dix travées composant l'ensemble du bâtiment étaient délimitées par des supports latéraux et des supports centraux, surmontés de voûtes sur croisées d'ogive, dont une seule travée est conservée à l'ouest.

2.1.5.2 Forme des supports du niveau 1

Les supports du passage occidental ont été fortement modifiés : les ogives s'achèvent sous la forme de culots grossiers dans les angles, résultat probable du bûchage des supports originaux.

Les informations sont plus précises à l'est du mur de refend M.502  : le piquetage partiel du mur de refend moderne M.503  a permis le dégagement d'une colonnette engagée à chapiteau et du départ des voûtes d'ogives associées (COL 613 , ARC 614 , VOU 588  et 611 , Fig. 0-56, 2-18). De plus, la fouille à l'est a permis d'observer la partie basse de quatorze supports latéraux, dont certains, mieux préservés, conservent leur forme originelle et leurs moulures (COL 1051 , 1124 , 1165 , Fig. 2-10), et de cinq supports centraux. Il est ainsi possible de restituer l'état originel des supports de la voûte (Fig. 2-19).

Les supports latéraux sont constitués de colonnettes engagées de 30 cm de diamètre – ou 22 cm pour les supports des angles – pour 2,8 m de haut, base et chapiteau compris. Leurs bases, mesurant 50 cm de haut, sont constituées de socles carrés surmontés de moulures de plan circulaire : un tore en demi-cœur renversé, une scotie entre deux filets puis un tore d'un diamètre plus petit. Deux des bases semblent toutefois présenter des moulures plus simples (COL 1167 , COL 1170 ).

Les chapiteaux sont, eux, constitués d'un astragale torique, d'une corbeille lisse passant d'un plan circulaire au plan carré, et sont surmontés de tailloirs moulurés d'un cavet, d'un filet, d'un tore puis d'un bandeau. L'ensemble mesure 55 cm de haut pour 60 cm de long et 40 cm de large.

Les supports centraux ne sont connus que par les socles cubiques sur lesquels ils étaient implantés, les élévations ayant été modifiées à la phase suivante. Il est toutefois possible de proposer des formes similaires aux supports latéraux, avec un diamètre supérieur pour supporter la retombée des voûtes.

2.1.5.3 Les voûtes du niveau 1

Les témoins directs des voûtes sont limités à la partie du bâtiment en élévation : le passage occidental comporte encore le couvrement d'origine (VOU 505  et 566 , Fig. 2-17), tandis que les voûtes situées à l'est du mur de refend sont attestées par les traces d'arrachement dans les murs et le tronçon conservé dans le mur 503  (VOU 587 , 588 , 611 , 612 ).

Le passage est délimité par deux arcs clavés à double rouleau dans les murs nord et sud faisant office d'arcs formerets et comporte un arc doubleau asymétrique, avec un second rouleau côté sud uniquement (ARC 565 , Fig. 2-11). Les murs latéraux est et ouest sont dépourvus d'arcs formerets, les voûtains s'implantant directement au-dessus des assises des murs. Les arcs d'ogive sont formés d'un tore associé à un bandeau aux angles moulurés de cavets.

La présence de voûtes à l'est du passage est attestée par les traces d'arrachement des voûtes dans les murs gouttereaux M.505  et 506  ainsi que dans la face orientale du mur de refend M.502  (Fig. 0-34, 0-40). La forme des arcs en plein cintre est identique à celle des voûtes encore en place et les traces d'arrachement montrent également la forme des supports latéraux. Les tronçons d'arcs conservés au-dessus de la colonne COL 613  démontrent que les arcs doubleaux nord-sud (ARC 614 ) avaient un profil identique aux arcs d'ogive et que les arcs s’interpénétraient au-dessus des supports latéraux, seuls conservés (Fig. 0-56). Les arcs doubleaux est-ouest avaient probablement des formes identiques, étant donné la largeur du support central du mur oriental.

La forme et les dimensions de l'arc doubleau du passage constitueraient donc une mise en œuvre particulière, peut-être liée à la fonction de cet espace. Les travées des voûtes de la pièce principale étaient donc de dimensions légèrement supérieures à celles du passage, avec des arcs doubleaux moins massifs. Nous ignorons toutefois s'il existait des arcs formerets dans les murs : les blocs témoignant de l'arrachement des voûtes pouvant correspondre à des claveaux comme à des blocs des voûtains.

2.1.5.4 Le couvrement du niveau 2

La continuité du décor peint sur le pignon M.501  au-dessus du niveau des murs gouttereaux indique que le niveau 2 était couvert par la charpente, sans plafond limitant la hauteur (Fig. 2-3).

Les observations sur les probables bois de la charpente, en remploi (cf. 2.1.7, Avrilla 2012a-b) montrent des traces de clous d'un lambris posé sous les bois formant une charpente voûtée, mais il est difficile de s'assurer que cet aménagement est contemporain de la première phase du bâtiment 2.

L'espace défini pour le niveau 2 mesurait ainsi environ 11 m de haut jusqu'aux entraits retroussés, d'après la restitution de la charpente proposée par Raphaël Avrilla.

2.1.6 Les ouvertures

L'édifice comporte de nombreuses ouvertures très variées, témoignant d'une rationalisation des besoins liés aux occupants et à l'environnement du bâtiment.

2.1.6.1 Les portes

Les deux arcs ouvrant le passage occidental au nord et au sud du bâtiment mesuraient 4,2 m de haut au nord et 4,8 m au sud (ARC 504  et 552 , Fig. 0-39, 2-20), la différence s'expliquant par la pente du terrain, qu'il a été nécessaire de compenser. Si le sol intérieur n'a pas été observé directement, le niveau des fondations du bâtiment est connu : 51,5 m NGF au nord et 50,7 m NGF au sud. Même si l'on restitue une épaisseur supplémentaire pour la construction du sol de circulation, il existait nécessairement une pente dans l'emprise du passage. L'altitude de 51,2 m, observée pour les sols à l'est, est atteinte au nord de l'arc doubleau 565 . C'est donc à cet emplacement qu'une petite porte ouvrant dans le vaisseau principal du rez-de-chaussée a été créée (POR 564 ), où les deux niveaux de sol semblent coïncider pour faciliter la circulation (Fig. 0-33, 0-34).

Cette porte était couverte d'un arc clavé en plein cintre, fortement perturbé par une reprise moderne. Les claveaux sont encore visibles dans la face est du mur 502 , mais pas de l'autre côté, ce qui implique une asymétrie de l'ouverture : la feuillure étant probablement située côté est, l'ouverture était donc plus basse à l'ouest. L'arc de couvrement est situé à 54,1 m NGF, ce qui permet de restituer une hauteur de la porte de près de 3 m pour 1,3 m de large.

Les deux portes situées à l'est, héritées du bâtiment 5, sont toujours en fonctionnement après la construction du bâtiment 2. L'édifice comportait donc une large porte dans le pignon oriental (POR 1250 ) et une plus petite au sud (POR 1255 , Fig. 2-3). Le couvrement de ces portes n'est pas connu, mais les ouvertures ne semblent pas avoir été modifiées depuis la phase précédente, l'insertion des colonnettes d'angles n'ayant pas perturbé les piédroits.

Une dernière porte, située au centre du mur nord, semble, malgré quelques incertitudes, plutôt correspondre à un percement plus tardif (POR 1345 ). Il est plus probable que cette porte, à la position strictement centrale dans le bâtiment (travée n°6 à partir de l'ouest), résulte de l'agrandissement d'une baie (cf. 2.1.6.2).

Le vaisseau oriental du rez-de-chaussée était donc desservi par trois portes situées aux deux extrémités, une disposition qui devait faciliter les circulations dans cet espace.

Une seule porte est encore conservée à l'étage, à l'extrémité occidentale du mur sud M.505 , au-dessus du passage (POR 512 , Fig. 2-3, 2-21, 2-22, 0-27). Des claveaux et une partie du piédroit oriental sont encore visibles côté intérieur, l'autre piédroit se confondant avec l'angle du mur 501 . L'ouverture mesurait 3 m de haut pour 1,3 m de large et comportait un décor peint de faux claveaux formés de colonnettes à chapiteaux stylisés (cf. 2.1.9). Le niveau du seuil de la porte semble être situé 10 cm au-dessous du sol actuel, constitué d'un plancher. En effet, c'est le niveau atteint par le bouchage de la porte et par les traces de faux-joints sur le mur.

À l'extérieur, l'ouverture est attestée par le négatif de l'extrados des claveaux, le parement ayant été perturbé par une reprise résultant du bouchage de la porte. Ces traces permettent de déterminer que le couvrement de la porte était plus bas du côté extérieur (59,5 contre 61,1 m NGF, pour un sol de l'étage situé autour de 57 m NGF). La position de cette porte, ouvrant à l'étage à l'aplomb du passage, implique l'existence d'une structure en bois, peut-être une galerie accolée à la façade sud. Aucun trou d'encastrement dans le mur 505  ne peut être associé à cette structure, principalement à cause de la reprise du parement, mais ce type d'aménagement ne laisse pas nécessairement de traces dans les maçonneries, puisqu'il peut être implanté au sol, même de façon légère. Le sondage réalisé au pied du passage n'a pas permis d'identifier de structures pouvant correspondre à cet aménagement, mais il était d'une surface très réduite.

La position de cette porte, au sud du bâtiment, implique qu'il ne s'agissait peut-être pas de l'accès principal à l'étage, qui devait se faire au nord, où l'accès est plus direct depuis l'entrée du monastère. Les murs ne conservant aucune trace d'escalier intérieur, il faut probablement restituer une porte associée à un escalier extérieur, en bois ou pierre, mais dont la position est inconnue. Seul vestige d'interprétation incertaine, un alignement de blocs est visible à l'étage le long du contrefort CTF 549  : il pourrait s'agir du piédroit oriental d'une porte d'après le niveau des blocs (OUV 550 ), mais il peut aussi résulter des remaniements ultérieurs de la façade (Fig. 0-39).

2.1.6.2 Les baies

Les baies du rez-de-chaussée

Une seule ouverture est attestée au rez-de-chaussée dans le mur nord, à l'est du mur de refend M.503  (BAI 610 ). Cette ouverture a été agrandie par la suite, mais un piédroit et quelques claveaux ont été préservés côté intérieur (Fig. 2-23).

La baie, couverte d'un arc clavé en plein cintre, mesurait 1,3 m de large à l'intérieur pour 70 m environ à l'extérieur, avec une hauteur supérieure à 2 m. Elle comportait un ébrasement intérieur et probablement un appui en glacis dont la dimension est incertaine. Elle était positionnée en haut du mur, à 56,1 m NGF, juste sous la voûte, et était centrée dans la travée.

Les remaniements du mur nord empêchent de déterminer s'il existait une baie similaire dans la travée suivante, mais il est possible de restituer au moins une baie dans une travée sur deux pour tout le rez-de-chaussée (Fig. 2-3). La sixième travée devait donc comporter une fenêtre, dont l'agrandissement par la suite a dû créer la porte 1345 .

Dans le mur sud, les enduits de ciment postérieurs masquent l'essentiel de la maçonnerie et de grandes portes ont été percées à la période moderne. Il est donc difficile de déterminer s'il existait des baies similaires à l'origine et les quelques claveaux identifiés semblent appartenir à une ouverture postérieure à la construction initiale.

Les baies de l'étage, mur nord

Une seule fenêtre a été conservée dans le mur nord M.506  à l'étage, mais elle a été fortement remaniée, remplacée par une porte dont l'aménagement a toutefois épargné les claveaux d'un arc en plein cintre et quelques blocs en retrait, seuls vestiges de la structure interne de la baie (BAI 643 , Fig. 2-24, 2-25, 0-27, 0-28).

La forme et la taille de l'ouverture incitent à restituer une fenêtre à baies géminées, mesurant 2,3 m de haut sous l'archivolte (à 60,8 m NGF) pour 2,2 m de large (Fig. 2-26). La baie comportait une archivolte clavée en plein cintre bordée par une moulure torique se prolongeant en colonnettes avec bases sur les piédroits (Fig. 2-27). Sous cet arc, il est possible de restituer deux baies séparées par une fine colonnette à chapiteau, peut-être jumelée, selon un parti couramment utilisé dans l'habitat civil de Tours à la même période (par exemple 6 rue Henri Royer, 2 rue du Poirier, Marot 2013 : études 1 et 97). Les deux blocs conservés sous le surplomb de l'arc couronnaient donc les blocs constituant les arcs des deux baies intérieures, mesurant 70 cm de large environ, d'après les dimensions intérieures de la baie.

Côté intérieur, la baie mesurait 1,45 m de large et 3,4 m de haut, avec une allège d'un mètre de haut. L'ouverture semble s'arrêter une assise au-dessus du sol actuel, soit 30 cm au-dessus du sol d'origine restitué : la baie comportait peut-être une marche.

Les claveaux de l'arc étaient soulignés de traits ocre rouge formant des colonnettes stylisées et des faux-joints rouges étaient tracés sur toute l'élévation ainsi qu'à l'intérieur de la baie, sur l'intrados et au revers des blocs de couvrement (Fig. 2-28, 2-29).

Cette ouverture soignée, construite dans le mur nord du bâtiment 2, était manifestement destinée à être vue. Elle est l'unique fenêtre identifiée à l'étage entre les deux contreforts 549  et 557  et elle est centrée sur la deuxième travée des voûtes du rez-de-chaussée, au-dessus de la baie 610 . Cette disposition incite à restituer des baies similaires éclairant l'étage une travée sur deux à chaque niveau pour le reste de l'édifice (cf. 2.4.5).

Les baies de l'étage, mur sud

Dans le mur sud, deux baies sont attestées à l'étage, prenant la forme de lancettes en plein cintre. Elles ont toutes deux été bouchées et perturbées par la création de baies plus grandes, mais les vestiges conservés permettent une restitution (OUV 522 , OUV 547 ). Une autre fenêtre postérieure a pu remplacer une troisième baie similaire sans en laisser de traces, près de la porte POR 512  (Fig. 0-28).

Côté extérieur, elles mesurent 1,7 m de haut pour 40 cm de large et sont couvertes d'un bloc en chapeau de gendarme échancré en arc en plein cintre (Fig. 2-30, 2-31). Le bouchage laisse apparaître un léger ébrasement extérieur, mais il est difficile d'en déduire la dimension minimale du jour. À l’intérieur, ces baies ouvrant à la même hauteur que les baies du mur nord (60,8 m NGF) sont couvertes par deux blocs échancrés en arcs en plein cintre et mesurent au moins 2 m de haut pour 70 m de large.

La technique de construction de ces ouvertures est simple, mais le décor peint ajoute des détails en trompe l’œil, définissant de faux claveaux de 8 à 15 cm de large délimités par des colonnettes à chapiteaux stylisés (cf. 2.1.9, Fig. 2-32).

Ces deux baies, espacées de 3 m, semblent centrées sur la façade par rapport aux contreforts extérieurs plutôt que par rapport aux travées intérieures du rez-de-chaussée (Fig. 2-3). Elles sont respectivement éloignées de 1,9 m et de 2,4 m des contreforts, alors que l'ouverture OUV 547  est située presque à la verticale d'un des supports latéraux du niveau 1, à cause de la largeur plus grande du contrefort CTF 545 , qui a réduit l'espace disponible. Cette disposition indépendante de l'organisation interne de l'édifice, contrairement à ce qui a été fait pour la façade nord, montre avant tout une volonté de répartir régulièrement les ouvertures, pour des raisons pratiques ou esthétiques.

Pour la restitution des autres travées détruites, il faut donc privilégier cette logique de répartition entre les contreforts et la tourelle de latrines, constituant un autre élément perturbant dans l'organisation de la façade.

En ce qui concerne les élévations de l'ancien bâtiment 5, on suppose qu'il comportait un étage dès l'origine, et qu'il était éclairé par des baies géminées restituées à partir des blocs découverts (cf. 1.2, phase 2). Toutefois, nous ignorons quelle était la répartition de ces ouvertures et si la construction du bâtiment 2 a entraîné des modifications. Les baies géminées des phases 2 et 3 sont relativement similaires en ce qui concerne la forme, mais les plus anciennes sont nettement plus petites que celles construites pour le bâtiment 2. De plus, la forme des baies construites lors de la phase 3 indique une volonté d'optimisation des ouvertures, peut-être incompatible avec les dispositions précédentes.

En effet, les baies situées à l'étage côté nord, ouvrant vers l'entrée du monastère, sont très soignées et relèvent d'une volonté ostentatoire, alors que les baies en lancette situées au sud sont plus réduites et de forme très simple. Cette forme permettait probablement de préserver la tranquillité du monastère de ce côté de l'hôtellerie, inaccessible aux laïcs, en répondant à des critères principalement fonctionnels, même si les décors peints apportent une homogénéité à l'intérieur du bâtiment, dans la pièce de l'étage. Au rez-de-chaussée, la fonction des ouvertures est d'éclairer et d'aérer une pièce partiellement enterrée : les baies sont simples mais plus larges que celles de l'étage côté sud.

Un dessin du début du 19e siècle montre l'extrémité orientale de la façade nord du bâtiment avec plusieurs contreforts et baies en plein cintre à l'étage, et ce qui semble être une corniche à modillons au-dessus (cf. 1.2.2.2, Fig. 0-185).Il est difficile de déterminer s'il s'agit des baies originelles du bâtiment 5 ou d'une reprise lors de la phase 3 ; dans les deux cas il s'agit d'ouvertures inchangées jusqu'à la période moderne.

Ainsi, l'édifice devait comporter au minimum cinq baies en lancette au rez-de-chaussée au nord alignées avec les cinq fenêtres à baies géminées à l'étage, et probablement huit à neuf baies en lancette à l'étage côté sud (Fig. 2-3).

2.1.7 La charpente et la toiture

2.1.7.1 Charpente : quels éléments pour la restitution ?

Nous possédons peu d'éléments en place pour la restitution du couvrement du bâtiment 2, la charpente ayant été entièrement remaniée au début du 19e siècle, après la destruction des deux tiers orientaux de l'édifice (cf. 8.2, Phase 9). Le sommet du pignon occidental M.501 , d'une pente d'environ 56°, a de plus été écrêté, et ses rampants partiellement repris côté sud. Il ne comporte aucune trace correspondant à la charpente médiévale, qui était probablement accolée et non ancrée dans le mur. On devine de légers ressauts au sommet des rampants et les murs gouttereaux comportent une corniche continue qui supportait les fermes.

L'étude de Raphaël Avrilla portant sur la charpente reconstruite au 19e siècle a révélé la présence d'un lot de sept pièces de bois en remploi de 4,9 m de long environ, correspondant à des entraits retroussés, caractéristiques d'une charpente voûtée, avec assemblages à embrèvement (lot 3, Avrilla 2012a-b). La dendrochronologie effectuée sur ce lot fournit une datation de 1175-1191 pour l'abattage des arbres (http://www.dendrotech.fr/fr/Dendrabase/site.php?id_si=033-24-37261-0002). Si les éléments conservés sont trop partiels pour proposer une restitution complète, Raphaël Avrilla avance toutefois l'hypothèse d'une charpente voûtée à chevrons formant ferme et comportant des contrefiches, d'après les traces d'encastrement dans les entraits retroussés (Fig. 2-33, 2-34).

Il est donc possible qu'il s'agisse de bois provenant de la charpente de l'hôtellerie, construite par Hervé de Villepreux dans les années 1180 (cf. 2.4.4), puisque la datation des bois correspond et que la forme restituée de la charpente est compatible avec la dimension du bâtiment et avec la pente du pignon ouest du bâtiment, encore partiellement conservé.

La pente du toit, à 56° environ, est donc plus forte que celle restituée pour le bâtiment antérieur, ce qui pourrait impliquer une reconstruction partielle ou totale du pignon oriental du bâtiment 5 pour s'adapter à la forme de la nouvelle construction (Fig. 2-3). L'hypothèse d'une pente à près de 60° dès le début du 12e siècle semble à exclure, étant donné les pentes de toitures observées pour cette période : elles sont généralement inférieures à 50°, avant un relèvement des pentes des toitures qui semble être une tendance répandue dans le nord et le nord-ouest de la France au début du 13e siècle (Hoffsummer et Mayer 2002 : 151 ; Hoffsummer 2011b : 320). Une pente à 60° semble être le maximum attesté en Anjou pour les environs de 1200 (Hunot 2004 : 234).

Nous savons que les constructeurs ont rejeté massivement les tuiles couvrant le bâtiment 5 ; même si une partie des matériaux a pu être conservée pour les réutiliser, l'hypothèse la plus probable est l'utilisation d'un nouveau matériau de couverture. Aucune tuile plate n'ayant été découverte sur le site pour la période médiévale, le matériau choisi est probablement l'ardoise. En effet, si la pente du toit n'est pas un critère strictement déterminant pour le matériau de couverture (communication orale Jean-Yves Hunot), une couverture lourde de tuiles creuses et mortier est peu indiquée et l'ardoise est plus facile à mettre en œuvre pour des pentes de toit supérieures à 50° (Hoffsummer et Mayer 2002 : 151).

2.1.7.2 L'ardoise comme couverture ?

L'ardoise est un matériau attesté sur le site depuis le haut Moyen Âge (Agr.586, 833, 859, 866, 886, 888), où l'on en trouve de petites quantités, mais parfois de gros fragments, sans pouvoir déterminer sous quelle forme il a été utilisé à l'origine : couverture d'un bâtiment ou coffrages de sépultures ? On en trouve notamment comme constituant de niveaux de sols extérieurs au 12e siècle (Agr.623), puis dans le cimetière attenant, côté nord, au bâtiment au 13e siècle (Agr.562) ou dans la cour située au sud de l'édifice, de la fin du 14e au 17e siècle (Agr.549, 538). À l'intérieur du bâtiment également, on en trouve sous forme de paillettes dans des niveaux de chantier à la fin du 13e siècle (Agr.573, 628).

Certaines couches stratigraphiques ont toutefois révélé des ardoises assurément destinées à des toitures, archéologiquement complètes et comportant des trous de fixation à une extrémité (Fig. 2-35). On en trouve ainsi dans un niveau de remblais appartenant à la phase 2 du cimetière (12e siècle, Agr.618), dans le conduit de latrines (dans des niveaux correspondant à son fonctionnement aux 12e-13e siècles et à son abandon au tournant des 13e-14e siècles, Agr.825 et 838, Fig. 2-36), en comblement de fosses des 12e-13e siècles (F.1204 , Agr.686) ou du début du 14e siècle (F.1142 , Agr.571, Fig. 3-15), dans le comblement d'une sépulture des 13e-14e siècles (S.53 ) ainsi que dans des couches postérieures au cimetière (Agr.519, 588, F.1023  ; 15e siècle).

La présence de ces matériaux semble indiquer une utilisation importante de l'ardoise pour les toitures dès la construction du bâtiment 2 à la fin du 12e siècle et probablement avant. Les facilités de communication avec des centres de production en Anjou et la richesse du monastère ont certainement facilité l'utilisation précoce de ce matériau à Marmoutier, peut-être dès le haut Moyen Âge.

D'autres sites des environs ont révélé l'existence de couvertures d'ardoises dès le 12e siècle, comme la chapelle Saint-Libert à Tours (Riou et Dufaÿ 2016 : 138), le Prieuré Saint-Cosme à La Riche (Dufaÿ, Capron et Gaultier 2018) ou le fort Saint-Georges à Chinon (Dufaÿ et al. 2004 : 22-24). Ces deux derniers sites ont fourni des exemplaires d'un module très similaire aux ardoises découvertes à Marmoutier dans des contextes des 12e-14e siècles (40 cm sur 15 cm environ).

Les éléments découverts témoignent de formes et de dimensions très variables, indiquant des productions distinctes et le faible nombre d'ardoises entières suggère une très forte récupération de ce matériau. S'il est donc difficile d'assurer que la couverture du bâtiment 2 a été réalisée en ardoise, l'exploitation de ce matériau à la même période est avérée.

2.1.7.3 Charpente lambrissée ou non ?

Les bois du lot 3 étudiés par Raphaël Avrilla comportaient des traces de clous pouvant correspondre à un lambris masquant la structure de la charpente : une série dont les marques sont espacées de 10 cm, d'autres de 30 cm (Avrilla 2012a : 35-36). Cette disposition particulière semble indiquer, d'après Raphaël Avrilla, que ce lambris appartiendrait à une phase postérieure à la construction du bâtiment, les contraintes techniques étant trop fortes pour les méthodes employées au 12e siècle, mais surmontables à partir de la fin du 14e siècle, avec l'utilisation de la scie pour obtenir des lames de bois de dimensions nécessaires à couvrir l'espacement entre chaque ferme.

Ainsi, la charpente aurait pu être visible lors de la première phase d'occupation du bâtiment, mais masquée par un lambris par la suite.

2.1.8 L’équipement domestique

Le bâtiment 2 comporte quelques équipements domestiques, mais la conservation très partielle des élévations gêne la compréhension globale de l'édifice.

2.1.8.1 Les latrines (Ens.4097)

Les maçonneries

La tourelle de latrines EA 1341  a été construite en même temps que le mur gouttereau sud (M.1001 ), auquel elle est chaînée (Fig. 2-37, 2-38). Elle est située au milieu du bâtiment, légèrement décalée par rapport aux travées voûtées du rez-de-chaussée (Fig. 2-3).

La tourelle rectangulaire dépasse largement du mur sud (3,9 m sur 1,95 m), tandis que le conduit intérieur (2,6 m sur 1,65 m en partie haute) empiète dans l’épaisseur du mur 1001 , moins large à cet endroit. Les murs de la tourelle mesurent 60 cm à 80 cm en partie haute. En revanche, au-dessous des niveaux de sols extérieurs, la partie basse du mur sud M.1030  est plus large, puisqu'elle comporte une arcature aveugle brisée servant d'arc de décharge (ARC 1373  ; 2,7 m de large pour 2,3 de haut, Fig. 2-39) au-dessus d'une petite ouverture couverte d'un linteau, probablement la trappe d’accès (OUV 1374  ; 1 m de haut pour 50 cm de large). L'arc de 60 cm de profondeur permet d’élargir le conduit en partie basse jusqu’à 2,3 m. Celui-ci est actuellement conservé sur 5,5 m de profondeur, de 47 m NGF à 52,5 m NGF, c’est-à-dire la cote de l’arasement des murs au 19e siècle (Fig. 0-52, 0-54). Le parement sud de la tourelle ayant été englobé dans une autre maçonnerie par la suite, la largeur du mur et le débouché de l’ouverture 1374  n'ont pas pu être observés.

Les maçonneries sont construites en blocs de moyen appareil de tuffeau jaune liés au mortier de chaux. Les arêtes émoussées et les faces lissées des blocs comme les joints creusés indiquent une forte érosion des parements en partie basse du conduit, conséquence de la fonction de latrines.

Plusieurs trous de boulin ont été observés dans les maçonneries. La première série, l'EA 1423 , correspond à quatre trous de 15 à 20 cm de côté, placés à la base de l'arc dans les murs nord et sud (48 m NGF), probablement pour la mise en place d'un cintre. Ils sont partiellement comblés de mortier de chaux. Plus haut, deux autres trous de boulin de 10 cm de côté dans le mur ouest ont une fonction indéterminée, puisqu'ils n'ont pas de pendant dans le mur opposé (EA 1379 , 49,7 m NGF, Fig. 2-40). Enfin, l'EA 1379  correspond à six trous de boulin situés dans les murs est et ouest, au-dessus de l'arc aveugle. De chaque côté, deux trous carrés de 15 cm de côté encadraient un trou rectangulaire, haut d'une assise, soit 33 cm, pour une profondeur moyenne de 25 cm. L'agrandissement de deux des trous carrés par la suite résulte peut-être du démontage des bois de l'échafaudage ou de la réutilisation des trous pour l'aménagement d'un plancher, une hypothèse qui n'est toutefois pas assurée.

Les maçonneries conservées de la tourelle de latrines semblent indiquer qu'elle ne distribuait que le deuxième niveau d'élévation, puisqu'aucune ouverture n'est attestée au rez-de-chaussée au niveau des sols médiévaux intérieurs (51,2 m NGF) comme extérieurs (50,9 m NGF, Fig. 2-3). Il faudrait donc restituer une tourelle de latrines rectangulaire s’élevant au même niveau que les murs gouttereaux, avec un accès à l'étage dont la forme nous est inconnue : couloir, réduit intérieur ? Il existait certainement des jours percés dans les élévations, mais il est difficile de restituer les dispositions originelles, les représentations iconographiques étant postérieures à la transformation de la tourelle au 18e siècle.

La fouille des couches d'occupation des latrines (Agr.825, Ens.4097)

La fouille des niveaux de fonctionnement des latrines, réalisée par la société EVEHA en 2016, a fourni des informations sur les aménagements et la durée d'utilisation de la structure (Gouzon et Mages 2016).

Après la construction des murs du conduit de latrines, au-dessus de fondations formant un ressaut, la première couche déposée, argilo-sableuse et très compacte, constituait un sol imperméable au fond de la structure (US 43187), recouvert par une couche sableuse servant de filtre (US 43185, Fig. 0-68). Au-dessus, un fragment d'une paroi en clayonnage a été découvert à plat, appartenant peut-être à un premier aménagement des latrines (US 43186), avant une réfection du sol (US 43184) et le dépôt de matières organiques (US 43183). Ces niveaux sont plus épais au sud, sous l'ouverture OUV 1374  dont l'appui était recouvert des mêmes sédiments. Cette disposition semble indiquer un dépôt depuis le sud du conduit, à l’extérieur du bâtiment, mais le bouchage ultérieur du conduit empêche de déterminer sa forme. L'existence d'un deuxième conduit vertical ne semble pas pouvoir être retenue, les dimensions de la tourelle en élévation n'étant pas compatibles avec cette hypothèse.

Le mobilier recueilli dans les couches d'utilisation des latrines comprend de nombreux éléments organiques (semelle de chaussure Fig. 10-34, fragments de bois brûlé, planche de bois circulaire pouvant correspondre à un couvercle de siège), plusieurs pots en céramique complets (Fig. 10-11), des fragments de vaisselle en verre (Fig. 10-17, 10-19) et des ardoises (Fig. 2-36).

Les analyses parasitologiques réalisées sur les sédiments de la couche 43183 ont fourni des informations sur l'état sanitaire des occupants de l'hôtellerie lors de la dernière occupation de la tourelle de latrines (cf. 10.3). La présence de six types d’œufs de parasites permet à la fois de préciser le régime alimentaire (consommation de végétaux crus, et non ou mal lavés, consommation d’abats), et de mettre en évidence l'existence de problèmes d'hygiène corporelle et/ou une mauvaise gestion des déchets fécaux humains ou animaux, des problèmes courants dans les populations médiévales (Dufour, Le Bailly 2017, Fig. 10-26).

La datation du mobilier en céramique provenant des latrines, qui a fait l'objet d'une étude spécifique (cf. 10.1.2.1), indique une utilisation jusqu’à la fin du 13e siècle ou le début du 14e siècle (groupe technique to2c ; to1d, to2a). Le curage du conduit attesté par la fouille peut expliquer à la fois l'absence de couches correspondant à la date de construction du bâtiment 2 à la fin du 12e siècle, et la présence résiduelle de céramiques de cette période, mêlées aux productions des 13e-14e siècles (groupe technique to1k).

Les dernières couches correspondant à la fonction des latrines sont recouvertes d'une couche argilo-sableuse plus claire témoignant de la fonction de dépotoir de la fosse (US 43182) Cette couche semble avoir fourni l'essentiel du mobilier recueilli : elle contenait de nombreuses céramiques dont des pichets entiers, des ardoises de couverture et des blocs de pierre dont un gravé d'une marelle, ainsi que de nombreux restes de faune. Ces éléments témoignent de rejets alimentaires ponctuels (volailles, poissons), de rebuts de boucherie, mais aussi des rejets d'animaux entiers (chiens, chats; cf. 10.4.3.4).

L'assemblage des céramiques reste très proche de celui des couches sous-jacentes, et donc une datation de la fin du 13e siècle ou du début du 14e siècle est à retenir (cf. 10.1.1.1).

Ces sédiments, correspondant au début de la phase 4, sont scellés par des couches de matériaux de démolition (US 43181, 42895-43180, cf. 3.1.1.1).

2.1.8.2 La banquette EA1347 

Dans la partie centrale du bâtiment, un aménagement a été observé contre le mur nord M.1002  : il s'agit d'une banquette en pierre mesurant 40 cm de large et 40 à 50 cm de haut, conservée en deux tronçons sur 8,4 m de long (EA 1347 , Fig. 0-50, 2-3). L'assise, située à 51,7 m NGF, est formée de blocs allongés débordants épais de 18 cm, tandis que la maçonnerie au-dessous a été masquée par un enduit de mortier lissé dont la base porte des traces d’arrachement (Fig. 2-41). La banquette ne semble pas avoir été fondée, mais uniquement construite au-dessus des couches du haut Moyen Âge et des étroites fondations du mur nord qu'elle recouvre (Fig. 0-66).

Cette construction n'a pas été aménagée en même temps que les murs : les deux colonnettes engagées EA 1124  et EA 1306  ont en effet été englobées dans la maçonnerie de la banquette dont les blocs ont été taillés pour enserrer les fûts au plus près. Les bases moulurées des supports ont ainsi été masquées. Cette banquette est donc postérieure aux murs, mais il est difficile de déterminer si elle appartient au projet d'origine, mais à une autre étape du chantier de la phase 2 ou à un réaménagement plus tardif, peut-être lors de la phase suivante. Les traces d'arrachement au bas de la banquette indiquent en tout état de cause un niveau de sol à 51,20 m NGF, compatible avec le sol de mortier US 41813 de la phase 3 (cf. 1.2.4).

La mise en œuvre de la banquette n'ayant pas laissé de traces d'encastrement dans les maçonneries, ses dimensions originelles ne sont pas certaines : son extrémité occidentale est située en dehors de la zone de fouille, tandis qu'à l'est la banquette a été coupée à l'emplacement de la porte POR 1345  puis dans l'alignement de la colonnette EA 1124  (Fig. 0-90). Peut-on restituer une banquette sur toute la longueur du mur nord, ainsi que contre le mur sud ?

La stratigraphie ne fournit aucune indication sur la question, cette zone ayant été décapée à plusieurs reprises par la suite, notamment à la période moderne, où une fosse a été creusée contre la banquette, plus bas que son niveau de construction (F.1308 ).

2.1.8.3 Autres éléments de confort

Les murs conservés en élévation ne montrent pas de traces de cheminées, de placards, de niches ou d'évier. Toutefois, un tiers seulement de l'édifice est conservé jusqu'à l'étage, niveau où de tels équipements sont plus susceptibles d'avoir été aménagés.

L'absence de cheminée, fin 12e-début 13e, est peu probable dans un espace destiné à la résidence d'hôtes de marque. Peut-être est-il possible d'en restituer dans les murs gouttereaux, au milieu ou à l'extrémité est du bâtiment, à moins que la cheminée moderne dans le pignon ouest reprenne l'emplacement d'une autre plus ancienne (CHE 538 ). Les deux contreforts plus larges, au nord et au sud, pourraient faire penser à des souches de cheminée, mais aucun conduit n'est visible au revers du contrefort CTF 545 . En outre, le bâtiment 5, plus ancien, possédait peut-être des équipements conservés lors de sa transformation pour construire le bâtiment 2.

2.1.9 Le décor peint

Le décor peint a fait à plusieurs reprises l’objet d'études, par Bastien Lefebvre dans le cadre d’une première synthèse sur l’hôtellerie (Lefebvre 2007 vol. 3), par Alexandre Gordine sous la forme d’une analyse visuelle des différents états du décor (Gordine 2008), par Véronique Legoux, qui a fourni quelques pages de description des décors avant de présenter ses interventions de consolidation des enduits (Legoux 2013 : 7-10) et enfin par Noémie Astier-Cholodenko dans le cadre d'un mémoire de master (Astier-Cholodenko 2015). Ces travaux ont été complétés en 2016 lors de l'étude conjointe des blocs lapidaires peints et des vestiges de peintures en place (Marot 2016).

Le décor peint originel du bâtiment 2 est largement attesté dans la partie ouest, conservée en élévation, mais quelques indices ont également été découverts lors de la fouille de la partie est, essentiellement sous la forme de remblais de démolition dans la tourelle de latrines. En effet, de nombreux fragments d’enduits peints ont été découverts en 2014 et 2016 lors de la fouille : ils ont probablement été jetés dans les latrines lors de l’abandon de leur fonction initiale (phase 4, cf. 3.1.1). Ces enduits peints fournissent des indications complémentaires à ceux conservés en élévation pour la restitution du décor de l’édifice (Astier-Cholodenko 2015).

2.1.9.1 Le décor des parements

Les murs de la partie occidentale montrent que l'ensemble des parements intérieurs était peint aux deux niveaux de l'élévation, ce qui n'est plus visible à l'est, les remaniements et le comblement du rez-de-chaussée ayant fait disparaître les peintures (Fig. 0-32, 0-33, 0-34, 0-38, 0-40).

Les parements intérieurs et les voûtes du niveau 1 étaient couverts de traits ocre rouge superposés la plupart du temps aux joints réels des blocs de moyen appareil des maçonneries (Fig. 2-42, 2-43). Ces peintures sont posées directement sur les pierres ou les joints à l’exception de la partie supérieure des murs gouttereaux où des plaques d’enduit blanc cassé sont conservées, appliquées après un piquetage des murs et où une partie du parement a été rejointoyée (Fig. 2-44). La raison de ce traitement particulier des parties hautes reste inconnue, puisque les blocs recouverts sont identiques au reste des élévations, il ne s'agit donc pas de masquer une partie moins bien construite pour homogénéiser l'ensemble.

Les voûtes comportaient elles aussi des traits d'ocre rouge soulignant les bords et les joints des ogives et formant un réseau de faux-joints sur les voûtains (Fig. 2-45, 2-63). Les colonnes engagées présentaient au moins des traits rouges soulignant les joints entre le fût, le chapiteau et le tailloir, mais la corbeille lisse du support COL 613  ne portait pas de décor.

2.1.9.2 Le décor des ouvertures

Les ouvertures, portes et baies, conservent les traces d'un décor spécifique, cohérent avec le faux-appareillage des murs, comme la baie BAI 643  dont l'intrados et l'intérieur comportent des faux-joints rouges (Fig. 2-42).

À l'étage, de faux-claveaux sont visibles au-dessus de chaque ouverture, que les couvrements soient constitués de claveaux (POR 512 , BAI 643 , Fig. 2-22, 2-29) ou de blocs en tas de charge échancrés en plein cintre (OUV 522  et 547 , Fig. 2-32). Ces faux-claveaux sont matérialisés par des arcades stylisées supportées par des colonnettes à boules symbolisant des chapiteaux ou colonnettes en épingle (Gordine 2008 : 75).

La baie du rez-de-chaussée semble avoir comporté un décor plus simple, les joints seulement soulignés d'un trait ocre rouge. L'arc 552  comporte également un décor peint sur sa face extérieure, mais la technique et les couleurs utilisées permettent plutôt de l'attribuer à la phase suivante.

2.1.9.3 Le décor du niveau supérieur

La pièce du niveau 2, couverte par la charpente, présente un décor plus riche, localisé sur les corniches et sur une frise située au même niveau, sur le mur pignon occidental, à 5,5 m au-dessus du sol de l'étage (Fig. 2-42, 2-64).

La corniche couronnant les murs gouttereaux était recouverte d'un enduit peint en ocre rouge avec des traces noires formant des marbrures et était bordée au-dessus par une bande jaune et au-dessous par deux bandes de jaune et de noir, dont les tracés préparatoires ont été réalisés avec de fins traits rouges (Fig. 2-44).

Ces tracés préparatoires sont également bien visibles sur le pignon à l’emplacement de la frise. Elle est constituée de deux bandeaux (rouge et jaune au-dessus et jaune et noir en dessous) bordant un motif géométrique de rubans plissés en trompe-l’œil jaunes et verts sur fond noir et rehaussés de traits blancs (Fig. 2-46).

L'étude des enduits découverts dans les latrines a confirmé ces caractéristiques : l’homogénéité technique de l’ensemble indique qu’il s’agit d’une même phase de décor (Astier-Cholodenko 2015 : 77-79).

Une partie des fragments correspond à des traits ocre rouge sur fond blanc cassé, identiques aux joints encore visibles sur les murs en élévation (Fig. 2-47). De même, une série de fragments d’enduit parfois courbes et portant des aplats ocre rouge correspondent certainement au décor porté par les corniches des murs gouttereaux. Ces caractéristiques démontrent que les fragments proviennent bien de l’hôtellerie.

Les autres fragments, portant un décor peint de couleurs variées où dominent l’ocre jaune, l’ocre rouge et le vert, constituent un décor à motif géométrique, des bandes parallèles ou des bandes colorées de part et d’autre d’une ligne oblique (Fig. 2-48, 2-49). Des rehauts de peinture plus claire marquent parfois la transition entre les aplats. Ils présentent de fortes similitudes avec la frise de rubans conservée sur le mur pignon, mais appartiennent pour certains à un décor plus riche et plus diversifié, peut-être mis en place dans la partie orientale du bâtiment, dont nous ne connaissons pas les élévations (Astier-Cholodenko 2015 : 79-80).

Le premier état des peintures présente les caractéristiques d’un décor de la fin du 12e siècle, dont certains motifs sont encore attestés au cours du 13e siècle (Gordine 2008 ; Legoux 2013 : 8).

2.2 Les abords de l’hôtellerie : l'organisation de l'entrée du monastère

2.2.1 L’enceinte et le portail double médiéval situé à l'ouest (Ens.3015)

L'entrée principale du monastère au 12e siècle est située à l'ouest, au pied du coteau, dans l'axe de la route entre Tours et Blois, passant au bourg de Sainte-Radegonde (Saint-Ouen au Moyen Âge), dépendant de Marmoutier.

La forme de cet accès est connue par la vue de Gaignières, qui montre son état de conservation à la fin du 17e siècle (Fig. 0-179). On y voit deux portails successifs, constitués chacun d'une grande ouverture en plein cintre bordée de tourelles ou de gros contreforts rectangulaires du côté oriental. La porte occidentale est située dans l'alignement de l'enceinte, qui se prolonge au sud vers la Loire et au nord au-dessus du coteau. La porte orientale est, elle, reliée à ce qui semble être le mur de soutènement d'une terrasse.

Ces deux portails ont été détruits probablement au début du 18e siècle, le portail ouest ayant été remplacé en 1719 par la porte encore conservée aujourd'hui.

Seuls deux tronçons de maçonneries médiévales indiquent aujourd’hui leur position (Fig. 2-2). À l'ouest, une partie du mur d'enceinte, au pied du coteau, est construite en blocs de moyen appareil de tuffeau (M.525 ). Elle a été rehaussée peu après par un bâtiment avec une technique de construction identique, que l'on peut attribuer au 12e siècle (Fig. 2-50). La position du portail oriental est, elle, indiquée par un pan de mur en blocs de moyen appareil de tuffeau jaune parallèle à l'enceinte dont il est distant de 14 m (M.526 , Fig. 0-84, 2-51). Ce mur, qui reliait le portail au coteau, est conservé sous le rebord de la première terrasse, ce qui correspond à la disposition montrée sur la vue de Gaignières. Il présente un seul parement à l'ouest avec un retour au nord et est appuyé directement contre le rocher, bien visible au nord.

L'entrée du monastère était donc délimitée au nord-ouest par ces deux portails, créant un premier espace clos, une sorte de sas, avant d'accéder à la cour d'entrée proprement dite (Lorans 2014 : 301-303). Le même dispositif de double portail fut édifié au sud, par l’abbé Hugues de Rochecorbon (1210-1227) d’après la chronique des abbés de Marmoutier ; il apparaît nettement sur les deux principales vues cavalières du 17e siècle et le portail le plus méridional, baptisé portail de la Crosse à l’époque moderne, subsiste encore (Fig. 0-176). Il est probable que le dispositif nord-ouest ait été construit après l’édification du bâtiment 2, à la même période que celui du sud, qui encadrait les écuries et la grange. Du fait de la construction de ces portails, la voie située au pied du coteau pourrait avoir été privatisée dès cette période.

2.2.2 Les contraintes topographiques

Le plan du bâtiment 2, avec une inflexion vers le sud-ouest, répond à une nécessaire adaptation de la construction d'un bâtiment préexistant, le bâtiment 5, dont les murs ont été conservés en grande partie, pour des raisons d’économie ou de continuité fonctionnelle, si l'on considère l'hypothèse d'une fonction d’accueil pour ce premier édifice.

Cette forme répond également à des contraintes topographiques, l'espace dans lequel l'hôtellerie a été construite étant bordé au nord par le coteau, qui devait s'étendre plus au sud qu'à présent (Fig. 2-2).

À l'ouest, la limite du coteau est attestée par la position des deux portails d'entrée, liés au mur d'enceinte. Au nord du bâtiment 2, la première terrasse était nécessairement plus large qu'aujourd'hui, puisqu'elle portait, avant son effondrement partiel, la chapelle médiévale des Sept-Dormants, dont la forme a été restituée par Daniel Morleghem (Fig. 0-196, Marmoutier 2017 : 53-58, 74-75).

La cour constituant l'entrée du monastère à cet endroit aux 12e-13e siècles prend donc la forme d'un passage d'une vingtaine de mètres de large, pour une centaine de mètres de long, accessible à l'ouest par les deux portails et débouchant à l'est sur la façade de l'église romane. La présence du bâtiment 5 et du mur 1028  indique que cet espace était délimité au moins en partie au sud, séparé du reste de l'enclos.

La construction du bâtiment 2 dans cet espace restreint a donc dû s'adapter en adoptant un plan comportant une inflexion, pour ne pas réduire l'espace dévolu à l'entrée du monastère et la visibilité de la façade de l'église abbatiale (Lorans 2014 : 325-327).

2.2.3 La mise en scène

L'entrée du monastère a été mise en scène : elle est bordée au nord par le coteau et la disposition des portails dans le prolongement de la route de Sainte-Radegonde permet une vue directe sur l'église et sur la tour des cloches édifiée sur la terrasse inférieure dans la seconde moitié du 11e siècle. La construction du bâtiment 2, bordant le côté sud de cette cour, participe aussi à cette mise en scène par sa longueur et la présence de contreforts et de baies géminées qui rythmaient l'élévation. De plus, la présence d'une zone funéraire est avérée dans cet espace, mais on n'en connaît pas l'étendue complète (cf. infra, Fig. 12-30).

Outre la fonction spécifique de l'édifice, qui est discutée dans la synthèse, avec la datation (cf. 2.4), le bâtiment 2 constitue une limite entre l’espace d'entrée, accessible aux laïcs, l'église et les bâtiments réservés aux moines à l'est et enfin, l'espace situé au sud, dont la fonction de service semble confirmée pour la phase suivante avec la construction de la grange et des écuries.

Situé à un emplacement stratégique dans le monastère, le bâtiment 2 a donc eu une grande importance, du point de vue fonctionnel et symbolique.

2.3 La zone funéraire associée (phase 3 du cimetière) (Ens.4019)

Attesté depuis le 11e siècle, le cimetière situé au nord des bâtiments est toujours utilisé après la construction du bâtiment 2 (phase 3, Fig. 2-52, 2-53).

Neuf sépultures sont attribuées à la troisième phase du cimetière (Fig. 12-35) et présentent majoritairement une orientation inférieure à 83° par rapport au nord (orientation A, six sépultures). Une autre est orientée à 88°, et les deux dernières sont mal conservées (Fig. 12-7). La chronologie entre certaines sépultures et les sols et faits associés est parfois difficile à établir à cause d'une grande fosse creusée lors de la phase 5 et qui a perturbé la moitié du secteur fouillé, coupant les relations stratigraphiques entre la partie sud, où les niveaux de sols ont été écrêtés par la fosse, et la partie nord, intacte (Fig. 0-62).

Les sépultures 58 , 60  et 61  sont situées au sud et sont assurément postérieures à la construction du bâtiment 2, les fosses des sépultures recoupant la tranchée de construction de M.1002  et du contrefort. Aucune couche n'a pu être identifiée comme étant le niveau de creusement de ces sépultures, la partie haute des fosses ayant été écrêtée.

Plus au nord, des couches d'occupation successives ont été identifiées au-dessus des traces du chantier du bâtiment 2 (Agr.598, 595, 594). Elles sont donc considérées comme la première occupation contemporaine de l'édifice. Au-dessus, six sépultures ont été creusées (S.52 , 53 , 54 , 55 , 56 , 59 ), alternant avec des couches d'occupation ou de remblais. Les recoupements sont nombreux au nord, peut-être du fait du recouvrement des fosses par l'apport régulier de remblais, rehaussant les sols de circulation, et de la durée d'utilisation du cimetière. La sépulture 59  est ainsi recoupée par la sépulture 56  qui elle-même est recoupée par les fosses de S.52  et de S.55  (Fig. 0-60, 0-62, 12-1). En revanche, les sépultures 52  et 53  (Agr.559) sont probablement contemporaines, puisqu'elles ont été creusées dans un même niveau de sol très charbonneux s'étendant dans la partie ouest du secteur de fouille (Agr.560), sans recoupement. Toutefois, les fosses contenaient de nombreux ossements redéposés, témoignant des perturbations des sépultures plus anciennes (S.52 , S.56 ).

Sept sépultures ont pu être fouillées intégralement, tandis que les deux dernières se développent essentiellement en dehors de la zone de fouille et leurs squelettes n'ont donc pas été observés (S.54  et 55 ).

2.3.1 Caractéristiques des sépultures

Les sept sépultures dont le squelette a pu être étudié appartiennent toutes à des adultes, six hommes (S.53 , S.56 , S.58 , S.59 , S.60  et S.61 ) et une femme (S.52  ; Fig. 12-4). Les ossements erratiques ou redéposés dans les fosses indiquent l'existence de nombreux autres individus, dont un adolescent, dont les deux fémurs ont été découverts dans le comblement de S.56 .

Elles correspondent à une décomposition des corps en espace vide, majoritairement avec des traces de compression pouvant indiquer la présence de linceuls (Fig. 12-2). La sépulture 56  comporte en outre un effet de paroi et les traces d'une surélévation de la tête, comme la sépulture 59 .

La présence de cercueils semble assurée pour les sépultures 53 , 56  et 58 , qui contenaient des clous en grande quantité, mais également les traces de planches de bois en position de paroi verticale près des jambes (S.58 ) ou de couvercle ayant laissé des traces au-dessus du corps (S.56 , Fig. 2-54). Les sépultures S.52  et S.60  comportaient elles aussi des clous, mais le contenant pouvait être un cercueil ou un coffrage de bois.

Trois des sépultures les plus récentes comportaient un marquage en surface. Le comblement de S.53  formait un monticule bien visible au-dessus du sol d'occupation, tandis que S.52  était marquée par un bloc de tuffeau gravé d'une marelle déposé au-dessus de la tête de la défunte (Fig. 2-55). Le bloc de moyen appareil de tuffeau visible dans la section nord pourrait lui aussi être une forme de marquage en surface de la sépulture S.55 , située majoritairement en dehors de la zone de fouille (Fig. 0-60, 2-56). Le bloc est dans ce cas situé environ au-dessus du bassin de l'inhumé.

Plusieurs sépultures comportaient en outre un dépôt de vases funéraires. La sépulture S.55  comportait au moins un pot à encens dans le comblement, visible uniquement en coupe. Au pied de la sépulture 58 , dans la partie supérieure du comblement, ont été découverts des tessons appartenant à un vase à encens probablement brisé et tronqué par la tranchée qui a écrêté la fosse de la sépulture. La fosse de S.53  contenait, elle, un vase à encens recouvert de la panse d'un autre vase en guise de couvercle, regroupé avec d'autres fragments dans la terre de comblement, au-dessus des pieds du défunt (Fig. 2-57, 2-58).

Les analyses anthropologiques ont montré que trois individus sur les sept appartenant à cette phase présentaient des pathologies osseuses remarquables (Fig. 12-5). Les atteintes sont variables, résultat d'accidents ou de malformations. Le squelette de S.61  présente par exemple une fracture de la clavicule, mais le squelette de S.56  présente le plus grand nombre de pathologies, ayant assurément entraîné une incapacité physique (cf. 12.5).

2.3.2 Analyse et datation de la troisième phase du cimetière

Les bornes chronologiques de la troisième phase du cimetière semblent relativement aisées à établir, mais la datation de chaque sépulture est moins précise.

Les sépultures sont postérieures à la construction du bâtiment 2 : elles recouvrent soit les tranchées de construction des murs (au sud), soit des niveaux de chantier correspondant (au nord). De plus, l'orientation des fosses est strictement parallèle aux murs du bâtiment 2 (< 83°), contrastant nettement avec les sépultures de la phase précédente, dont l'orientation répondait à celle des murs du bâtiment 5 (Fig. 12-6, 12-7).

Les éléments fournissant un terminus ante quem à cette phase 3 du cimetière sont le dépôt lors de la phase 5 de remblais scellant les sépultures les plus récentes et leur marquage de surface (Ens.4018), ainsi que le creusement de la grande tranchée est-ouest F.1033  (Ens.4017). Ces couches contiennent des tessons de céramique des 14e-15e siècles (groupe technique to4b), associés avec d'autres des 12e-14e siècles (groupes techniques to1k ; to7b).

Toutefois, la céramique découverte dans les sépultures ou les couches d'occupation et de remblais est relativement homogène et datée de la fin du 12e siècle jusqu'au 13e siècle avec des tessons plus anciens redéposés (groupes techniques ; to1k ; to7b ; to7p ; to2c ; to6a). Les deux datations carbone 14 réalisées su